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22 Mai 2013, St Emile
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Bon. Alors 1 Bonne année. ça c'est fait.

2 Je poste trop rarement, mais je poste quand même.
 

3 - Deuxieme nouvelle de Apocalypse, j'en fait un roman composé de nouvelles de plus ou moins 10 - 20 pages. Celle la racontera l'histoire de *************. Et ça va être un epu plus trash que la premiere.

 

 

Apocalypse

Reims

Apocalypse  + 19 ans.

 

 

 

Au cours de l’histoire, être black n’a pas toujours été très utile. Au moment de l’Apocalypse non plus. Après plusieurs années à me cacher dans des caves, j’ai décidé  d’en finir. Je ne pouvais continuer. Cela m’a demandé une sacrée dose de courage. Je me suis balancé du haut de la Tour des Argonautes.

L’objectif final, se suicider, n’était pas facile : la Tour était dans un quartier relativement dangereux, des gangs s’affrontaient tous les jours, principalement le VIII Reich et les Anarcomunistes. En 6 mois d’Apocalypse, le racisme s’est intensifié, entrainant fatalement des chasses à l’homme, des sacrifices humains, et des grands banquets.

De jour comme de nuit, les balles fusaient. Quand ce n’était pas les balles, c’était les cailloux, les munitions carnivores, les rochers, les bidons d’essence, la dynamite, les cadavres, et quand chacun n’avait plus de munitions, ils en venaient aux mains. Aux pieds. Aux griffes. Ils tuaient tout sur leurs passages, mais ne quittaient jamais le quartier. Ces gens-là recrutaient jusqu’aux mutants pour leurs guerres personnelles.

 

Je ne vous raconterai pas quels outrages j’ai subi, mais il vous faut savoir que le viol en fait partie.

Pourquoi cette tour-là, me demanderez-vous…  C’est la tour dans laquelle j’ai passé mon enfance, il me semblait normal que ma vie s’achève là où elle a commencée. J’ai toujours été un peu nostalgique.

Ça m’a pris un mois, à pied, en avançant peu, pour traverser le quartier, et une dizaine de jours pour grimper en haut de la tour. Ma grande taille ne m’a pas toujours aidé, mais pour grimper dans les cages d’ascenseur, ça allait. Il m’a fallu éviter les étages où le chaos régnait, ceux où les mutants avaient pris possession des lieux, ou même ceux où certains avaient installé des pièges explosifs. Impossible de passer par les escaliers, ils étaient bloqués par des cadavres, humains et animaux, et les rats étaient légion.

J’ai dû grimper très lentement, pour ne pas faire de bruit, et éviter de me faire repérer par ceux qui avaient commencé à s’entredévorer.

L’escalade fut longue : je suis tombé plusieurs fois, et l’échelle n’était pas toujours intacte, j’ai même dû grimper au câble de l’ascenseur, tant les barreaux étaient pourris par la rouille. Mourir du tétanos en pleine Apocalypse, ça aurait été idiot.

J’avais été prévoyant, pour une fois : j’avais récupéré des rations de survie sur un des soldats morts chargés de protéger les civils, au début de la Fin.

Pour le reste, la prévoyance n’aura pas été mon fort. Je suis un intellectuel, pas un sportif. Avant que tout cela ne démarre, j’étais plutôt un geek, ordinateur à gogo, jeux-vidéo, nuits blanches à éliminer des aliens ou des zombies sur des jeux en réseau, ou encore lecture intensive de mangas.

 J’avais tout lu sur la Fin des temps, j’avais préparé mon sac de survie, mes armes, mes plans de repli, magasins à piller, provisions à emporter plutôt que d’autres, et une destination où j’aurai été à l’abri. J’ai dû abandonner tous ces projets pour revenir à la réalité, lorsque j’ai perdu mon sac dans l’éboulement de ma maison. Je n’avais pu sauver qu’un petit couteau pour maquettes, ce qui était mieux que rien.

 

Quand je suis arrivé en haut, j’ai pu voir la ville. De la fumée, des incendies ici et là, des hurlements, des bruits de tirs, des ruines, et même des zombies qui avançaient, les bras ballants, gémissant après une bande de survivants armés de bâtons cloutés. Des mutants volants parcouraient le ciel, frappant et tirant sur les derniers avions qui essayaient tant bien que mal de calmer tout ça.

Je me suis avancé, je suis grimpé sur le rebord, et j’ai regardé.

Le chaos.

On pouvait rien dire d’autre. Dans le ciel, les mutants et les avions continuaient leur ballet aérien.

J’avais le souffle court, je transpirais. La peur me serrait les tripes, et ma peur du vide se faisait plus grande.

Un avion avait été abattu, son fuselage était rongé par les impacts des armes mutantes. Il fonça droit sur un bâtiment au sol, en explosant dans un bruit terrible, envoyant des débris un peu partout.

En bas, le sol dur. Une chute de 50 mètres pour finir écrasé, compressé, et mort. Je serai à coup sûr tué sur le coup.

Doucement, je m’approche du bord du toit, bravant mon vertige qui se fait de plus en plus présent.

Mon ventre grogne. Il est vrai que je n’ai pas mangé depuis deux jours. Je suis un peu faible, j’ai maigri, mais j’ai toujours mon gros ventre. Bientôt, je n’en aurai plus rien à faire.

Bientôt…

Assez. Je me penche, et me laisse tomber.

Pendant quelques secondes, je ressens une grande peur, et plus rien après. Je pense que je me suis évanoui.

 

Vous supposez probablement que je suis encore sur le toit, à imaginer ce que sera ma chute, le temps que je mettrai à toucher le sol, à mourir… non rien de tout cela. J’ai bien sauté.

Pourtant j’ai continué à penser. Je ne voyais rien, j’avais mal partout, j’étais entravé…

 

Quand j’ai ouvert les yeux, je me suis aperçu que j’étais vivant, et donc un peu déçu. Des liens de câble attachant mes pieds et mes mains, j’étais captif des nazis. Ceux-là n’étaient pas des adorateurs d’Hitler, mais plutôt de Klaus Barbie.

Un torchon me couvrait la bouche, et j’étais nu. À côté de moi, d’autres hommes et femmes de couleur étaient attachés, plus ou moins blessés. Nous baignons tous dans une mare de sang coagulé, parsemée de petits bouts de chair. Un homme était suspendu par les poignets, écorché vif, son sang coulant sur une grande bâche de plastique. Les gouttelettes perlaient sur toutes les dizaines de coupures, le sang qui coulait rejoignait la mare répugnante.

