• Avec un buggy, plus besoin de faire de détours, tu peux carrément rouler sur les carcasses, les zombies, et à peu près n’importe quoi.. Ces engins sont virtuellement indestructibles. Bon, je dis pas que ça résisterai à un missile bien placé, mais il pourrait tomber de 15 mètres qu’il avancerait toujours. Increvable. Du coup j’en profite, j’y vais en filant droit.  

    En roulant sur les carcasses, je tombe parfois sur des zombies pilotes… des mecs qui ont été zombifié au volant et qui sont restés là. Et comme les goules ont un quotient intellectuel proche de celui d’une moule, ils ne savent pas comment décrocher leur ceinture, et restent là. Je me suis toujours demandé comment ils font pour survivre, ces cons la, avec les pluies acides, les mutants, et le pourrissement. Normalement, un zonzon peut tenir 5 ans, avant de pourrir pour de bon. Ils peuvent être dangereux, genre, en gémissant, ils peuvent attirer leurs copains, ou pire. Ça fait sprotch quand je passe dessus.

    Bon, je prends surtout les trottoirs, rouler sur les carcasses, c’est marrant mais ça fait du bruit. En plus du moteur, je veux dire. Le moteur, déjà, il a l’air de venir d’un avion. Un 10 cylindres en V, le genre bien puissant et rapide.

     

    Toi qui lis ces lignes, et en prenant compte de tout ce que j’ai fait depuis le début, tu vas surement te dire que je vais me barrer de la ville et envoyer l’autre colon se faire voir, j’me trompe ? Et bah pas du tout ! Fallait que j’aille là-bas, de toute façon. Et le colon était trop assuré quand il m’a passé les clefs de l’engin. Sûr qu’il a foutu un piège ou une saloperie de traceur…

     

    Quand j’arrive au pont de Venise, le seul pont encore debout de la ville, je ralentis. Y a des mecs plutôt intelligents, y en a toujours eu. Attention, je parle pas des gusses dans leurs labos à faire des expériences sur des bestioles, je parle des intelligents « de terrain ». Des mecs qui ont su s’adapter, et survivre en se faisant du blé. Des mecs comme ça, y en a quelques-uns sur le pont.

     

    « Taxe de passage ! »

    Je m’arrête devant un mur amovible fait de débris, plaques de fer ou de morceaux de murs, et même de voitures. Je regarde le gars en question, tranquillement. La quarantaine, barbe brune, casquette de confédérés sur la caboche, un fusil longue portée entre les paluches.

    « T’as entendu, papi ? Donc, un vieux, un buggy, ça nous fera 20 clopes et 4 litres de jus. Et parce que j’ai envie d’être vache, tu me filera aussi un chargeur de 9mm ! »

    J’ai bien envie de lui coller un bastos bien senti entre les deux yeux, mais bon. Tu survis pas  longtemps dans ce monde si t’as pas vache.

    « T’as du bol que je sois pressé, connard. »

    Je lui refile ce qu’il demande, et je remonte dans mon véhicule.

    La porte s’ouvre, dévoilant une épave de Humvee sur laquelle sont posté trois mecs qui me tiennent en joue. Ces mecs rigolent pas : un M163, genre de minigun anti-aérien, et plusieurs lance-roquettes.

    « Tu peux passer grand-père. Mais grouille. » C’est un gars qui doit avoir la moitié de mon âge qui m’a dit ça. Et il a regardé ses copains en rigolant.

    Je traverse en vitesse, avec la désagréable sensation de m’être fait arnaquer.

    Le pont est plus une forteresse improvisée qu’un pont : des barricades de broc sur les côtés, des tours faites avec des épaves, plusieurs caisses et stock de ravitaillement piquées à droite-à gauche…  Y a même un mutant volant en train de cuire sur une broche. Pis des gens, ça et la,  la quarantaine en moyenne, des dégaines de clodos armés. Et quand même quelques gosses, des jeunots envoyés pour se battre et qui ont déserté, en se foutant de l’armée, et qui aujourd’hui le regrettent, parce qu’ils pataugent de la merde. Les gugusses se poussent sur mon passage, ils ont l’habitude de voir passer du monde sur le pont, du véhicule aussi. J’entre avec mon engin dans une cabane qui ressemble à une taverne, encore un gars intelligent qui a construit ça : une entrée énorme faite pour les véhicules ! Et ici, y a tous les ingrédients d’une bonne taverne, c'est-à-dire un taulier capable de te servir n’importe quoi, des bières fraiches et des filles chaudes, ou l’inverse, et – miracle ! – une vielle chaine HI-FI qui crache un vieux morceau des Wampas avec un son de merde. Mais une bonne ambiance quand même, il fait bon, y a du peuple, et des rires se font entendre.

    Forcément, la soif vient me titiller. Le patron, un grand black bedonnant avec une casquette de cheminot, la cinquantaine,  me regarde arriver et me lance :

    « Salut à toi, voyageur ! Ici tu peux désaltérer ton carrosse et ton gosier, j’ai tout ce qui se fait d’mieux ! T’inquiète pas pour ton chariot, ce qui entre dans le Bar du Pont des Canés est surveillé par le patron en personne ! »

    Ça fait longtemps que je me suis pas tapé une bonne bière, et que j’aurai bien besoin d’un stock dans l’buggy, du coup je sors...

    … pour me trouver face à un SPAS-12, un fusil à pompe sous le nez. C’est le patron qui l’a entre les mains.

    « Par contre, mon gars, tu va laisser ton artillerie dans ta charrette. Tu peux garder tes munitions, t’en aura besoin pour payer. À propos, et avant qu’tu demande, on a plus de bières. Sauf si t’as les moyens... 

     - Qu’est ce que t’entends par « si j’ai les moyens » ? J’ai pas mal de trucs à échanger…

    La dessus, le taulier baisse son gun, et m’entraine vers le bar, avec un bras sur l’épaule.

     - Donc on va pouvoir s’entendre… Ici, on a de la vodka, de la gnole, de la vinasse, et du Powder of Fire, si ça te dis.

     

    Ouais, même pendant la fin du monde, on trouve toujours le moyen de fabriquer son tord boyaux. En l’occurrence, le Powder of Fire, c’est un cocktail connu qui déchire : bourbon, racine de datura, épines de rosier, un quart de poudre noire, une mèche, à boire cul-sec avant l’explosion. Rein de tel pour se torcher la gueule. Ou pour allumer un incendie, faut voir.

     

    Je montre au black ce que j’ai à l’échange, tout un tas de merdouilles récupérées sur des cadavres, bijoux, montres, miroirs, billets moisis, string léopard, et aussi les chargeurs de munitions carnivores que j’ai récupéré y a deux jours. Ça, ça a fait tilter le boss, qui a immédiatement pensé à un nouveau tord-boyaux. Ça, il a bien voulu me l’échanger contre deux caisses de MotörBeer. Enfin, ça, ça m’a fait plaisir.

     

    Comme promis, personne n’avait touché au buggy. Je remonte dedans, et le taulier revient me voir, avec un papelard.

     

    « Tiens, prends ça : si tu te ramène encore ici, et que t’as encore des bestioles-munitions, tu me les ramènes, et tu dis au gardien de te laisser passer gratos en lui filant ça. 

     - Bon. Bah merci. Ça fait plaisir de voir que y a encore des barmans sympas…

     - De rien. Une dernière chose : les Bouffeurs de Gueules sont nerveux en ce moment, je te conseille de pas trop t’attarder dans le coin si tu tiens à ta peau… »

    Un serrage de paluches, et j’y vais.

    Je démarre l’engin, le moteur crache un peu, et se met à ronronner. On m’ouvre la porte sur un signe de tête du barman et je sors.

