• On a donc bourré quelques véhicules d’explosif aux principaux accès d’ou peuvent venir les mutants. Avec des claymores à déclenchement en cas de mouvement. Histoire de faire péter ces rats quand ils arriveront.

    Quelques minutes plus tard, l’hélico était en vue. Julien m’a confirmé par radio : l’autre équipe envoyée a bien fait taire les DCA, on aura donc aucun problème en repartant. Je suis allé prévenir les civils de se préparer à sortir. L’homme qui nous avait accueilli a regroupé tout le monde, et les a invités à sortir. Le gigantesque engin volant s’est posé, soufflant des kilos de poussière sur les voitures et les bâtisses alentours. Dés que la porte arrière s’est ouverte, deux bidasses ont commencé à faire grimper les civils. Comme toujours et en règle générale, les femmes et les enfants d’abord. Deux minutes ont suffit pour que tout le groupe de civils embarque, nous laissant des places aux postes de tir. Quand on a voulu monter dans l’hélico, les troufions nous ont arrêtés.

    « Nouvel objectif, les gars. Une poche de civils a été localisée au milieu d’une cathédrale, au centre de la ville.

    En entendant ça, on s’est regardés, et on ensuite regardé, incrédules, le troufion qui nous a dit ça.

    -          Attends, tu déconnes, là ? On galère depuis ce matin pour traverser la ville et venir ici, et tu nous dit d’aller au centre de la ville, là ou c’est l’plus dangereux ?

    -          Désolé, sergent, j’peux vous passer le commandant Kolodzciejak, il vous confirmera les ordres.

    Je suis pas d’humeur à me prendre une peignée par Kolo. Je balance un bon gros « FAIT CHIER !!» à côté de la radio, et on s’éloigne, que l’hélico puisse repartir.

    -          Faites pas la gueule, sergent, le lieutenant-colonel Chopiton vous a fait livrer des quads !

    J’adore ce mec. Le seul gradé que je connais qui est allé sur le terrain et qui connaît les besoins des bidasses.

    -          Mouais… Kolo est au courant qu’il nous envoie dans une zone ultra dangereuse ? C’est à cause de la fois où on a prit un tank pour aller acheter du whisky et qu’on a foutu le feu au mess des officiers ? Ou alors c’est pour la course de drones au dessus de l’Afghanistan y a 3 mois ?

    -          Sergent, chut. Loïc me met la main sur l’épaule. La radio est toujours branchée.

    Je regarde le voyant jaune allumé sur la radio que tient toujours le troufion dans ma direction.

    Une voix forte couvrant le bruit du moteur de l’hélico en sort. Il a vraiment pas l’air content.

    -          Maintenant, j’ai deux autres bonnes raisons de vous envoyer là-bas, Sergent Lumberjack ! Vous avez intérêt à réussir cette putain de mission, enfoiré de merde, sinon j’vous scotche à  la prochaine tête nucléaire qu’on balance sur une ville perdue ! Si jamais vous revenez pas, je viens moi même vous ramener à coup de pompes dans le cul, tas de cons, bordel de merde de sacs à foutre !

    J’attrape la radio, et je l’éteins en la jetant par terre.

    -          Marre de ce connard de gradé. Soldat, tu rentres au QG et tu lui dis qu’on a compris, qu’on s’excuse, qu’on l’fera plus, les excuses habituelles quoi. Et tu diras merci de notre part à Chopiton, c’est pas impossible revienne pas…

    Un bref signe de tête de la part du soldat, l’hélico fait un demi tour, larguant au passage des quads, et j’ai la chance de voir la pilote qui me lance un clin d’œil. C’est Giulia, une copine qui se fait appeler l’Ange de la Mort. Elle pourrait faire atterrir ce bahut sur un immeuble qui s’effondre, juste pour le trip (voir Note 3).

     

    On regarde le Pave Lowe s’éloigner, tous un peu dégoutés de pas être dedans. On s’approche des 17 heures, la nuit commence à tomber, ce qui n’est définitivement pas normal, on est à la mi-juin. On commence donc à s’activer, à prendre en main les quads, et à bouger. Julien me tend son oreillette, c’est Tom qui gueule.

    -          Chef, faudrait pas m’oublier. J’descends ou quoi ? D’ici, j’vois que quelques mutants arrivent par le pont.

    -          Merde. Et de l’autre côté, vers le centre, tu vois du mouvement ?