Plus loin, d’autres hommes, blancs et habillés contrairement à nous, discutaient en buvant des bières. Ils rigolaient, fumaient, nous balançant leurs déchets à la figure. J’étais trop concentré sur ma douleur aux jambes et je n’ai pu entendre que des bribes de conversation. Ça aurait été utile que j’entende tout, mais je ne pouvais, ou plutôt, je ne voulais pas. J’avais, selon moi, trop souffert. Je ne savais pas ce qui m’attendait.

 

Quatre jours. Pendant quatre jours, le groupe de prisonniers a baissé de moitié. Toutes les 6 heures, nos geôliers piochaient dans la masse de prisonniers. Les « élus » étaient alors torturés. Tortures douces ou brutales, morts lentes et douloureuses. Ceux qui nous retenaient n’étaient plus des hommes : c’étaient des animaux, des démons sans âme, sadiques et terrifiants. L’écorchage à l’économe, le supplice de la roue sur une table ronde, les incisions entrainant la mort par exsanguinité, les lames de cutter entre les gencives ou sous les ongles, l’arrachage des dents et des ongles, l’énucléation, la lobotomie au tire-bouchon, l’ablation des paupières et des lèvres, ingestion de déjections, castrations, viols multiples par différents orifices à l’aide d’objets plus ou moins gros, ou même tout simplement le saut dans le vide, les pieds attachés par du fil barbelé. Le tout sur de la musique. Pour les tortures, selon moi violentes, qui entrainaient des flots de sang ou des hurlements inhumain du bourreau et du supplicié, on pouvait entendre du Rostropovitch, du Schubert, du Mozart. En revanche, pour les tortures dîtes « douces », ou le sujet perdait connaissance, on passait du rock’n roll, du metal, du punk, bref, toute musique obligeant à rester éveillé. Je sais ce que vous vous dîtes et non, nos bourreaux n’étaient pas sadique au point de nous passer du J.Bieber. Nous étions en Enfer, mais quand même !

Jamais je n’aurai cru qu’un corps humain pouvait tenir aussi longtemps en vie dans de telles conditions de douleurs.

 

Les supplices étaient quotidiens, les monstres qui nous infligeaient ça étaient apparemment des professionnels. Probablement des évadés. Les prisons avaient été vidées dès le début de cette crise, pour ne pas être trop cruels envers les prisonniers qui seraient morts de faim, les gardiens ayant abandonné leurs postes. Quelle ironie, tout de même. Les bagnards deviennent des geôliers.

 

Toutes ces abominations visuelles ont très vite eu raison de mes dernières forces mentales. Longtemps j’ai imaginé ma mort, mais jamais je n’aurai cru qu’elle finirait comme cela, dans mon ancien appartement, baignant dans une flaque d’hémoglobine, la raison en morceaux, brisée par des monstres.  J’avais perdu tout espoir, mais je me raccrochais à la vie de toutes mes ultimes forces, sans savoir pourquoi. Mon esprit était peut-être détruit, mais mon corps voulait vivre. Peut-être que mon corps avait convaincu mon esprit que la vie, même en période de grande crise était vivable.

Mardi 08 Janvier 2013 à 18h34 dans Nouvelle made by me.Poster un commentaire

Nouvelle mélo, nouvelle musique, nouveau sujet à aborder
Nouvelle compo, nouvelle critique, nouveau texte à balancer.
Justice, misère, le nucléaire, la révolution par Internet,
Les utopies, que dire ? Que faire ? Car même la guerre, je l'ai déjà faite.

Mais ce matin, j'ai la tête vide, neurones absents, les mots me manquent
Un bateau ivre à la dérive, et même mon Bic est en panne d'encre,
J'ai la batterie un peu usée, y'a plus d'essence dans le cerveau,
C'est la panne sèche des hémisphères, pourquoi je me suis levé si tôt.

Elle est entrée, une petite voix me glisse tout bas :
« T'es trop sérieux, soit plus léger, second degré, alors laisse-toi aller ! »

Laisse-toi aller !

J'ai beau me passer le refrain en boucle, creuser un thème à la légère,
Comme un joli souvenir d'enfance, une belle balade printanière,
Un vol de mouette en plein été, ou le coup de foudre du mois de juillet
Pas facile la facilité, ça peut peser 3 tonnes la légèreté.

La même page blanche comme un Everest, un nouveau pic à dominer,
Par la face Nord, par la face Est, une nouvelle voie à explorer.
Mais j'ai l'esprit toujours à l'Ouest, rien ne me vient, je reste au pied,
Je suis loin de l'ivresse et des sommets, ça serait plutôt la brasse coulée.

« Alors arrête de te prendre la tête sinon y'a le gaz ou bien la fenêtre
Sois plus léger, second degré, alors laisse-toi aller ! »

Laisse-toi aller !

Je voudrais un petit bout de paradis artificiel pour me lâcher,
Pour alimenter du superficiel, un truc illicite qui pourrait m'aider
En barre, en poudre ou en fumée même du légal à décapsuler
En pack de douze mais à cette heure là, même le reubeu, il est fermé.

L'amour, la haine créent des dilemmes, ça c'est génial, ce serait le drame,
Pour déclencher l'inspiration, ah si seulement j'avais 2 femmes,
2 petites histoires en parallèle, se faire aimer, se faire haïr,
Quand les extrêmes créent des problèmes, au moins y'a toujours quelque chose à dire.

Encore une fois sa petite voix me glisse tout bas :
« Lâche ton stylo, lâche tes idées, viens t'allonger et surtout laisse-toi aller ».

Laisse-toi aller !

 

 

No One Is Innocent - Laisse Toi Aller

Jeudi 04 Octobre 2012 à 08h23 dans Music qui dech'!Poster un commentaire

Avec un buggy, plus besoin de faire de détours, tu peux carrément rouler sur les carcasses, les zombies, et à peu près n’importe quoi.. Ces engins sont virtuellement indestructibles. Bon, je dis pas que ça résisterai à un missile bien placé, mais il pourrait tomber de 15 mètres qu’il avancerait toujours. Increvable. Du coup j’en profite, j’y vais en filant droit.  