     

    À l’extérieur, plus de bonne ambiance, de musique, de chaleur. Juste un vent froid, un ciel gris, des ruines. La routine.

    À plus ou moins une centaine de mètres devant moi se dresse l’ancienne Caserne des Pompiers. Parait qu’elle est hantée. Enfin, les Bouffeurs de Gueules y croient dur comme du fer. Faudra que j’aille y faire un tour, un jour. Y a surement des trucs à récupérer. J’avance en lui tournant le dos, et je vais directement dans le secteur Nautilud. Là ou les chances de survies sont pratiquement nulles si tu es à pied. À l’origine, y avait des rangées d’arbres de chaque côté de la route. Maintenant, c’est carrément une forêt qui a poussé, et qui a rejoint l’ancien Parc Léo-Lagrange, repaire de tous les irradiés, skinheads survivalistes, et autres emmerdeurs.

     Tant bien que mal, je me fraie un chemin avec le buggy dans cette jungle. Et je prie pour tomber sur des humains que sur autre chose…

     

    On sait jamais trop sur quoi on va tomber quand on traverse ce chaos d’arbres et de ruines.  J’ai connu un type qui était tombé sur un mutos tortue. L’bestiau était énorme, et il lui avait boulotté les trois quarts de son Hummer tout en résistant à des tirs de bazooka. Selon l’gars, la tortue s’était à peine rendu compte des projectiles qu’elle se prenait dans la tronche.

    Un autre type qui disait être tombé sur une mante-religieuse mutante. Enfin, c’est ce que j’ai pu comprendre, il avait la gorge arrachée et des moignons à la place des membres. Toujours en vie ce gars la, d’ailleurs. Il sert d’appât pour la chasse aux zombies. Comme on comprend pas ce qu’il raconte, on suppose qu’il est d’accord pour faire l’appât.

    Encore, les mantes-religieuses, c’est pas les plus dangereux. Y a les guêpes, les bourdons, ou les scarabées qui sont chiants aussi : ces saloperies attaquent en bandes. Avec des ailes tranchantes comme des scalpels, des yeux assez moches et énormes, et surtout un putain de caractère de merde.

    Du coup, je roule doucement, en essayant de  pas trop faire gronder le moteur, et surtout pour pas me manger d’arbre. La forêt devient de plus en plus dense, et les arbres sont plus gros, ça veut dire que je m’approche du Réservoir, ou l’ancienne piscine Nautilud, tu l’appelle comme tu veux. Je suis obligé de m’arrêter, je peux plus rouler. Ça m’emmerde de laisser le buggy ici, du coup j’arme le coupe-circuit : une batterie sous le siège. L’enflure qui essaiera de démarrer sans débrancher cette batterie se prendra un coup de jus suffisamment puissant pour lui griller les roustons…

     

    Selon le plan que m’a donné le colon, ses gars sont sous un arbre aménagé en bunker. Drôle d’idée. ‘Doit être humide quand il pleut.

    J’avance pas à pas, et le plus silencieusement possible… pas envie de tomber nez à nez avec un putain de mutos ou un Bouffeur de Gueule.

     

    C’est bon, j’arrive vers l’arbre mort, ou je dois retrouver ce qu’il reste des gars. La porte de la casemate est arrachée, ça commence bien… la mire levée, j’entre, faisant gaffe où je pose mes pieds. Y a des traces de griffes dans le béton, des giclures de sang aussi. Quelques feuilles mortes dans l’entrée, et le même bordel que dans tout bunker sans sous-off’ : boites de conserves vides, chaussettes sales, posters de gonzesses à poil, cradingue un peu partout, et une radio qui passe du rock, ainsi qu’une odeur de sueur et de graillon, ajoutée à celle du pet. Et des fusils bien rangés sur une étagère.  Y a aussi un ordinateur blindé qui fonctionne encore. Je place un système d’alarme grossier fait de ficelle et de boites vides dans l’allée, et j’allume l’ordi.  Je zappe toutes les vidéos de cul – hé, vu le nombre de vidéos, c’était quand même des mecs en manque ! – et je zieute les derniers messages. Jusque y a 4 jours, que dalle, des rapports normaux, rien d’inquiétant. Mais y a 3 jours, plus rien. Peut-être tous morts.

    Je commence à étirer mes jambes sous le bureau quand mon pied droit bute sur quelque chose de mou. Je regarde, et je vois une tête qui me regarde.

    Ouais, juste une tête, un peu de sang, et un œil enfoncé, là où j’ai posé mon talon.  Ok, SÛREMENT tous morts. J’actionne la dynamo pour allumer la radio, et je contacte le Colon.

     

    -          Hé, gamin ? Ouais, dis, j’ai retrouvé tes mecs. Enfin, un d’eux. Un morceau.

    Il répond pas tout de suite.

    -          … Vous êtes sûr qu’ils sont morts ? Vous avez vu les cadavres ?

    -          Y a des marques de griffes partout, et du sang. Et une tête tranchée sous un bureau.

    Le colon réfléchit un peu, hésitant.

    -          Il y a surement des survivants. Cherchez aux alentours pour voir si vous les trouvez.

    En entendant ça, je lui dis directement :

    -          Quoi ? Mais ça va pas ? Écoute un peu, y a assez de sang ici pour remplir une baignoire, donc tes mecs se sont fait boulottés. Et si ils s’étaient cassés, ils auraient pris leurs guns, et de la bouffe. Y a encore plein de trucs ici, et…

     

    Je m’arrête en pleine phrase. Ces enculés de bidasses ont de la bière. Un fut complet d’ancienne bière allemande. Et encore fermé, sans trace d’ouverture. Je sais pas d’où il vient mais ça vaut surement le coup d’aller vérifier si elle est encore bonne. D’façon, même de la bière dégueue, ça reste de la bière, donc revendable.

    Le Colon me gueule alors dessus.

    -          Quoi ? ET QUOI ? Qu’est-ce qu’il y a putain ?

    -          … Tu savais que tes gars avaient de la bière ? Et pas de la merde apparemment ?

     

     

    Je m’approche du fût, je cherche à l’ouvrir. De l’ancienne bière, même si la date limite est dépassée, ça vaut toujours plus que la MotörBeer que je me traine dans le buggy.

     

    -          Quoi… de la bière ? Vous êtes sûr ? C’est pas possible, c’est interdit de boire pendant une mission…

    -          Ils font toujours ce que vous leur dites de faire, vos petits gars ?

     

    Je trouve une pipette, je l’actionne au-dessus de ma bouche…

     

    -          Nan, l’ouvrez pas, c’est un…

     

    Boum. Une détonation, une saloperie qui m’aveugle. Une bombe à peinture blanche, un cadeau des Bouffeurs de Gueules. J’ai eu du bol, j’en ai que sur la tronche. Par contre, y a du blanc partout. Et dehors aussi. Putain, quel pauv’con, mais quel pauv’con ! 

    Vite, je ramasse ma radio, les guns à l’entrée, et je me barre, me gaméllant dans l’entrée dans mon propre système d’alarme.

    Faut que je retrouve le buggy. Le fut était un système d’alarme qui signifiait « À TABLE ! ».

    Le colon continuait à jacter dans la radio, je lui disais de la fermer et éteignais l’engin. Manquerait plus que je me fasse repérer avec une radio.  Déjà que le fut a fait pas mal de bordel…

    Je me suis fait avoir comme un bleu. Et je vais surement finir comme un bleu : dans le ventre d’un Bouffeur de Gueule. Ça s’rait malheureux.

    J’arrive enfin au buggy, pas de macchabés autours, personne dans le coin. J’ai du bol.

    Trop de bol.

    Je réalise que j’ai vraiment beaucoup trop de chance. Je lance, à tout hasard :

    -          OK, les gars, vous m’avez eu. Vous pouvez sortir. J’ai de quoi négocier ma vie.