    -          Chef, tu rigoles ? Y a que ça du mouvement. Des mutants, des pillards, j’ai même vu un rhinocéros défoncer un camion ! Faudrait être fou pour aller là-bas. Et nous, on rentre quand ?

    -          Après avoir sauvé des abrutis dans la cathédrale.

    -          Chef, naaaan. On va y passer, là…

    -          C’est bien possible.

    -          Tu dis ça pour déconner hein ?

    J’aimerai bien…

     

    Pendant que Tom est descendu, j’ai jeté un coup d’œil aux quads. Ils sont garnis de munitions, explosifs, vivres et un kit de survie. Chopiton. J’adore ce mec.

    Tom descend, le moral dans les chaussettes, il voulait vraiment repartir, quitter cette ville de merde.

    On a rechargé nos armes, démarré les quads, et on est partis vers le centre, ou plutôt vers l’enfer. Ce matin, pendant le briefing, les gradés nous ont déconseillé de passer par  le centre-ville, c’est là que sont les mutants. En très grand nombre. Ils se rassemblent là où on peut trouver de la nourriture. Il va falloir redoubler de prudence. Ou de folie, faut voir.

    Nous avançons sur les débris de véhicules, d’armes, de béton de la rue de Mars, roulant sur chaque obstacle, sans grande difficulté, Loïc en tête, suivit de très près de par Tom, Julien, moi, et Max en dernier.

    Un camion-benne est couché sur le côté, rétrécissant considérablement la route. On passe par un petit parking, évitant difficilement les voitures garées ici, sauf Max, qui est carrément monté sur la benne pour sauter sur une Clio, décapitant au passage un horodateur qui déverse son estomac de pièces jaunes sur le sol dans une série de tintements. Pour la discrétion, faudra repasser…

    On est en vue de l’hôtel de ville. L’édifice a bien morflé, on dirait qu’un taré s’est amusé à tirer dessus au mortier. Des pans de mur se sont écroulés, pratiquement toutes les vitres sont brisées, et l’unes des grilles des fenêtres a été pliée, plusieurs cadavres sont empalés dessus. Nous passons à côté, doucement, pour ne pas trop faire hurler les moteurs. La grille pliée n’était pas la seule. Sur la quinzaine de fenêtres, pratiquement toutes les grilles sont pliées et tels des mouches, des dizaines de corps pourrissent, embrochés, à demi-dévorés pour certains. Notre approche fait fuir les quelques corbeaux festoyant dans leur macabre diner. Je reconnais le maire, planté sur un panneau de signalisation. Ses jambes ont disparues, remplacées par des lames de cutter plantées dans la chair. À en juger par la flaque de sang au pied du panneau, l’opération a dû être réalisé lorsque le maire était vivant.

    On laisse les macchabés reposer en relative paix, c’est pas impossible qu’ils soient là pour être consommés plus tard, et on continue. On commence à entendre des bruits plus forts, le fond sonore augmente un petit peu. Sur notre gauche, à plus ou moins 100 mètres, on entend une grenade exploser, et une longue rafale d’arme automatique sur la droite. Tom nous fait une remarque.

    « Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir… Les portes des Enfers nous sont ouvertes !

    -          La ferme, Tom. »

     

    Devant la mairie, c’est le chaos. Les pavés ont été descellés, et entassés devant les entrées des magasins et des habitations. Les voitures autrefois garées en rang sont maintenant des carcasses fumantes encastrées dans les murs. Quelqu’un est entrain de creuser un trou, à quelques mètres de là. Quand nous passons près de la fosse, il arrête son travail pour nous regarder d’un air triste. Personne n’ose rien dire. Il nous montre un tas de mutants, morceaux d’humains, et animaux. Il enterre tout ça. Nous nous en allons, laissant l’homme à sa besogne. A mon avis, ça serait plus simple de cramer le tout.

    On atteint la place du Forum. Ici, une meute de mutants essaie de briser les barricades de l’ancien forum romain, d’ou s’échappent des coups de feu, des tirs en rafale, et cocktails molotovs. Des mecs qui vont y rester, probablement. Il y a tellement d’aberrations, on ne peut rien faire pour les aider. Et les abominations ne nous accordent même pas un regard. Autant continuer.


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  • C'est bon, le gars qu'est le héros de cette nouvelle m'a trouvé des noms. Loïc et Max  en arme lourdes (fusil mitrailleuse), et Julien en lance-patate.