En roulant sur les carcasses, je tombe parfois sur des zombies pilotes… des mecs qui ont été zombifié au volant et qui sont restés là. Et comme les goules ont un quotient intellectuel proche de celui d’une moule, ils ne savent pas comment décrocher leur ceinture, et restent là. Je me suis toujours demandé comment ils font pour survivre, ces cons la, avec les pluies acides, les mutants, et le pourrissement. Normalement, un zonzon peut tenir 5 ans, avant de pourrir pour de bon. Ils peuvent être dangereux, genre, en gémissant, ils peuvent attirer leurs copains, ou pire. Ça fait sprotch quand je passe dessus.

Bon, je prends surtout les trottoirs, rouler sur les carcasses, c’est marrant mais ça fait du bruit. En plus du moteur, je veux dire. Le moteur, déjà, il a l’air de venir d’un avion. Un 10 cylindres en V, le genre bien puissant et rapide.

 

Toi qui lis ces lignes, et en prenant compte de tout ce que j’ai fait depuis le début, tu vas surement te dire que je vais me barrer de la ville et envoyer l’autre colon se faire voir, j’me trompe ? Et bah pas du tout ! Fallait que j’aille là-bas, de toute façon. Et le colon était trop assuré quand il m’a passé les clefs de l’engin. Sûr qu’il a foutu un piège ou une saloperie de traceur…

 

Quand j’arrive au pont de Venise, le seul pont encore debout de la ville, je ralentis. Y a des mecs plutôt intelligents, y en a toujours eu. Attention, je parle pas des gusses dans leurs labos à faire des expériences sur des bestioles, je parle des intelligents « de terrain ». Des mecs qui ont su s’adapter, et survivre en se faisant du blé. Des mecs comme ça, y en a quelques-uns sur le pont.

 

« Taxe de passage ! »

Je m’arrête devant un mur amovible fait de débris, plaques de fer ou de morceaux de murs, et même de voitures. Je regarde le gars en question, tranquillement. La quarantaine, barbe brune, casquette de confédérés sur la caboche, un fusil longue portée entre les paluches.

« T’as entendu, papi ? Donc, un vieux, un buggy, ça nous fera 20 clopes et 4 litres de jus. Et parce que j’ai envie d’être vache, tu me filera aussi un chargeur de 9mm ! »

J’ai bien envie de lui coller un bastos bien senti entre les deux yeux, mais bon. Tu survis pas  longtemps dans ce monde si t’as pas vache.

« T’as du bol que je sois pressé, connard. »

Je lui refile ce qu’il demande, et je remonte dans mon véhicule.

La porte s’ouvre, dévoilant une épave de Humvee sur laquelle sont posté trois mecs qui me tiennent en joue. Ces mecs rigolent pas : un M163, genre de minigun anti-aérien, et plusieurs lance-roquettes.

« Tu peux passer grand-père. Mais grouille. » C’est un gars qui doit avoir la moitié de mon âge qui m’a dit ça. Et il a regardé ses copains en rigolant.

Je traverse en vitesse, avec la désagréable sensation de m’être fait arnaquer.

Le pont est plus une forteresse improvisée qu’un pont : des barricades de broc sur les côtés, des tours faites avec des épaves, plusieurs caisses et stock de ravitaillement piquées à droite-à gauche…  Y a même un mutant volant en train de cuire sur une broche. Pis des gens, ça et la,  la quarantaine en moyenne, des dégaines de clodos armés. Et quand même quelques gosses, des jeunots envoyés pour se battre et qui ont déserté, en se foutant de l’armée, et qui aujourd’hui le regrettent, parce qu’ils pataugent de la merde. Les gugusses se poussent sur mon passage, ils ont l’habitude de voir passer du monde sur le pont, du véhicule aussi. J’entre avec mon engin dans une cabane qui ressemble à une taverne, encore un gars intelligent qui a construit ça : une entrée énorme faite pour les véhicules ! Et ici, y a tous les ingrédients d’une bonne taverne, c'est-à-dire un taulier capable de te servir n’importe quoi, des bières fraiches et des filles chaudes, ou l’inverse, et – miracle ! – une vielle chaine HI-FI qui crache un vieux morceau des Wampas avec un son de merde. Mais une bonne ambiance quand même, il fait bon, y a du peuple, et des rires se font entendre.

Forcément, la soif vient me titiller. Le patron, un grand black bedonnant avec une casquette de cheminot, la cinquantaine,  me regarde arriver et me lance :

« Salut à toi, voyageur ! Ici tu peux désaltérer ton carrosse et ton gosier, j’ai tout ce qui se fait d’mieux ! T’inquiète pas pour ton chariot, ce qui entre dans le Bar du Pont des Canés est surveillé par le patron en personne ! »

Ça fait longtemps que je me suis pas tapé une bonne bière, et que j’aurai bien besoin d’un stock dans l’buggy, du coup je sors...

… pour me trouver face à un SPAS-12, un fusil à pompe sous le nez. C’est le patron qui l’a entre les mains.

« Par contre, mon gars, tu va laisser ton artillerie dans ta charrette. Tu peux garder tes munitions, t’en aura besoin pour payer. À propos, et avant qu’tu demande, on a plus de bières. Sauf si t’as les moyens... 

 - Qu’est ce que t’entends par « si j’ai les moyens » ? J’ai pas mal de trucs à échanger…

La dessus, le taulier baisse son gun, et m’entraine vers le bar, avec un bras sur l’épaule.

 - Donc on va pouvoir s’entendre… Ici, on a de la vodka, de la gnole, de la vinasse, et du Powder of Fire, si ça te dis.

 

Ouais, même pendant la fin du monde, on trouve toujours le moyen de fabriquer son tord boyaux. En l’occurrence, le Powder of Fire, c’est un cocktail connu qui déchire : bourbon, racine de datura, épines de rosier, un quart de poudre noire, une mèche, à boire cul-sec avant l’explosion. Rein de tel pour se torcher la gueule. Ou pour allumer un incendie, faut voir.

 

Je montre au black ce que j’ai à l’échange, tout un tas de merdouilles récupérées sur des cadavres, bijoux, montres, miroirs, billets moisis, string léopard, et aussi les chargeurs de munitions carnivores que j’ai récupéré y a deux jours. Ça, ça a fait tilter le boss, qui a immédiatement pensé à un nouveau tord-boyaux. Ça, il a bien voulu me l’échanger contre deux caisses de MotörBeer. Enfin, ça, ça m’a fait plaisir.

 

Comme promis, personne n’avait touché au buggy. Je remonte dedans, et le taulier revient me voir, avec un papelard.

 

« Tiens, prends ça : si tu te ramène encore ici, et que t’as encore des bestioles-munitions, tu me les ramènes, et tu dis au gardien de te laisser passer gratos en lui filant ça. 