     

    Tout d’abord, rien. Je reste debout près de mon buggy, les mains en évidence.

    Et j’en vois un qui débarque. Un Bouffeur de Gueule, 1.70 mètre, fringué avec des loques et un short déchiré. Ce con a des chaussons en peau de visage humain. Apetissant. Il lève sur moi une lance à pointe d’os, probablement un fémur de mutant, vu la couleur verte de l’os…

     

    -          Toi… t’es tombé dans l’piège… et c’est moi qui l’ai posé. Donc, t’es à moi… mais t’as dit que t’avais d’quoi négocier ta vie… Tu m’file quoi en échange ? Ta tête ? J’aimerai bien bouffer ta tête. 

     

    Les Bouffeurs de Gueule sont complètement dingues. Ils adorent la chair humaine, écorcher leurs victimes encore vivantes et commercer avec n’importe qui. Oui, je sais, c’est pas logique, mais je te l’ai dit, ils sont dingues.

     

    -          Nan, tu peux pas prendre ma tête, j’en ai encore besoin. Par contre, j’ai de la bière…

     

    Là, il a l’air intéressé. La bière intéresse toujours tout le monde, cannibale ou pas, parce que c’est toujours bien de pouvoir se taper une bière à la fin de la journée… ou n’importe quand d’ailleurs.

     

    -          C’est la binouze du bunker ? Celle qu’on a pris ? Tu nous l’as piqué ? Tu vas payer ! Enflure !

    -          Calmes-toi, c’est de la MotörBeer, elle vient du bar du pont. J’dirai… une caisse contre ma vie et des infos. Ça te va ?

     

    L’cannibal a l’air de réflechir quelque secondes. C’est une proposition plus qu’honnète, ma vie vaut moins que ça.

    -          Mmouais, et qu’est-ce qu’y m’empêche de t’buter et d’te piquer ta viande et ta bière ? Enculé !

    -          Un échange, c’est du commerce. Et c’est la loi des Bouffeurs de Gueule, dite par… heu… KrassKouilles le Chef, y a une douzaines d’années…  

    -          Ok. Tu veux quoi comme infos ?

     

    Sans dec’, j’ai improvisé sur ce coup là, et ça a l’air de marcher. Toujours marrant de négocier avec un fou, c’est un peu comme jouer au Kamoulox.

     

    -          J’veux savoir si les bidasses du bunker sont canés.

     

    Le taré se creuse la tête, s’appuyant sur sa lance, et répond, après une dizaine de secondes.

     

    -          Yep ! Attaque de mutants suivie d’une attaque de nous. Mais nous ça comptait pas, ils étaient déjà mâchouillés, il en restait un encore à peu près vivant. L’Chef en a fait une mangeoire à porcs. Et la tête rejoint la collec’ de crânes du chaman. J’ai les dents dans mon sac s’tu veux. 5 dents contre 3 cartouches, ok ?

     

    Putain, ces cons veulent toujours te refourguer leurs merdes, quand ils sont pas en train de te les piquer…

    J’ai laissé le débile avec une caisse de bibine, et j’suis parti. Fait jamais bon de trainer dans ce coin-là.

     

     

    Je débranche la batterie, je démarre le moteur et commence à repartir. Le sauvage me dit alors de faire gaffe à moi. Depuis quand les cannibales sont sympas ?

     

    Bon. J’ai accompli la part du contrat, j’ai plus rien à voir ‘vec c’colonel à la mords-moi-l ’nœud. Mais va falloir que je repasse le pont, et m’est avis que le péage sera plus cher maintenant que j’ai de la bière… À la limite, je peux essayer de passer par la place Stalingrad, avec l’ancien Pont de Vesles, l’est pas détruit, mais radioactif… Ce s’rait du suicide de l’traverser à pied. Note que des mutants l’font quand même. Ça fait des jolies explosions rouges quand ils passent dessus. J’ai peut-être une chance avec mon buggy. Il me reste environ 12 litres de jus, suffisamment pour sortir de la ville, me trouver un coin peinard dans les forêts, là où les nouveaux bunkers ont été construits, ou la paix reigne, où l’Armée de GreenPeace fait la loi et protège tout le monde…  Aut’chose à foutre ! J’adore cette ville : on peut claquer tous les jours, on dézingue à tour de bras, et on s’emmerde jamais !

    J’vais t’dire, si tu compte me faire quitter cette ville de malades pour aller t’planquer, va t’falloir plus que l’simple fusil qu’tu portes ! Bordel, j’suis en zone calme. Faut qu’je r’tourne dans une zone chaotique, on s’emmerde ici. Pas de zombies, pas beaucoup de mutants, pas de munitions, des gens parfois normaux, et du cannibale. A part des skins, y a pas grand-chose qui craint. Tu viens ?

     

     

     

     

     

     

     

    « Attends, c’est qu’un vieux con, il arque à peine correct’ ! Qu’est ce que tu veux qu’il me fasse ?Haha, attends, on dirait qu’il lève sa lame… »

    Dernières paroles d’un pillard devant Le Vieux, auteur de la célèbre phrase « Faut pas croire les apparences ».

     

     

     

     

    Fin de la première nouvelle. Au total 17 pages. Et j'étais pas au maximum pour le trash, l'humour noir, le déguelasse...
    Prochaine nouvelle d'ici, houla, quelque temps. Ce s'ra sur l'grand black, l'taulier du bar.

     


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  • Voila, voila, ça arrive !

     

     

    Il y a eu beaucoup de sang, des pertes des deux côtés. On a perdu trois soldats, dont les corps sont derrière le mur, à demi dévorés. Chez les mutants, ça a chié. Le lance-flammes a fait son boulot, carbonisant les mutants les plus proches. Ça fait un peu plus d’une heure que le friton est terminé.

    J’ai eu le temps de fumer un bon cigare et de recharger. Ça fait maintenant plus d’une heure qu’on regarde les gros mutants qui sont pas venus se battre avec leurs petits camarades. Ils restent là, à une vingtaine de mètres, à nous regarder. Ils sont quatre, et semblent attendre quelque chose. Moi ça m’énerve quand un mutant attend comme ça. Je peux pas blairer de pas comprendre le plan d’un bestiau aussi con. Ça servirait à rien de les attaquer, on a pas la puissance de feu nécessaire. Il nous faudrait un bon lance-patates, ça les ferait venir et passer sur les Bettys qui ont pas pétés. Ça m’emmerde au plus haut point.

    Bon. J’en ai ma claque. Je passe devant le gradé qui allait me demander comment ça allait ou si les grands cons avaient bougés, je vais voir le stock de flingues, et je fouille.

    En retirant un drap posé sur une caisse, je regarde ce qui est écrit dessus : Barrett…

    Si c’est bien ce que je pense, on va leur en mettre plein la gueule. J’ouvre la caisse, je retire la paille de protection pour tomber dessus. Ouais, un fusil de précision Barrett, un M82, pour être précis. Une portée incroyable. Une puissance ultra importante. Capable de percer un blindage de char. Donc assez pour perforer une tête de mutant, même géant.

    Je le prends, je remonte sur le mur, en voyant le gradé me suivre des yeux, se demandant comment j’avais trouvé un truc pareil. Faut croire qu’il savait qu’à moitié ce qu’il avait entre les mains. Il m’arrête :

    -          Attendez. Qu’est-ce que vous allez faire avec ça ?

    -          Cette question ! Du tricot !

    Je le laisse la, et je vais sur le mur en ricanant. Je charge, je vise, la croix du viseur sur la tête de ce grand débile qui m’observe, et PAN ! Une détonation énorme ! Dans la pastèque !

    Le bestiau s’écroule, le crâne perforé, un joli trou de balle tout neuf dans le front.