     

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    On remonte dans le truck en priant pour que le moteur soit encore en état de marche.

    Je tourne la clef dans la fente, pour démarrer. Le moteur toussote un peu, et finit par partir après quatre essais. Cette fois, on s’arrête plus avant l’objectif.

    J’enfonce l’accélérateur, et on est repartis. On quitte sans problème la zone rasée sans problème, et on retourne sur l’avenue. Je préviens quand même mes gars.

    -          Préparez vos armes, les mecs. Si le capitaine de tout à l’heure a dit vrai, va y avoir de l’action d’ici quelques instants.

    Les sécurités sont enlevées sur les armes, on retire l’obturateur des lunettes de visée, on charge les patates dans les M203. 

    J’accélère un peu, on monte à 60 km, ce qui est pas mal pour un véhicule blindé. Le décor latéral file à toute vitesse maintenant. On a fait environ 600 mètres quand Tom nous annonce encore un truc pète burne. Je me retourne une seconde : il est à l’arrière, son fusil posé sur le toit du truck, l’œil dans sa lunette.

    -          Mutants en vue, les mecs. Des ptiots, une bonne cinquantaine. Ah, ça y est ils nous ont vu. Sergent, autorisation de tirer ?

    -          Autorisation accordée. Fumez-moi ces saloperies dès qu’on arrive à portée.

    -          Oui, sergent !, me répond en chœur mon unité. Ça fait plaisir de les voir sourire un peu.

    On arrive à 40 mètres. Les bestioles nous foncent dessus. Ils ont pas l’air commode. Et ils sont rapides.

    30 mètres. Les premiers de la troupe, plus rapides que les autres se font décapiter, leurs cervelles vient tacher de rouge la route grise de poussière.

    -          Premier sang les mecs !

    Tom est vraiment content, si ça peut lui faire oublier un peu de temps l’image de son ancien quartier rasé.

    20 mètres. Max et Loïc ouvrent le feu, une mitrailleuse M249 « Minimi » crachant plus de 12 balles de 5.56 à la seconde, et un PK Pecheneg russe, plus de 16 balles de 7.62 envoyées par secondes. Des ravages dans la masse dc membres hurlant fonçant sur nous.

    5 mètres. Un mutant s’élance, et se prend une grenade provenant du lance-patate de Julien. Le bestiau difforme explose, couvrant de chairs sanguinolentes tout l’avant du véhicule.

    J’entre avec le truck dans une mer  de monstres. Le choc est à peine ressentit. Notre véhicule est vraiment lourd, sans le poids du blindage, on se serait renversé à l’impact.

    Ça mitraille de tous les côtés. Le truck avance, écrasant, hachant, brisant os et chairs, se frayant un passage dans la marée infâme.

    Un dégénéré apparemment plus agile que ses copains arrive sur le capot, et me gueule dessus avant de commencer à cogner sur la vitre avec une barre de fer. La vitre se fendille, je vois plus grand-chose. Il arrache les essuie-glaces, le sang commence à remplir tout le pare-brise.

    -          Julien, vire moi cet enfoiré, merci.

    -          Je recharge, démerde toi, sergent.

    Et merde. Je lâche une main du volant et je chope mon Colt 1911 sur ma cuisse. Je tire à travers la vitre, qui explose, projetant le taré gesticulant devant le camion, que j’écrase sans grande difficulté comme ses compagnons. Le pare-brise cassé, je reçois vite des gouttelettes rouges sur le visage. Je remets mon Colt dans son holster, et remonte mon écharpe au niveau de mon nez, tout en baissant la tête.

    On sort finalement de la masse de viande immonde pour retrouver la route.

    Je jette un rapide coup d’œil à l’arrière : personne n’est mort, Max et Loïc tirent toujours dans le tas, par rafales. Je repose mes yeux sur la route, et Julien me  demande un truc.

    -          J’peux leur laisser un souvenir explosif, sergent ?

    -          Pourquoi pas…

    L’expert en démolition assis à côté de moi prend un petit paquet de C4 d’une de ses poches, met un détonateur dedans, et le lâche par la fenêtre. Je continue à rouler assez vite, laissant aux survivants le temps de nous poursuivre. Julien actionne alors sa télécommande, un grand sourire aux lèvres.