 - Bon. Bah merci. Ça fait plaisir de voir que y a encore des barmans sympas…

 - De rien. Une dernière chose : les Bouffeurs de Gueules sont nerveux en ce moment, je te conseille de pas trop t’attarder dans le coin si tu tiens à ta peau… »

Un serrage de paluches, et j’y vais.

Je démarre l’engin, le moteur crache un peu, et se met à ronronner. On m’ouvre la porte sur un signe de tête du barman et je sors.

 

À l’extérieur, plus de bonne ambiance, de musique, de chaleur. Juste un vent froid, un ciel gris, des ruines. La routine.

À plus ou moins une centaine de mètres devant moi se dresse l’ancienne Caserne des Pompiers. Parait qu’elle est hantée. Enfin, les Bouffeurs de Gueules y croient dur comme du fer. Faudra que j’aille y faire un tour, un jour. Y a surement des trucs à récupérer. J’avance en lui tournant le dos, et je vais directement dans le secteur Nautilud. Là ou les chances de survies sont pratiquement nulles si tu es à pied. À l’origine, y avait des rangées d’arbres de chaque côté de la route. Maintenant, c’est carrément une forêt qui a poussé, et qui a rejoint l’ancien Parc Léo-Lagrange, repaire de tous les irradiés, skinheads survivalistes, et autres emmerdeurs.

 Tant bien que mal, je me fraie un chemin avec le buggy dans cette jungle. Et je prie pour tomber sur des humains que sur autre chose…

 

On sait jamais trop sur quoi on va tomber quand on traverse ce chaos d’arbres et de ruines.  J’ai connu un type qui était tombé sur un mutos tortue. L’bestiau était énorme, et il lui avait boulotté les trois quarts de son Hummer tout en résistant à des tirs de bazooka. Selon l’gars, la tortue s’était à peine rendu compte des projectiles qu’elle se prenait dans la tronche.

Un autre type qui disait être tombé sur une mante-religieuse mutante. Enfin, c’est ce que j’ai pu comprendre, il avait la gorge arrachée et des moignons à la place des membres. Toujours en vie ce gars la, d’ailleurs. Il sert d’appât pour la chasse aux zombies. Comme on comprend pas ce qu’il raconte, on suppose qu’il est d’accord pour faire l’appât.

Encore, les mantes-religieuses, c’est pas les plus dangereux. Y a les guêpes, les bourdons, ou les scarabées qui sont chiants aussi : ces saloperies attaquent en bandes. Avec des ailes tranchantes comme des scalpels, des yeux assez moches et énormes, et surtout un putain de caractère de merde.

Du coup, je roule doucement, en essayant de  pas trop faire gronder le moteur, et surtout pour pas me manger d’arbre. La forêt devient de plus en plus dense, et les arbres sont plus gros, ça veut dire que je m’approche du Réservoir, ou l’ancienne piscine Nautilud, tu l’appelle comme tu veux. Je suis obligé de m’arrêter, je peux plus rouler. Ça m’emmerde de laisser le buggy ici, du coup j’arme le coupe-circuit : une batterie sous le siège. L’enflure qui essaiera de démarrer sans débrancher cette batterie se prendra un coup de jus suffisamment puissant pour lui griller les roustons…

 

Selon le plan que m’a donné le colon, ses gars sont sous un arbre aménagé en bunker. Drôle d’idée. ‘Doit être humide quand il pleut.

J’avance pas à pas, et le plus silencieusement possible… pas envie de tomber nez à nez avec un putain de mutos ou un Bouffeur de Gueule.

 

C’est bon, j’arrive vers l’arbre mort, ou je dois retrouver ce qu’il reste des gars. La porte de la casemate est arrachée, ça commence bien… la mire levée, j’entre, faisant gaffe où je pose mes pieds. Y a des traces de griffes dans le béton, des giclures de sang aussi. Quelques feuilles mortes dans l’entrée, et le même bordel que dans tout bunker sans sous-off’ : boites de conserves vides, chaussettes sales, posters de gonzesses à poil, cradingue un peu partout, et une radio qui passe du rock, ainsi qu’une odeur de sueur et de graillon, ajoutée à celle du pet. Et des fusils bien rangés sur une étagère.  Y a aussi un ordinateur blindé qui fonctionne encore. Je place un système d’alarme grossier fait de ficelle et de boites vides dans l’allée, et j’allume l’ordi.  Je zappe toutes les vidéos de cul – hé, vu le nombre de vidéos, c’était quand même des mecs en manque ! – et je zieute les derniers messages. Jusque y a 4 jours, que dalle, des rapports normaux, rien d’inquiétant. Mais y a 3 jours, plus rien. Peut-être tous morts.

Je commence à étirer mes jambes sous le bureau quand mon pied droit bute sur quelque chose de mou. Je regarde, et je vois une tête qui me regarde.

Ouais, juste une tête, un peu de sang, et un œil enfoncé, là où j’ai posé mon talon.  Ok, SÛREMENT tous morts. J’actionne la dynamo pour allumer la radio, et je contacte le Colon.

 

-          Hé, gamin ? Ouais, dis, j’ai retrouvé tes mecs. Enfin, un d’eux. Un morceau.

Il répond pas tout de suite.

-          … Vous êtes sûr qu’ils sont morts ? Vous avez vu les cadavres ?

-          Y a des marques de griffes partout, et du sang. Et une tête tranchée sous un bureau.

Le colon réfléchit un peu, hésitant.

-          Il y a surement des survivants. Cherchez aux alentours pour voir si vous les trouvez.

En entendant ça, je lui dis directement :

-          Quoi ? Mais ça va pas ? Écoute un peu, y a assez de sang ici pour remplir une baignoire, donc tes mecs se sont fait boulottés. Et si ils s’étaient cassés, ils auraient pris leurs guns, et de la bouffe. Y a encore plein de trucs ici, et…

 

Je m’arrête en pleine phrase. Ces enculés de bidasses ont de la bière. Un fut complet d’ancienne bière allemande. Et encore fermé, sans trace d’ouverture. Je sais pas d’où il vient mais ça vaut surement le coup d’aller vérifier si elle est encore bonne. D’façon, même de la bière dégueue, ça reste de la bière, donc revendable.

Le Colon me gueule alors dessus.

-          Quoi ? ET QUOI ? Qu’est-ce qu’il y a putain ?

-          … Tu savais que tes gars avaient de la bière ? Et pas de la merde apparemment ?