    Les trois autres le regardent tomber dans un cratère, et se regardent. D’une pensée commune, ces cons se décident enfin à foncer sur nous.

    Les cons. Deux autres balles, deux autres crânes perforés.

    Je m’amuse avec le dernier. Je lui éclate le genou droit, il mange le béton, sa mâchoire énorme passant sur le chemin d’une claymore. Boum.

    Avec un coup comme ça, j’ai gagné l’admiration des bidasses qui ont zieuté tout ça. Le petit gradé a lui aussi regardé ça, et à voir sa tête, il avait jamais vu un truc comme ça.

    En fait, plutôt que de faire ça, j’aurai du me barrer. Maintenant, ces cons de troufions me posent des tas de questions, comment j’ai fait pour tirer comme ça, ou j’ai trouvé ce fusil, si je peux leur apprendre deux ou trois trucs. Avec un regard noir et un gros « CASSEZ VOUS ! », je leur fait comprendre que je n’ai vraiment pas envie. Je les ai aidés, ça leur suffit pas ?

    Bon. Pas loin de 22heures. C’est la nuit. Ce serait de la folie, du suicide de sortir maintenant. Je vais rester, et me débarrasser de cet encombrant fusil Barrett. C’est hyper précis, mais qu’est-ce que ça fait du bruit ! Un tir et t’es certain de rameuter toutes les bestioles du coin. Je repartirai demain. Les bidasses ont l’air crevés eux aussi. Tant qu’à faire, je vais monter la garde, qu’ils se reposent un peu. Allez pas croire que je suis gentil en fin de compte. Je veux juste pas me faire égorger dans mon sommeil parce qu’un abruti s’est fait descendre pendant son tour de garde parce qu’il roupillait. Je me poste sur le toit de l’abri, pour être en hauteur, et je regarde la rue, mon M16 entre les mains.

     

    La nuit a été calme. Vers 3 heures du matin, une météorite est tombée, écrasant un zombie qui trainait la, et réveillant à peine les soldats qui dormaient dans l’abri, en dessous de moi.

    C’est à ce moment-là que le gradé est venu me remplacer. Et comme tout mec qui vient en relayer un autre, il a voulu discuter.

    -          Ça va ? Je veux dire, vous tenez le coup ?

    -          Et pourquoi que je tiendrai pas le coup ? Mon âge, c’est ça, tu penses peut-être que c’est parce que j’approche de la soixantaine que je pourrai calencher ?

    Là, le bidasse a vu que je commençais à m’énerver. Aussitôt, il a commencé à bredouiller des excuses.

    -          Heu, non, je m’excuse, je ne pensais pas que vous…

    -          C’est bon, j’ai souvent entendu ça. Je suis susceptible, mais j’ai quand même un peu d’humour. Ça fait combien de temps que t’es lieutenant ? On dirait que tu sors à peine de l’école !

    -          Heu, oui, désolé. Je suis sur le terrain que depuis trois semaines, qu’il dit en reprenant son souffle, soulagé.

    -          Trois semaines ? Et encore pas mort ? Mais comment tu fais pour diriger tes troufions ? Avec un chef comme toi, qu’a pas foutu grand-chose pendant l’assaut et qu’est pas foutu d’arrêter un civil, je me serai barré depuis longtemps.

    -          Oui, enfin, ça fait que quatre jours que je suis ici. Le colonel m’a envoyé sécuriser le chargement d’armes, et… à ce moment, et comprenant que je le regarde bizarrement, il se reprend. Attendez, normalement je dois pas vous dire ça !

    Moi je commence à me bidonner, en lui disant que j’en ai rien à foutre de ses ordres.

    -          Et ce colonel, il arrive quand ?

    -          Théoriquement, il devrait arriver ce matin.

    Là je reprends mon sérieux. Une poignée de bidasses, ça va. Mais une armée, avec un grand chef en prime, c’est mauvais.

    -          Attends… ce matin ? Sérieusement ?

    -          Oui… normalement. Il a dit ça quand je suis parti, et…

    Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, j’étais descendu. Vite. Je prends mes affaires, quelques paquets de bouffe en poudre.

    Vite.

    Me barrer.

    Mes armes sont chargées, c’est bon.

    Vite.

    Je prends ma boite à cigares sous mon bras et je décampe.

    Vite.

    J’arrive sur la porte.

    J’entends déjà la radio qui commence à recevoir des instructions, et demandant un rapport.

    Vite.

    Je l’ouvre, il n’y a personne derrière, j’entends déjà des bruits de moteur qui approchent. Ils sont pas loin.

    Vite.

    Je me barre dans la direction opposée, vers l’épave d’une rame de tramway. Je me planque, en espérant que personne ne m’ai vu.

    J’aime déjà pas les bidasses quand ils sont une poignée, mais quand ils sont beaucoup, avec des officiers en prime, la ça me brise carrément les  noix. Surtout un colonel. Rien de tel pour poser des questions, réquisitionner, donner des ordres aux civils comme moi, et surtout, emmerder le monde ! En plus, les colonels sont souvent des vieux comme moi. Minimum la cinquantaine, sauf en de rares cas. C’est très souvent des mecs qui ont déjà tout vu, et qui font chier les bleus et les civils. Et surtout, sur protégés, toujours plusieurs vétérans sous leurs ordres, collés à leurs culs et très souvent…

    Merde.

    … des éclaireurs. Trop occupé à ronchonner et à me planquer, j’avais pas vu le soldat déjà caché entre les sièges, son nougat pointé vers ma caboche. Ça, c’est la fatigue. Veiller toute une nuit après avoir tenu un assaut épuisant, c’est beaucoup.

    -          Levez-vous, qu’il me dit, calmement mais fermement. Pas de gestes brusques. Vous seriez mort avant de penser à me tirer dessus. Je vous ai vu arriver, et fuir l’avant-poste. Si quand on entre, et qu’il n’y a plus que des cadavres, vous êtes mort. Maintenant, on va sortir, vous devant, les mains sur le tête, vos armes dans les miennes, et le tout très calmement. Compris ?

    -          P’tit con.

    Y a encore 10 ans j’aurai jamais laissé faire ça. Y a 10 ans, j’y aurai lancé un couteau dans le crâne.

     

    Bon. Forcément, on se retape le chemin en sens inverse. Le temps que j’étais planqué, toute une colonie a débarqué. Pas loin d’une centaine d’hommes, et deux jeep, un buggy et même un char d’assaut ! Surement venu des ateliers des hautes montagnes, la ou les mutants ont rien ravagé, faute de pouvoir y accéder.

     On me fait rentrer, les mains sur la tête, dans l’avant-poste. Les bidasses du convoi, un peu trop occupés à virer les mutants canés,  m’ont à peine remarqué.

    J’entre, et je vois le gradé de tout à l’heure qui discute, raide comme un piquet, au garde-à-vous, avec un gars encore plus gradé, le nez dans une carte.

    Quand j’arrive devant, le gradé me reconnaît, logique, et l’éclaireur commence son rapport, appuyant sur le fait que j’espionnais, que je fais surement partie des pillards du sud du fleuve… ce à quoi je réponds, avec un regard noir, que pas du tout !

    Le gradé écoute attentivement, je lui dis d’un regard de la fermer : va pas t’attirer des emmerdes, toi…

    Le Colon, par contre, écoute que d’une oreille. Il a surement autre chose à foutre. Toujours le pif dans son papelard, pas encore vu sa gueule. Quand l’avant-garde a fini son rapport, il baisse sa carte, et je peux enfin voir sa trogne. Et là, je suis sur le cul.