    Une explosion fait trembler le sol, éparpillant la meute à nos trousses, projetant des bouts de cadavres un peu partout. Toute l’équipe hurle de joie.

    -          YEAH ! Dans vos culs, sales merdes gluantes !

     

    On traverse le pont sans problème, en évitant les voitures abandonnées, défonçant au passage quelques portières restées ouvertes.

    On s’arrête là où le moteur explose, à quelques pas d’un mémorial en ruines. Une petite pluie commence à tomber. On descend, en regardant le paysage. Silencieux. Rien ne bouge. Le bâtiment cible est droit devant, à une centaine de mètres.

    On recharge nos armes, tout en observant notre fier engin de combat improvisé. Il a une sale gueule. Le pare buffle est à moitié plié, des morceaux d’os sont plantés dans les pneus, et tout l’avant est maculé d’un rouge foncé immonde, parsemé de petits éclats de cervelle.

    -          Bon. Il nous aura bien servi, c’t’engin. Messieurs ? Vos résultats ?

    Julien ouvre le bal sur un score de 10 mutants tués au lance-grenade, plus la moitié de la meute. Tom en a eu 8, dont trois avec la même balle. Loïc et Max ont le même score, à savoir 9 mutants troués chacun. Je reste sur mon score d’un seul frag avec mon colt, sans compter les abominations que j’ai écrasé, renversé, ou simplement fracassé.

    On met à jour nos scores personnels (note 2), et on se remet en chemin. Devant nous, une grande place pleine de voitures abandonnées, la plupart fracassées, écrasées, poussées sur le côté par les tanks, trouées par toutes sortes de calibres, ou même par des météorites. On avance, en se mettant à couvert, avançant contre les véhicules. Notre fracassante arrivée a du alerter tous les gus présents dans la zone. Je remarque un reflet, au sommet de l’arc de triomphe, droit devant. Je fais un signe d’arrêt, les gars stoppent.

    -          Qu’est-ce qu’il se passe, sergent ?

    -          Probablement rien, mais je préfère vérifier. Tom, regarde le haut de l’arc droit devant.

    Le tireur d’élite s’exécute, et regarde dans la lunette de son fusil.

    -          Alors ?

    -          Je vois rien chef. Y a quelques caisses à la base, et des barbelés, l’endroit doit être un avant poste abandonné.

    -          Bon chef, on y va ? J’aimerai être de retour à la base pour le diner, moi.

    Max. Espèce d’estomac sur pattes.

    -          Ouais… On y va. Restez à couvert, j’ai pas envie de tomber dans une embuscade.

     

    On continue, accroupis, silencieux. Faudrait pas qu’on se fasse gauler par un tireur isolé, ou une bande de pillards. Ou une autre meute de mutants, cette fois on a plus de blindé.

    Nouvel arrêt. Je regarde une flaque d’eau.

    Un bruit au loin, comme une petite explosion souterraine.

    Des ronds dans l’eau.

    Nouveau bruit, plus proche.

    Plusieurs ronds dans l’eau.

    Encore un bruit, on ressent une petite vibration.

    -          Chef. Un séisme.

    -          Nan… C’est pas un séisme… regardez l’eau.

    Un nouveau bruit, on ressent tous le sol vibrer.

    Julien me regarde, l’air apeuré.

    -          Putain, non, c’est comme dans le film… Va pas y avoir un putain de T-Rex qui va nous tomber sur le coin de la gueule ?

    Je déglutis comme si j’avais une boule de pétanque dans la gorge.

    -          Non… Enfin, j’espère que non.

    Un bruit, tout proche. On regarde à travers les vitres du monospace derrière lequel on est cachés.

    Encore un bruit, plus puissant.

    C’est le monumental connard. Le mutant géant qu’on a croisé tout à l’heure. Il arrive directement sur nous. Il est à peine à 20 mètres. Et chacun de ses pas fait trembler le sol.

    -          Ok, les gars, on bouge. On court jusque l’objectif, rien à foutre des tireurs isolés, on a plus important au cul !

    Tout le monde dégage, au pas de course.

    On arrive au parking devant les Halles, peu de voitures sont garées là.

    On ne s’arrête que quand on a atteint les grilles et les barricades.