 

 

Je m’approche du fût, je cherche à l’ouvrir. De l’ancienne bière, même si la date limite est dépassée, ça vaut toujours plus que la MotörBeer que je me traine dans le buggy.

 

-          Quoi… de la bière ? Vous êtes sûr ? C’est pas possible, c’est interdit de boire pendant une mission…

-          Ils font toujours ce que vous leur dites de faire, vos petits gars ?

 

Je trouve une pipette, je l’actionne au-dessus de ma bouche…

 

-          Nan, l’ouvrez pas, c’est un…

 

Boum. Une détonation, une saloperie qui m’aveugle. Une bombe à peinture blanche, un cadeau des Bouffeurs de Gueules. J’ai eu du bol, j’en ai que sur la tronche. Par contre, y a du blanc partout. Et dehors aussi. Putain, quel pauv’con, mais quel pauv’con ! 

Vite, je ramasse ma radio, les guns à l’entrée, et je me barre, me gaméllant dans l’entrée dans mon propre système d’alarme.

Faut que je retrouve le buggy. Le fut était un système d’alarme qui signifiait « À TABLE ! ».

Le colon continuait à jacter dans la radio, je lui disais de la fermer et éteignais l’engin. Manquerait plus que je me fasse repérer avec une radio.  Déjà que le fut a fait pas mal de bordel…

Je me suis fait avoir comme un bleu. Et je vais surement finir comme un bleu : dans le ventre d’un Bouffeur de Gueule. Ça s’rait malheureux.

J’arrive enfin au buggy, pas de macchabés autours, personne dans le coin. J’ai du bol.

Trop de bol.

Je réalise que j’ai vraiment beaucoup trop de chance. Je lance, à tout hasard :

-          OK, les gars, vous m’avez eu. Vous pouvez sortir. J’ai de quoi négocier ma vie.

 

Tout d’abord, rien. Je reste debout près de mon buggy, les mains en évidence.

Et j’en vois un qui débarque. Un Bouffeur de Gueule, 1.70 mètre, fringué avec des loques et un short déchiré. Ce con a des chaussons en peau de visage humain. Apetissant. Il lève sur moi une lance à pointe d’os, probablement un fémur de mutant, vu la couleur verte de l’os…

 

-          Toi… t’es tombé dans l’piège… et c’est moi qui l’ai posé. Donc, t’es à moi… mais t’as dit que t’avais d’quoi négocier ta vie… Tu m’file quoi en échange ? Ta tête ? J’aimerai bien bouffer ta tête. 

 

Les Bouffeurs de Gueule sont complètement dingues. Ils adorent la chair humaine, écorcher leurs victimes encore vivantes et commercer avec n’importe qui. Oui, je sais, c’est pas logique, mais je te l’ai dit, ils sont dingues.

 

-          Nan, tu peux pas prendre ma tête, j’en ai encore besoin. Par contre, j’ai de la bière…

 

Là, il a l’air intéressé. La bière intéresse toujours tout le monde, cannibale ou pas, parce que c’est toujours bien de pouvoir se taper une bière à la fin de la journée… ou n’importe quand d’ailleurs.

 

-          C’est la binouze du bunker ? Celle qu’on a pris ? Tu nous l’as piqué ? Tu vas payer ! Enflure !

-          Calmes-toi, c’est de la MotörBeer, elle vient du bar du pont. J’dirai… une caisse contre ma vie et des infos. Ça te va ?

 

L’cannibal a l’air de réflechir quelque secondes. C’est une proposition plus qu’honnète, ma vie vaut moins que ça.

-          Mmouais, et qu’est-ce qu’y m’empêche de t’buter et d’te piquer ta viande et ta bière ? Enculé !

-          Un échange, c’est du commerce. Et c’est la loi des Bouffeurs de Gueule, dite par… heu… KrassKouilles le Chef, y a une douzaines d’années…  

-          Ok. Tu veux quoi comme infos ?

 

Sans dec’, j’ai improvisé sur ce coup là, et ça a l’air de marcher. Toujours marrant de négocier avec un fou, c’est un peu comme jouer au Kamoulox.

 

-          J’veux savoir si les bidasses du bunker sont canés.

 

Le taré se creuse la tête, s’appuyant sur sa lance, et répond, après une dizaine de secondes.

 

-          Yep ! Attaque de mutants suivie d’une attaque de nous. Mais nous ça comptait pas, ils étaient déjà mâchouillés, il en restait un encore à peu près vivant. L’Chef en a fait une mangeoire à porcs. Et la tête rejoint la collec’ de crânes du chaman. J’ai les dents dans mon sac s’tu veux. 5 dents contre 3 cartouches, ok ?

 

Putain, ces cons veulent toujours te refourguer leurs merdes, quand ils sont pas en train de te les piquer…

J’ai laissé le débile avec une caisse de bibine, et j’suis parti. Fait jamais bon de trainer dans ce coin-là.

 

 

Je débranche la batterie, je démarre le moteur et commence à repartir. Le sauvage me dit alors de faire gaffe à moi. Depuis quand les cannibales sont sympas ?

 

Bon. J’ai accompli la part du contrat, j’ai plus rien à voir ‘vec c’colonel à la mords-moi-l ’nœud. Mais va falloir que je repasse le pont, et m’est avis que le péage sera plus cher maintenant que j’ai de la bière… À la limite, je peux essayer de passer par la place Stalingrad, avec l’ancien Pont de Vesles, l’est pas détruit, mais radioactif… Ce s’rait du suicide de l’traverser à pied. Note que des mutants l’font quand même. Ça fait des jolies explosions rouges quand ils passent dessus. J’ai peut-être une chance avec mon buggy. Il me reste environ 12 litres de jus, suffisamment pour sortir de la ville, me trouver un coin peinard dans les forêts, là où les nouveaux bunkers ont été construits, ou la paix reigne, où l’Armée de GreenPeace fait la loi et protège tout le monde…  Aut’chose à foutre ! J’adore cette ville : on peut claquer tous les jours, on dézingue à tour de bras, et on s’emmerde jamais !

J’vais t’dire, si tu compte me faire quitter cette ville de malades pour aller t’planquer, va t’falloir plus que l’simple fusil qu’tu portes ! Bordel, j’suis en zone calme. Faut qu’je r’tourne dans une zone chaotique, on s’emmerde ici. Pas de zombies, pas beaucoup de mutants, pas de munitions, des gens parfois normaux, et du cannibale. A part des skins, y a pas grand-chose qui craint. Tu viens ?