    35 ans maximum. Barbe de trois jours, du charisme, regard droit, cigare dans la bouche,  Nick Fury en plus jeune ! Le mieux c’est ses fringues : pas du tout celles d’un gradé. Un vieux treillis troué, pas de poche droite, son vieux Colt 45 tient avec de la ficelle, une veste militaire remplie de munitions et de cigares par-dessus un t-shirt DOOM, des bagues crâne et pentacle au bout des doigts. Dans le dos, il a une épée, et un canon scié sur la taille. Il  ressemble vraiment pas à un colonel. Ni à un bidasse d’ailleurs. C’est le genre copain de fac un peu chtarbé, plutôt.

    « OK, t’as finit ton rapport ? Tu crois vraiment qu’un vieux civil va nous attaquer à lui tout seul, ou nous espionner ? Vu son allure on dirait qu’il va claquer dans l’heure !

    L’avant-garde a un peu l’air con, maintenant… il sait plus trop quoi dire.

    Moi par contre, je lui lance un regard furax. Et je commence à ouvrir ma gueule. Pas m’laisser faire pas un petit con !

    « Bon, écoute, jeune connard, c’est pas parce que t’es un bidasse gradé que tu peux t’permettre de m’amener ici pour me traiter de vieux ! Maintenant t’as l’choix. Soit tu m’relâche, soit tu m’garde comme prisonnier, mais j’te garantis que je vais tout faire pour faire chier ta compagnie. En commençant par l’enfoiré qui m’a amené ici…

    Là-dessus, il me regarde, d’un air content.

    -          Ah ! Bah il a du cran celui-là ! Bon. Le lieutenant m’a expliqué que vous l’aviez aidé cette nuit, contre les mutants.  C’était si dur que ça ?

    -          C’était chaud, mais ça allait encore. Y a eu quelque morts, mais dans le camp d’en face, ça a chié… ils étaient bien 150, sans compter les gros. J’peux me casser, maintenant ?

    -          Attendez, j’aurai besoin de ... quelqu’un, qui a de l’expérience. Pour une mission…

    -          Et tu crois que j’en ai quelque chose à foutre ?

    Le jeunot continue, ignorant ma réponse :

    -          Je veux que vous alliez au sud, j’ai un poste avancé qui ne répond plus à côté du camp Nautilud.

    Je le regarde, trop sans croire à ce qu’il vient de me dire… et pis je lui réponds :

    -          Nautilud… Tu t’fous de ma gueule ? C’est le territoire des Bouffeurs de Gueule ! Autre chose à faire que d’aller servir de  casse-dalle à ces tarés ! Pourquoi, déjà, est ce que ferai ça pour toi, gamin ?

    -          Pour un buggy blindé, le plein de jus, des munitions, de la bouffe, et un kevlar tout neuf. Alors ? »

     

     

     

     

     

    Il y a des jours où il faut dire oui aux gens. Même quand il faut aller dans une zone pleine de cannibales, des zombies, de mutants, et de bandits vicelards pour retrouver des mecs probablement déjà morts. Bon, il m’a filé aussi une radio à dynamo pour le prévenir.


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  • Hé, 2 articles pour le prix d'un !

     

     

    6 heures. J’ai dormi 6 heures. Ça ne m’était pas arrivé depuis plus d’un an. En même temps, y avait des bidasses pour m’avertir en cas de danger, ou d’une grosse bestiole.

    De l’autre côté de la rue, le gamin que j’ai amené tout à l’heure dort encore. Doit être quelque chose comme 20heures. Enfin, c’est ce qu’indique ma montre. Mais dans ce monde, tu peux pas te fier à une simple montre. Avec les décalages horaires, je suis même pas sûr que c’est la bonne heure. La nuit commence à tomber. Les mutants vont sortir en nombre. Y en a pas beaucoup la journée parcequ’ils aiment pas la lumière. À la tombée de la nuit, y en a souvent.

     

    Un des bidasses arrive, il a l’air un peu plus rassuré que ses hommes, et plus gradé aussi.

     

    -          Ah ! ça y est vous êtes réveillé ? Tant mieux, je vais avoir besoin de vous.

    Je le regarde. Mais qu’est-ce qu’il va me demander, l’autre ? Qu’est-ce que je vais devoir faire pour sa tronche ?

     

    -          La nuit commence à tomber. Et deux mains de plus ne seront pas de trop. J’ai regardé le radar il y a une minute. Il y a une centaine de mutants qui foncent sur nous. Ces saloperies seront sur nous d’ici un quart d’heure. La bonne nouvelle, c’est qu’on a suffisamment de munition pour tenir mais il nous manque quelqu’un pour manœuvrer le lance-flammes. Vous vous sentez d’attaque ?

    Un lance-flammes. Ce taré a un lance-flammes. Je me lève, toujours sans dire un mot, j’observe l’engin en question, là-bas, à quelques mètres de la porte. Un modèle à poste fixe, rotatif, avec une triple gueule, chargé au napalm. Trente mètres de portée. De quoi envoyer ces mutos en Enfer. Quoique non, on est déjà en Enfer.

     

    Je vois pas très bien le visage du gars qui m’a demandé ça, il est dans l’ombre. Mais je vois qu’il ne sourit pas, son visage, bien que partiellement dans les ténèbres, ne sent pas le traitre.

     

    -          Et pourquoi je ferai ça ? Je pourrai très bien me barrer et vous laisser dans la merde.

    Au tac au tac, il me répond très rapidement :

    -          On a des munitions. Et vous êtes presque à sec. De plus, on a de la bouffe, des médicaments, et du carburant. Plus un équipement high-tech.

    Bon, en temps normal, je me serai barré, mais là, je vais rester. Il a des munitions, et j’en ai besoin.

    -          OK. Mais je veux des munitions avant. Pour pouvoir résister quand on sera débordés. Et va falloir poser des explosifs sur la rue. De la dynamite, ou des trucs plus aie-tec’, comme tu dis. Et si t’as un fusil de précision en stock, je dis pas non. Histoire d’en shooter quelques-uns quand ils arriveront.

    -          On a des Bouncing-Betty, et des claymores, et aussi du C-4.

    -          Pas de C-4. Trop bourrin, trop de dégâts sur la zone, et les retombées seraient trop importantes. Faudra placer les Bettys et les claymores à 15 mètres du mur. Et se grouiller. Il nous reste combien de temps ?

    Le gradé regarde sa montre, soupire un coup, et me répond.

    -          Pas loin de 8 minutes.

    -          Va falloir se bouger alors.

     

     

     

    Pendant 5 minutes, les troufions ont installé les pièges, pendant que je rechargeais. J’ai laissé mon FAMAS sur le tas d’armes du stock, pas assez puissant et une cadence de tir trop peu élevée. Je regarde les armes disponibles, il y a un peu de tout. On dirait que ce stock d’armes est prévu pour alimenter toute une armée. Et elle est dans un petit avant-poste, gardée par juste une poignée de soldats ? Bizarre.

    Donc, quelques armes intéressantes, un joli XM-25, de quoi trouer des mutants géants en un seul coup, mais un peu trop lourd, je perdrai en rapidité. Soudain, une crosse de bois attire mon attention. Un M1 Garand américain, avec une lunette montée dessus. Un fusil utilisé pendant la deuxième guerre mondiale, il y a un paquet d’années, et toujours en fabrication. 8 cartouches, une précision importante, et une portée pouvant aller jusqu'à 1500 mètres. Et surtout, une excellente robustesse. Des munitions en 7.62 mm, donc faciles à trouver.

    Fabriqué en 1936, ce gun a toujours été puissant. Quand je le prends, je me dis que je fais un bon choix.