 

 

 

 

 

 

 

« Attends, c’est qu’un vieux con, il arque à peine correct’ ! Qu’est ce que tu veux qu’il me fasse ?Haha, attends, on dirait qu’il lève sa lame… »

Dernières paroles d’un pillard devant Le Vieux, auteur de la célèbre phrase « Faut pas croire les apparences ».

 

 

 

 

Fin de la première nouvelle. Au total 17 pages. Et j'étais pas au maximum pour le trash, l'humour noir, le déguelasse...
Prochaine nouvelle d'ici, houla, quelque temps. Ce s'ra sur l'grand black, l'taulier du bar.

 

Jeudi 27 Septembre 2012 à 22h32 dans Nouvelle made by me.Poster un commentaire

Voila, voila, ça arrive !

 

 

Il y a eu beaucoup de sang, des pertes des deux côtés. On a perdu trois soldats, dont les corps sont derrière le mur, à demi dévorés. Chez les mutants, ça a chié. Le lance-flammes a fait son boulot, carbonisant les mutants les plus proches. Ça fait un peu plus d’une heure que le friton est terminé.

J’ai eu le temps de fumer un bon cigare et de recharger. Ça fait maintenant plus d’une heure qu’on regarde les gros mutants qui sont pas venus se battre avec leurs petits camarades. Ils restent là, à une vingtaine de mètres, à nous regarder. Ils sont quatre, et semblent attendre quelque chose. Moi ça m’énerve quand un mutant attend comme ça. Je peux pas blairer de pas comprendre le plan d’un bestiau aussi con. Ça servirait à rien de les attaquer, on a pas la puissance de feu nécessaire. Il nous faudrait un bon lance-patates, ça les ferait venir et passer sur les Bettys qui ont pas pétés. Ça m’emmerde au plus haut point.

Bon. J’en ai ma claque. Je passe devant le gradé qui allait me demander comment ça allait ou si les grands cons avaient bougés, je vais voir le stock de flingues, et je fouille.

En retirant un drap posé sur une caisse, je regarde ce qui est écrit dessus : Barrett…

Si c’est bien ce que je pense, on va leur en mettre plein la gueule. J’ouvre la caisse, je retire la paille de protection pour tomber dessus. Ouais, un fusil de précision Barrett, un M82, pour être précis. Une portée incroyable. Une puissance ultra importante. Capable de percer un blindage de char. Donc assez pour perforer une tête de mutant, même géant.

Je le prends, je remonte sur le mur, en voyant le gradé me suivre des yeux, se demandant comment j’avais trouvé un truc pareil. Faut croire qu’il savait qu’à moitié ce qu’il avait entre les mains. Il m’arrête :

-          Attendez. Qu’est-ce que vous allez faire avec ça ?

-          Cette question ! Du tricot !

Je le laisse la, et je vais sur le mur en ricanant. Je charge, je vise, la croix du viseur sur la tête de ce grand débile qui m’observe, et PAN ! Une détonation énorme ! Dans la pastèque !

Le bestiau s’écroule, le crâne perforé, un joli trou de balle tout neuf dans le front.

Les trois autres le regardent tomber dans un cratère, et se regardent. D’une pensée commune, ces cons se décident enfin à foncer sur nous.

Les cons. Deux autres balles, deux autres crânes perforés.

Je m’amuse avec le dernier. Je lui éclate le genou droit, il mange le béton, sa mâchoire énorme passant sur le chemin d’une claymore. Boum.

Avec un coup comme ça, j’ai gagné l’admiration des bidasses qui ont zieuté tout ça. Le petit gradé a lui aussi regardé ça, et à voir sa tête, il avait jamais vu un truc comme ça.

En fait, plutôt que de faire ça, j’aurai du me barrer. Maintenant, ces cons de troufions me posent des tas de questions, comment j’ai fait pour tirer comme ça, ou j’ai trouvé ce fusil, si je peux leur apprendre deux ou trois trucs. Avec un regard noir et un gros « CASSEZ VOUS ! », je leur fait comprendre que je n’ai vraiment pas envie. Je les ai aidés, ça leur suffit pas ?

Bon. Pas loin de 22heures. C’est la nuit. Ce serait de la folie, du suicide de sortir maintenant. Je vais rester, et me débarrasser de cet encombrant fusil Barrett. C’est hyper précis, mais qu’est-ce que ça fait du bruit ! Un tir et t’es certain de rameuter toutes les bestioles du coin. Je repartirai demain. Les bidasses ont l’air crevés eux aussi. Tant qu’à faire, je vais monter la garde, qu’ils se reposent un peu. Allez pas croire que je suis gentil en fin de compte. Je veux juste pas me faire égorger dans mon sommeil parce qu’un abruti s’est fait descendre pendant son tour de garde parce qu’il roupillait. Je me poste sur le toit de l’abri, pour être en hauteur, et je regarde la rue, mon M16 entre les mains.

 

La nuit a été calme. Vers 3 heures du matin, une météorite est tombée, écrasant un zombie qui trainait la, et réveillant à peine les soldats qui dormaient dans l’abri, en dessous de moi.

C’est à ce moment-là que le gradé est venu me remplacer. Et comme tout mec qui vient en relayer un autre, il a voulu discuter.

-          Ça va ? Je veux dire, vous tenez le coup ?

-          Et pourquoi que je tiendrai pas le coup ? Mon âge, c’est ça, tu penses peut-être que c’est parce que j’approche de la soixantaine que je pourrai calencher ?

Là, le bidasse a vu que je commençais à m’énerver. Aussitôt, il a commencé à bredouiller des excuses.

-          Heu, non, je m’excuse, je ne pensais pas que vous…

-          C’est bon, j’ai souvent entendu ça. Je suis susceptible, mais j’ai quand même un peu d’humour. Ça fait combien de temps que t’es lieutenant ? On dirait que tu sors à peine de l’école !

-          Heu, oui, désolé. Je suis sur le terrain que depuis trois semaines, qu’il dit en reprenant son souffle, soulagé.

-          Trois semaines ? Et encore pas mort ? Mais comment tu fais pour diriger tes troufions ? Avec un chef comme toi, qu’a pas foutu grand-chose pendant l’assaut et qu’est pas foutu d’arrêter un civil, je me serai barré depuis longtemps.

-          Oui, enfin, ça fait que quatre jours que je suis ici. Le colonel m’a envoyé sécuriser le chargement d’armes, et… à ce moment, et comprenant que je le regarde bizarrement, il se reprend. Attendez, normalement je dois pas vous dire ça !

Moi je commence à me bidonner, en lui disant que j’en ai rien à foutre de ses ordres.

-          Et ce colonel, il arrive quand ?

-          Théoriquement, il devrait arriver ce matin.

Là je reprends mon sérieux. Une poignée de bidasses, ça va. Mais une armée, avec un grand chef en prime, c’est mauvais.

-          Attends… ce matin ? Sérieusement ?

-          Oui… normalement. Il a dit ça quand je suis parti, et…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, j’étais descendu. Vite. Je prends mes affaires, quelques paquets de bouffe en poudre.

Vite.

Me barrer.

Mes armes sont chargées, c’est bon.

Vite.

Je prends ma boite à cigares sous mon bras et je décampe.

Vite.

J’arrive sur la porte.

J’entends déjà la radio qui commence à recevoir des instructions, et demandant un rapport.

Vite.

Je l’ouvre, il n’y a personne derrière, j’entends déjà des bruits de moteur qui approchent. Ils sont pas loin.

Vite.

Je me barre dans la direction opposée, vers l’épave d’une rame de tramway. Je me planque, en espérant que personne ne m’ai vu.

J’aime déjà pas les bidasses quand ils sont une poignée, mais quand ils sont beaucoup, avec des officiers en prime, la ça me brise carrément les  noix. Surtout un colonel. Rien de tel pour poser des questions, réquisitionner, donner des ordres aux civils comme moi, et surtout, emmerder le monde ! En plus, les colonels sont souvent des vieux comme moi. Minimum la cinquantaine, sauf en de rares cas. C’est très souvent des mecs qui ont déjà tout vu, et qui font chier les bleus et les civils. Et surtout, sur protégés, toujours plusieurs vétérans sous leurs ordres, collés à leurs culs et très souvent…

Merde.

… des éclaireurs. Trop occupé à ronchonner et à me planquer, j’avais pas vu le soldat déjà caché entre les sièges, son nougat pointé vers ma caboche. Ça, c’est la fatigue. Veiller toute une nuit après avoir tenu un assaut épuisant, c’est beaucoup.

-          Levez-vous, qu’il me dit, calmement mais fermement. Pas de gestes brusques. Vous seriez mort avant de penser à me tirer dessus. Je vous ai vu arriver, et fuir l’avant-poste. Si quand on entre, et qu’il n’y a plus que des cadavres, vous êtes mort. Maintenant, on va sortir, vous devant, les mains sur le tête, vos armes dans les miennes, et le tout très calmement. Compris ?

-          P’tit con.

Y a encore 10 ans j’aurai jamais laissé faire ça. Y a 10 ans, j’y aurai lancé un couteau dans le crâne.

 

Bon. Forcément, on se retape le chemin en sens inverse. Le temps que j’étais planqué, toute une colonie a débarqué. Pas loin d’une centaine d’hommes, et deux jeep, un buggy et même un char d’assaut ! Surement venu des ateliers des hautes montagnes, la ou les mutants ont rien ravagé, faute de pouvoir y accéder.

 On me fait rentrer, les mains sur la tête, dans l’avant-poste. Les bidasses du convoi, un peu trop occupés à virer les mutants canés,  m’ont à peine remarqué.

J’entre, et je vois le gradé de tout à l’heure qui discute, raide comme un piquet, au garde-à-vous, avec un gars encore plus gradé, le nez dans une carte.

Quand j’arrive devant, le gradé me reconnaît, logique, et l’éclaireur commence son rapport, appuyant sur le fait que j’espionnais, que je fais surement partie des pillards du sud du fleuve… ce à quoi je réponds, avec un regard noir, que pas du tout !

Le gradé écoute attentivement, je lui dis d’un regard de la fermer : va pas t’attirer des emmerdes, toi…

Le Colon, par contre, écoute que d’une oreille. Il a surement autre chose à foutre. Toujours le pif dans son papelard, pas encore vu sa gueule. Quand l’avant-garde a fini son rapport, il baisse sa carte, et je peux enfin voir sa trogne. Et là, je suis sur le cul.

35 ans maximum. Barbe de trois jours, du charisme, regard droit, cigare dans la bouche,  Nick Fury en plus jeune ! Le mieux c’est ses fringues : pas du tout celles d’un gradé. Un vieux treillis troué, pas de poche droite, son vieux Colt 45 tient avec de la ficelle, une veste militaire remplie de munitions et de cigares par-dessus un t-shirt DOOM, des bagues crâne et pentacle au bout des doigts. Dans le dos, il a une épée, et un canon scié sur la taille. Il  ressemble vraiment pas à un colonel. Ni à un bidasse d’ailleurs. C’est le genre copain de fac un peu chtarbé, plutôt.

« OK, t’as finit ton rapport ? Tu crois vraiment qu’un vieux civil va nous attaquer à lui tout seul, ou nous espionner ? Vu son allure on dirait qu’il va claquer dans l’heure !

L’avant-garde a un peu l’air con, maintenant… il sait plus trop quoi dire.

Moi par contre, je lui lance un regard furax. Et je commence à ouvrir ma gueule. Pas m’laisser faire pas un petit con !

« Bon, écoute, jeune connard, c’est pas parce que t’es un bidasse gradé que tu peux t’permettre de m’amener ici pour me traiter de vieux ! Maintenant t’as l’choix. Soit tu m’relâche, soit tu m’garde comme prisonnier, mais j’te garantis que je vais tout faire pour faire chier ta compagnie. En commençant par l’enfoiré qui m’a amené ici…

Là-dessus, il me regarde, d’un air content.

-          Ah ! Bah il a du cran celui-là ! Bon. Le lieutenant m’a expliqué que vous l’aviez aidé cette nuit, contre les mutants.  C’était si dur que ça ?

-          C’était chaud, mais ça allait encore. Y a eu quelque morts, mais dans le camp d’en face, ça a chié… ils étaient bien 150, sans compter les gros. J’peux me casser, maintenant ?

-          Attendez, j’aurai besoin de ... quelqu’un, qui a de l’expérience. Pour une mission…

-          Et tu crois que j’en ai quelque chose à foutre ?

Le jeunot continue, ignorant ma réponse :

-          Je veux que vous alliez au sud, j’ai un poste avancé qui ne répond plus à côté du camp Nautilud.