     

    J’entends un mec qui gueule. Faut croire que les mutos arrivent. Je charge le fusil, je prends quelques cartouches dans ma poche et je monte sur le mur, en me postant à côté du lance-flammes. Quatre militaires sont déjà là, observant l’ennemi à la lunette ou avec des jumelles. Je regarde dans la lunette : une grosse troupe de petits mutants arrive. Ils ont des bâtons, des hachettes avec une roue dentée pour fer de hache, des couteaux. Bon, ça devrait être facile.

    J’observe mieux. Derrière eux, quelque chose. Des gros mutants. 4 à 5 mètres, avec carrément des pare-chocs et des panneaux dans les mains. Ça, ça va poser plus de problèmes.

    J’ajuste ma mire, les premiers sont à une cinquantaine de mètres.

    J’ouvre le feu.

    La balle sort du canon avec une détonation.

    Elle passe entre les ombres du soir, droite, et va s’enfoncer dans le genou d’un mutant, perforant le foie d’un autre derrière lui.

    -          Premier sang !


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  • Ouais, bon, je sais, j'ai pas publié depuis 'achté longtemps, mais j'avais des bonnes raisons. Entre mes orks, mon bts et les gonzesses... pas beaucoup de temps.

    Voila, voila, ça arrive...

     

     

    Deux kilomètres. Il nous a fallut deux putains de kilomètres pour faire ce putain de détour. Pour éviter ces saloperies de zombies. En tout, une heure que le gosse m’a brisé les noix. Tout le temps à vouloir parler, en apprendre plus sur moi, savoir ci, savoir ça… Au détour d’une rue, je l’ai chopé à la gorge. À 20 cm au dessus du sol, les pieds dans le vide, le gamin était rouge, suffocant.

    -          Écoute, gamin… Arrête, je dis bien ARRETE, de me casser les couilles. Sinon, j’aurai une bonne raison valable pour te buter : tu attire les ennemis en parlant.

    Le gamin commence à virer au pourpre.

    Je le repose, il reprend son souffle… et m’envoie un coup de poing dans la face, que j’esquive sans difficulté. La lame de ma machette est sur sa gorge avant que j’y ai pensé. Reflexe.

    -          Dernier avertissement. Si tu me reparle encore sans raison, ou que t’essaie de me cogner, je fais de toi un appât à mutant. Pigé ?

     

    Sans attendre de réponse, je remballe ma lame dans son fourreau, je reprends ma route. La rue visée est à moins de 150 mètres. L’emmerde, c’est qu’entre elle et nous, y a la Place Céres. 50 mètres de terrain à découvert, une statue horrible au centre, six ou sept mètres de haut. Et y a souvent des snipers sur les toits. Cannibales ou pas. On s’en fout. Si tu préviens pas, ils shootent. Et j’ai plus rien pour prévenir. Plus aucune fusée éclairante, et le jeunot non plus. À la limite, y a peut être un moyen, mais il va gueuler.

    -          Gamin, j’ai besoin de toi.

    -          Ah ? le gamin a l’air de sortir d’une sieste, ses yeux s’agrandissent, il a l’air content. Qu’est ce qu’il faut que je fasse ?

    -          T’emballe pas, ça va pas te plaire. Tu traverse la place en courant, sans ton paquetage. Et tu prends une torche.

    Le gamin me regarde comme si je lui avais demandé de se mettre une grenade dans le cul.

    -          Vous tenez vraiment à ce que je meure, c’est ça ?

    -          Nan, si je le voulais, j’aurai fait ça la première fois que j’avais ma lame sur ta gorge. Et je sens l’envie de meurtre qui monte, grouille.

     

    Le gamin pose son sac, son gun, et prend un bâton lumineux. Il le tord, et le machin s’illumine d’un vert fluo super visible de loin.

    -          Je te couvre, et je  tire si je vois du mouvement. Tu cours sans t’arrêter, jusqu'au bout. Si je te dis plonge, tu plonge. Pigé ?

    -          Pigé. J’ai quand même un peu peur.

    -          Mais je suis la pour shooter les gus mal intentionnés qui en voudraient à ton petit cul ! Et je sais viser, j’ai une bonne vue.

    -          C’est bien ce qui m’inquiète, avec votre âge…


    Le gamin part un peu plus tôt que prévu, avec un coup de pied au fion. Quoi, mon âge ?

     

    Le gamin court vite. J’ai le temps de zieuter avec ma lunette les toits. Rien à droite, rien derrière les fenêtres, et rien non plus à gauche. Keud. Bon, et bah il a eu du bol. Je ramasse son paquetage, et je le rejoins vite, pour le retrouver essoufflé, en train de cracher ses poumons. Nan, pas littéralement, mais en train de tousser.

    -          B’alors, gamin, faut faire un peu plus de sport ! que je dis, pour me moquer.

    Il dit rien, me regarde, et regarde en haut, au dessus de ma tète, avec un drôle de regard. D’instinct, je regarde dans sa direction, avec la lunette de mon FAMAS. Sur les toits, toujours rien. Dans les airs, par contre…

    Ils sont deux. Des mutants-aigles. 4 à 5 mètres d’envergure, tournant autour d’un immeuble. A peu prés 200 mètres de distance. On se barre discrètement, pour aller vers la rue.

     

     

    -          Bon, gosse, ça c’est pas trop mal passé, hein ?

    -          Ouais, ça a été.

    A peine qu’il a finit sa phrase qu’on entend une détonation à mi-chemin entre le bruit d’un ressort et d’un tromblon, suivit d’un bourdonnement qui vient perforer la jambe du gamin.

     

    Tous les deux, on se couche sur le moment.

     

    -          Raaaah, ma jambe…

    Le môme serre les dents, en mettant les mains sur sa jambe blessée…

    On est derrière un talus, je peux voir qui nous a tiré dessus : un putain de mutant-orque. Le genre bourrin, encore plus vorace et teigneux que le requin. ‘Chier !

     

    Derrière moi, le gamin gueule en montant ses mains ensanglantées : des petits morceaux de peau s’en détachent.

     Merde.

    Des munitions carnivores.

    Une seule solution contre cette merde. Ça va pas lui plaire.

    -          Jean, t’as des munitions carnivores sur les mains et la jambe. Fout ça sur le sable. Vite !

    Aussitôt, le gosse s’exécute.

    Il gueule.

    Le sable, rien de tel pour choper des maladies. Pis ça fait supra mal sur les plaies.

    Ça a duré que 3 secondes.

    Le temps suffisant pour que le mutant sorte de mon champ de vision. Je regarde partout avec ma lunette. Rien de rien.

    Et puis, j’entends encore la détonation. Je me baisse, le tir passe a dessus de moi,  rapidement mais pas assez pour que je voie pas la d’où ça a été tiré.

    Je me lève, je shoote, un demi chargeur dans cette direction.

     

    Dans le mille. Au moins trois ou quatre balles dans les jambes, plus une dans la tète. Le bestiau est immobilisé, aveugle, furax et encore plus dangereux. Il se débat, essaie de se relever, n’y arrive pas, rampe vers moi pour me bouffer.

    Je sors mon 357. Quand la bestiole voit l’engin, je remarque un nouveau truc dans son œil restant : un truc qui pourrait s’apparenter à de la peur.

    Un bastos dans le crane. Il bouge encore. Un deuxième. La, j’crois qu’on peut dire qu’il est cané. Je ramasse son flingue, un joli modèle d’arme vivante, et je lui fais les poches. Putain, bah mon salaud… l’enfoiré a sur sa carcasse 3 cartouches de cigares. Je les prends avec moi, heureux, et je retourne voir le gamin.

     

    -          Bon. Tu peux marcher ?

    Il fait non de la tète, les yeux pleins de larmes.

    -          N-non…

    -          Bon bah je vais t’aider. Le PC est pas loin.

     

     

    Je le tiens par l’épaule, son bras sur les miennes, on s’avance devant l’entrée. Je gueule un bon coup :

    -          HUMAINS !  NON CANNIBALES ! J’AMENE UN BLESSÉ !

     

    Pas de réponse.

    Je rajoute, tout bas :

    -          Et j’ai de la morphine et de clopes…

    La, la porte s’ouvre, un militaire nous dit d’entrer vite.

    Enfin. On y est. Je vais pouvoir prendre une heure ou deux de repos, des munitions, nouvelles armes, et laisser ici ce gamin chiant.

    Putain.

    Encore une journée comme les autres…


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  • Nouveau roman, youpi! Du trash, du bourrin, avec des influences comme Half Life², Just Cause 2, Braindead, David Gemmel... et plein d'autres.

    Hé, j'vous avais dit que je posterai! J'ai pas trainé, hein ?

     

     

                                                                                                                 Apocalypse

     

     

     

     

    ATTENTION - ATTENTION - ATTENTION – ATTENTION Drrzrt…
    La radio grésille, la voix métallique s'éteint... Une autre voix s'élève, assurée, haletante :
    - C'est bon, j'devrai être en sécurité, pour au moins 3 ou 4 heures. Appel à tous ceux du coin, les mutants ont pénétré les fortifications, les combattants sont morts... Doit m'rester 1 ou 2 chargeur à demi-plein, et un paquet d'explosif... Ici le sniper Lens, matricule THX1138, si vous m'entendez... MERDE!


    Des coups de feu se font entendre, ainsi qu'une explosion, et des râles de douleur...
    -Putain!... *kof, kof* J'en ai eu 2, d'ces salauds! Des putains d'homme-requins mutants, les gros en plus! ... Si vous m'entendez, venez-vous battre! La ville n'est pas condamnée! On peut les avoir! Mais il nous faut des bras! On devrait r'cevoir des munitions et d'la bouffe, d'ici peu.

    Ici le Sniper Lens, s'il y a quelqu'un, RÉPONDEZ!!!

     

    Voila, j’ai entendu ce message il y a une heure. Du coup, j’ai répondu. Mais bon, comme je m’y attendais, personne à répondu. Faut dire aussi que je sais pas depuis quand ce message a été émis. Le gars doit être mort.

    Même avec les meilleures armes du monde, un bon mental, une bonne forme physique, un casse dalle dans le ventre, des munitions et plein de potes pareils derrière, dans cette guerre ça compte pas. Nope. Ce qui compte, c’est se planquer, faire gaffe aux ennemis et aux pillards, avoir un chargeur plein, et surtout, avoir de la chance. Après, avoir du muscle, pas faim, un gros gun, et être prêt mentalement c’est pas mal non plus. Ça aide un peu.

     En groupe, généralement on survit pas longtemps. Bon si on est 3 ou 4, encore la ça va, mais faut avancer tout le temps, jamais rester plus de 2 heures à un même endroit, ne jamais défourailler au premier ennemi, le laisser passer si il nous voit pas.

    Ah ouais, tiens l’ennemi. Parlons-en de celui la. Il est pas humain. Il est arrivé d’on sait pas trop où. Ni comment. C’que je peux vous dire, c’est qu’on a appelé ça les Mutants. Parce qu’ils sont difformes, comme des humains, mais évolués n’importe comment, ‘voyez ? La plupart sont à taille humaine, avec un membre en plus, voire une tète de plus, ça  permet de regarder ailleurs pendant que ça bouffe. Y en a qui peuvent aller jusqu'à 4-5 mètres, l’genre brise noix, ceux la. Et enfin, y a les mutants animaux. Requin, fauves, aigles, insectes, bref tu prends n’importe laquelle de ces bestioles et tu la customise pour en faire un truc vaguement humain, dangereux, plus ou moins intelligent, coriace, teigneux… une vraie saloperie. Et biens sure, bien résistante. Enfin, pas assez pour résister à un bastos en pleine poire !

    Ah pis tiens, l’apocalypse a eu lieu. ‘Fin, c’est entrain de se produire. Ouais, comme tu te l’imagine, séismes, pluies de météorites, tempêtes acides, volcans qui poussent, zombies, mutants et autres bestioles à la wanégen… c’est la merde quoi. ON… est dans la merde. Et ça fait pas loin de 23 ans que l’Apocalypse est la.

    ‘Fin, l’Apocalypse, Armageddon, Fin des Temps, Fin du Monde, t’appelle ça comme tu veux. Y en a qui pensaient qu’ça arriverait vers fin 2012, ils se sont plantés, c’est arrivé quelques années plus tard. En 2012, les seuls trucs craignos qui sont arrivés, c’est la réélection d’un petit mec au pouvoir, une vague d’émeutes qui a tourné en guerre civile en Europe, et l’apparition d’une grippe du poisson. Pour le coup, en comparaison d’aujourd’hui, c’était de la pisse de chat.

    Tout ça pour te dire, gamin, que si t’es nouveau ici, fais gaffe à ton cul. Dans l’coin, soit tu finis dans le ventre d’une bestiole ou d’un pillard, soit les trippes à l’air, soit crevé à cause du temps de merde. Ça te bouffe tout, y compris la peau…

    Perso, moi, ça fait 19 piges que j’baroude dans l’coin, j’suis prêt à t’filer un coup de main. Si t’as des clopes, bien sur.

     

     

     

     

     

     

     

    UN peu plus loin sur le message, le type disait qu’il était au point 1-8-4 NW 429, dans un poste avancé. Du coup, ça correspondait plus ou moins à la rue du Clou dans le fer. Merde. Le centre ville. Généralement, dans le centre ville, y a beaucoup d’ennemis. Des gros surtouts. Mais bon, comme j’ai besoin de munitions, j’y vais.

    Bon, j’ai quelques armes, toutes avec un silencieux : pas envie de me faire dézinguer ou repérer. Un FAMAS sur lequel j’ai mis une lunette, un M16A4 « récupéré » sur le cadavre d’un marine y a 2 mois, et un 357 Magnum. Pas de silencieux celui-là, mais généralement l’ennemi se barre quand tu sors ce truc. Un bastos suffit pour n’importe quelle bestiole.

    Il me reste 3 balles dans le barillet, une ou deux balles qui trainent au fond de ma poche, plus 2 chargeurs pleins pour mon FAMAS, keud’ pour mon M16. Et ma machette branloche un peu, faudra que j’en récupère une autre.

    Bon. Je suis à environ 800 mètres de cette rue, dans ce qui reste de l’ancienne bibliothèque Herrah. Plus de livres, plus de toit, mais des murs épais. 2 jours que je crèche la. L’ancien locataire a laissé des provisions avant de se faire bouffer par 5 zombies. Ils étaient en plein casse croute quand j’suis arrivé. Ce mec était prévoyant, sauf pour les armes. Rien qu’un couteau rouillé. C’est la que j’ai à moitié cassé ma machette en fracassant un zombie.

    Je monte les quelques marches de l’ancien escalier, pour avoir une vue dégagée sur la rue. Bon, à première vue, ça à  l’air calme. Je m’en fumerai bien une avant de partir, tiens. Nan, j’suis à court depuis une semaine, ce qui me fout la haine. Si jamais j’croise un mutant, ça va chier pour sa gueule.

    Je descends dans la rue, discretos, me planquant derrière les carcasses calcinées, faisant gaffe de pas me ramasser en butant sur une caillasse, pro quoi.