Je le regarde, trop sans croire à ce qu’il vient de me dire… et pis je lui réponds :

-          Nautilud… Tu t’fous de ma gueule ? C’est le territoire des Bouffeurs de Gueule ! Autre chose à faire que d’aller servir de  casse-dalle à ces tarés ! Pourquoi, déjà, est ce que ferai ça pour toi, gamin ?

-          Pour un buggy blindé, le plein de jus, des munitions, de la bouffe, et un kevlar tout neuf. Alors ? »

 

 

 

 

 

Il y a des jours où il faut dire oui aux gens. Même quand il faut aller dans une zone pleine de cannibales, des zombies, de mutants, et de bandits vicelards pour retrouver des mecs probablement déjà morts. Bon, il m’a filé aussi une radio à dynamo pour le prévenir.

Jeudi 20 Septembre 2012 à 19h42 dans Nouvelle made by me.Poster un commentaire

Hé, 2 articles pour le prix d'un !

 

 

6 heures. J’ai dormi 6 heures. Ça ne m’était pas arrivé depuis plus d’un an. En même temps, y avait des bidasses pour m’avertir en cas de danger, ou d’une grosse bestiole.

De l’autre côté de la rue, le gamin que j’ai amené tout à l’heure dort encore. Doit être quelque chose comme 20heures. Enfin, c’est ce qu’indique ma montre. Mais dans ce monde, tu peux pas te fier à une simple montre. Avec les décalages horaires, je suis même pas sûr que c’est la bonne heure. La nuit commence à tomber. Les mutants vont sortir en nombre. Y en a pas beaucoup la journée parcequ’ils aiment pas la lumière. À la tombée de la nuit, y en a souvent.

 

Un des bidasses arrive, il a l’air un peu plus rassuré que ses hommes, et plus gradé aussi.

 

-          Ah ! ça y est vous êtes réveillé ? Tant mieux, je vais avoir besoin de vous.

Je le regarde. Mais qu’est-ce qu’il va me demander, l’autre ? Qu’est-ce que je vais devoir faire pour sa tronche ?

 

-          La nuit commence à tomber. Et deux mains de plus ne seront pas de trop. J’ai regardé le radar il y a une minute. Il y a une centaine de mutants qui foncent sur nous. Ces saloperies seront sur nous d’ici un quart d’heure. La bonne nouvelle, c’est qu’on a suffisamment de munition pour tenir mais il nous manque quelqu’un pour manœuvrer le lance-flammes. Vous vous sentez d’attaque ?

Un lance-flammes. Ce taré a un lance-flammes. Je me lève, toujours sans dire un mot, j’observe l’engin en question, là-bas, à quelques mètres de la porte. Un modèle à poste fixe, rotatif, avec une triple gueule, chargé au napalm. Trente mètres de portée. De quoi envoyer ces mutos en Enfer. Quoique non, on est déjà en Enfer.

 

Je vois pas très bien le visage du gars qui m’a demandé ça, il est dans l’ombre. Mais je vois qu’il ne sourit pas, son visage, bien que partiellement dans les ténèbres, ne sent pas le traitre.

 

-          Et pourquoi je ferai ça ? Je pourrai très bien me barrer et vous laisser dans la merde.

Au tac au tac, il me répond très rapidement :

-          On a des munitions. Et vous êtes presque à sec. De plus, on a de la bouffe, des médicaments, et du carburant. Plus un équipement high-tech.

Bon, en temps normal, je me serai barré, mais là, je vais rester. Il a des munitions, et j’en ai besoin.

-          OK. Mais je veux des munitions avant. Pour pouvoir résister quand on sera débordés. Et va falloir poser des explosifs sur la rue. De la dynamite, ou des trucs plus aie-tec’, comme tu dis. Et si t’as un fusil de précision en stock, je dis pas non. Histoire d’en shooter quelques-uns quand ils arriveront.

-          On a des Bouncing-Betty, et des claymores, et aussi du C-4.

-          Pas de C-4. Trop bourrin, trop de dégâts sur la zone, et les retombées seraient trop importantes. Faudra placer les Bettys et les claymores à 15 mètres du mur. Et se grouiller. Il nous reste combien de temps ?

Le gradé regarde sa montre, soupire un coup, et me répond.

-          Pas loin de 8 minutes.

-          Va falloir se bouger alors.

 

 

 

Pendant 5 minutes, les troufions ont installé les pièges, pendant que je rechargeais. J’ai laissé mon FAMAS sur le tas d’armes du stock, pas assez puissant et une cadence de tir trop peu élevée. Je regarde les armes disponibles, il y a un peu de tout. On dirait que ce stock d’armes est prévu pour alimenter toute une armée. Et elle est dans un petit avant-poste, gardée par juste une poignée de soldats ? Bizarre.

Donc, quelques armes intéressantes, un joli XM-25, de quoi trouer des mutants géants en un seul coup, mais un peu trop lourd, je perdrai en rapidité. Soudain, une crosse de bois attire mon attention. Un M1 Garand américain, avec une lunette montée dessus. Un fusil utilisé pendant la deuxième guerre mondiale, il y a un paquet d’années, et toujours en fabrication. 8 cartouches, une précision importante, et une portée pouvant aller jusqu'à 1500 mètres. Et surtout, une excellente robustesse. Des munitions en 7.62 mm, donc faciles à trouver.

Fabriqué en 1936, ce gun a toujours été puissant. Quand je le prends, je me dis que je fais un bon choix.

 

J’entends un mec qui gueule. Faut croire que les mutos arrivent. Je charge le fusil, je prends quelques cartouches dans ma poche et je monte sur le mur, en me postant à côté du lance-flammes. Quatre militaires sont déjà là, observant l’ennemi à la lunette ou avec des jumelles. Je regarde dans la lunette : une grosse troupe de petits mutants arrive. Ils ont des bâtons, des hachettes avec une roue dentée pour fer de hache, des couteaux. Bon, ça devrait être facile.

J’observe mieux. Derrière eux, quelque chose. Des gros mutants. 4 à 5 mètres, avec carrément des pare-chocs et des panneaux dans les mains. Ça, ça va poser plus de problèmes.

J’ajuste ma mire, les premiers sont à une cinquantaine de mètres.

J’ouvre le feu.

La balle sort du canon avec une détonation.

Elle passe entre les ombres du soir, droite, et va s’enfoncer dans le genou d’un mutant, perforant le foie d’un autre derrière lui.

-          Premier sang !

Jeudi 20 Septembre 2012 à 19h02 dans Nouvelle made by me.2 commentaire(s)
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