    Tout va bien. J’ai parcouru un peu plus de 200 mètres tranquillement quand un truc attire mon attention : en hauteur, du mouvement. Rapidement, je m’accroupis, j’ai ma mire derrière moi, à gauche, à droite, et je reviens en haut. Je zieute dans la lunette, et je vois… dans une chambre dont un mur entier est tombé, un zombie. Plusieurs. Et une fille, 19, 20 ans, pas plus. Jolie, blonde, yeux verts. Elle a l’air bloquée. Elle va pas s’en sortir. Soit elle saute, soit elle se fait bouffer. Elle essaie d’attaquer les tas de chair putréfiée, avec un bâton dont le bout se termine par un couteau. Pas con pour l’arme, mais pas utile contre une douzaine de zombies. Elle a réussi à en planter un, mais son arme reste en travers du mort-vivant. Elle ne peut plus le récupérer, et elle se fait mordre. Idiote. Elle finit par repousser le zombie, et se jeter dans la rue. Sa tête heurte le sol dans un bruit assez dégueu, ça fait de la cervelle partout. Je m’approche du macchabé encore frais pour lui faire les poches, et je trouve un paquet de clopes. Chouette ! Pas mes préférées, mais c’est toujours ça de pris. Et elle a aussi des mouchoirs de papier propres. À certains endroits de la ville, ça vaut une fortune. Je récupère aussi une mèche de cheveux, ça éloigne les hyènes-mutants. Je repars aussi sec, en m’en allumant une, toujours aussi furtivement.

    C’est vrai, j’aurai pu l’aider, gâcher des munitions sur des zombies pour sauver une gonzesse qui m’aurait surement poignardé cette nuit. Dans ce monde, c’est chacun pour sa gueule. Après 48 années dont 19 d’horreurs, je m’y suis habitué.

    Je laisse doucement la fumée circuler dans mes poumons, savourant cette cigarette comme si c’était la dernière que je fumais, comme à chaque fois. Une clope. Ça me rappelle quand y en avait partout, avant, quand j’étais jeune. Y a… longtemps.
    Non.

     Cette époque est loin derrière moi. Je me refocalise sur le temps présent. Laisser son esprit vagabonder en marchant dans une rue, aujourd’hui, c’est plus ou moins de la folie.

    Toujours silencieusement, je continue ma route, en prenant garde à ne pas trop marcher sur les métaux, déchets, plaques métalliques, ou poignées de douilles qui constellent la rue. Bouger en silence, c’est ce qui m’a permis de survivre. Ça et des armes chargées, entretenues et toujours opérationnelles. Et j’ai jamais été bidasse ! J’ai tout appris sur le tas. J’apprends plutôt vite. Ça m’a permis de rester en vie, non sans récolter de belles balafres.

    Ça va plutôt bien, j’ai parcouru plus des trois quarts du chemin quand je m’aperçois d’un truc que j’aurai du remarquer il y a plusieurs secondes… ça va trop bien. Pas de mouvement sur la route, rien derrière moi. En haut, sur les hauteurs, rien. Plus loin en haut, dans le ciel, keud’. Pourtant… je flaire un truc pas net.


    Doucement, je pose mes fusils à terre, ainsi que ma machette, mon 357 et mon sac. J’ouvre doucement mon grand imper, que je dépose aussi à terre, devant mes armes. Je mets alors mes mains derrière ma tête, dans mes cheveux, sur une petite lame cachée pour éviter les problèmes comme ceux la. Je lance au mec (surement pas plusieurs) planqué :

    -          Mec, je cherche pas la castagne. Montre-toi. On peut commercer, si ca t’dis. Mais me flingue pas. Le bruit attirera au minimum 50 zombies.

     

     

    Pas de bruit pendant une quinzaine de secondes. Je reprends la parole.

    -          Et j’ai des clopes

     

    Du mouvement, à quelques mètres derrière moi. Le gars s’avance, en me pointant de son fusil.

    -          Retourne-toi ! qu’il me dit, comme s’il parlait à un chien.

    Moi, je dis rien. Le gars se rapproche un peu, insiste, m’ordonne de me retourner, arme son bras pour me filer un coup de crosse, mais il a apparemment pas prévu que j’allais me baisser, lui choper le bras et le mettre ma lame sous la gorge.

    Ce type a la vingtaine, barbe brune, une demie cagoule sur le visage, un fusil d’assaut AK-74U, flambant neuf, que je vais récupérer si il me donne pas très vite une bonne raison de pas le buter tout de suite.

     

    -          ça fait combien de temps que tu me suis, que je lui dis, en appuyant un peu ma lame sur sa jugulaire.

    -          Arrghh… tr… trois minutes… j’t’avais dans mon viseur… mais quand t’as commencé à t’désaper… j’ai pas compris…

    -          Gamin, y a rien à comprendre. Je vais retirer ma lame de ta gorge, mais avant, tu vas lâcher ton fusil. À 3. 1, 2, 3.

     

     Le gosse lâche son fusil par terre, je retire ma lame, et il reprend son souffle. Tranquillement, je remets mes affaires, tout en écartant le fusil du pied, hors de sa portée. C’est la que je remarque son insigne sur l’épaule : un crâne humain barré de deux croix rouges renversées. La milice Antin Mutant. D’habitude, ils visent pas les vieux comme moi.

     

    -          Déserteur ? Ouais, nan, t’as pas l’air assez futé pour ça. Alors ? Tu t’es paumé ? Vu ton âge, ça m’étonne pas. Pis r’tire ta cagoule, que je lui dis.

    Le gosse retire sa cagoule, révélant un tatouage tribal qui lui parcoure le front jusqu’au nez.

    -          J’me suis perdu. Ça fait trois jours que je marche, j’ai atteins ce quartier ce matin.

    -          Et d’où tu viens ? ça fait longtemps qu’on voit plus de jeunes ! Y a encore des bunkers souterrains ? ‘Vrais nids à merde, ces saloperies !

    -          Nan. J’ai été parachuté y a une semaine. Je suis soldat de la garde suisse.

    -          Ah ouais, parait que c’est eux qui commandent, maintenant. La montagne. Trop longtemps que je l’ai quitté. Bon, écoute, gamin, j’adorerai taper la discute avec toi, mais j’ai du chemin.

    -          Ah ? Vous allez ou ?

    La, le gosse commençait à me faire chier.

    -          Bon, tu commence à me les briser. Je vais plus loin dans le centre ville, y a un taré qu’a encore un PC, avec des munitions…

    -          Heu… vous pouvez m’emmener ?

     

    Oh putain. Nan. Jamais pu blairer la compagnie. Surtout un jeune. Je sens que si j’accepte, je vais le regretter. Mais il a surement des trucs intéressants sur lui. Et, surtout, première rège quand on est humain non cannibale : ne pas tuer un autre humain sans raison valable.

     

    -          T’as de quoi payer, gamin ?

    -          Heu, j’ai… je le vois farfouiller dans les poches de son treillis à peine couvert de poussière. J’ai des dollars et des euros.

    La je le regarde bizarrement. Puis je pars dans un fou rire incontrôlable. Après m’être calmé, et sous son regard inquiet, je lui réponds.

     

    -          Écoute, gosse, le fric vaut plus rien du tout en ville. Les billets servent plus à se torcher qu’autre chose. Nan, ce qui importe, en termes de monnaie aujourd’hui, c’est les clopes, les munitions, les armes, la bouffe, les médocs, et la drogue. Pour t’amener la ou je vais, ça fera… au moins ton joli fusil…

    -          Hein ? Vous rigolez ?

    -          Bon, tu fais chier, arrête de me dire vous. Et si t’es pas content, propose autre chose, au alors casse toi.

    -          Heu… j’ai des amphet’, et de la morphine. Et trois paquets de Red Smoke…

    -          Ok. Je prends la morphine, ça suffira. On en trouve plus beaucoup, et c’est toujours utile. Allez, amène toi, on va pas coucher la. Par contre, on va devoir faire un détour, notre petite réunion a ameuté des zombies. Let’s go !

    -          Merci, m’sieur ! Au fait, moi, c’est Jean ! Et vous ?

     

    Putain, ça y est, je regrette déjà.


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