    On se retourne pour voir l’autre géant abruti qui nous regarde. L’échange de regard dure une douzaine de secondes. A part la taille, ce mutant a l’air comme les autres. Moche, gris sombre, un air de mammouth croisé avec un ours débile, il a pas mal d’impacts de différents calibres sur tout le corps. Des bras musclés couverts de débris, et des morceaux de panneaux plantés dans tout le corps. Et, comme la dernière fois, il continue son chemin.

    On se regarde, sans trop rien comprendre, le lourdaud continue sa route, écrasant les voitures et ce qui se trouve sur sa route. Y a des trucs qu’il ne faut pas chercher à comprendre.

     

    Je cogne à la porte, en parlant à voix basse :

    -          Hé, la d’dans ! Ouvrez-nous. Unité Ace of Space, armée de Terre, on vient vous sortir de là.

    Personne ne répond. Je colle mon oreille aux barricades de bois, aucun bruit ne se fait entendre. Ok. Je demande à Tom de regarder à travers sa lunette spéciale. Il me dit que c’est bon, il y a bien quelqu’un à l’intérieur.

    -          Avis aux civils qui se réfugient à l’intérieur, on sait que vous êtes là. Pas la peine de vous planquer.

    Toujours aucun bruit.

    -          Vous êtes surs de pas vouloir nous ouvrir ? Nous on s’en fous, on peut rentrer, hein. Dernière chance.

    La porte s’entrouvre, un petit homme armé d’un fusil de chasse nous regarde, sa mire pointé sur ma tête. Il a pas l’air très rassuré.

    -          Qu’est-ce… Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes des vr-vrais soldats ?

    -          On a capté votre transmission ce matin vers 8h23, on est arrivés vers 11 heures, et on va appeler un hélico pour qu’il vienne vous évacuer. Ça te va comme preuve ou faut en plus qu’on sorte not’ CV ?

    -          N-non. Ç-ça ira. Entrez.

     

     

    A l’intérieur, c’est assez grand. Je compte une quarantaine de civils, répartis sur toute la surface. Ils ont monté des abris de fortune, il y a des draps qui pendent en guise de murs, parfois des caisses de vivres ou de munitions. La seule lumière ici vient du haut, éclairant le village miséreux. Une bande de gosses nous voit en premier et détale. C’est vrai qu’on a pas des gueules d’anges, mais tout de même.

    -          Excusez les. Ils ont p-peur de vous, mais on a été attaqués hier, pa-par des gens av-vec des tenues comme les vôtres. Ils ont t-tiré à travers les portes et ont blessé de-deux enfants.

    -          Mouais. Probablement les mêmes qui nous ont demandé une taxe de passage. Monsieur, ne vous inquiétez pas, ces mecs sont morts à l’heure qu’il est.

    Julien confirme, en reposant sa radio.

    -          Sergent, c’est bon, le colonel dit qu’ils ont envoyé quelques obus sur les deux bâtiments, après qu’ils se soient fait arroser.

    -          Bon, déjà un problème de réglé. Julien, tu vas avec le civil contacter la base, dis leur de ramener un hélico. Tom, tu montes sur le toit pour couvrir notre position. Préviens moi si tu vois du mouvement important. Max et Loïc, vous sortez avec moi, on va rendre la Z.A. un peu plus présentable, que l’hélico puisse se poser.

    Avant de sortir, je me tourne vers l’homme qui nous a fait entrer. 

    -          Monsieur, il y a des hommes armés qui pourraient nous aider ?

    -          Personne n’a jamais te-tenu une arme, ici.

    -          Bon… Bah on va se démerder.

    On sort, sous les yeux apeurés des civils. Ils sont ici depuis deux semaines, ils ont vécu l’enfer. Même notre présence ne les rassure pas. Le mec qui nous a accueilli a pas du dormir beaucoup cette semaine, il est dans un état de choc avancé.

     

     

    -          L’hélico pourra pas se poser si les voitures sont encore là. Julien, ça se présente comment pour l’évacuation ?

    -          Le transport sera là d’ici un peu moins de vingt minutes. Le QG m’a dit que les DCA avaient été prises d’assaut, plus rien qui marche. Donc on pourra monter dans l’hélico avec les civils. Ah, ouais, et ce sera un Pave Low.

    Carrément. Ils ont envoyé un Pave Low. Un hélicoptère énorme. Donc on a intérêt à se grouiller pour déplacer les voitures de la ZA.

    Si Tom nous couvre depuis le sommet de l’édifice, on va devoir faire gaffe à ce qui peut se trouver dans les voitures. J’ai vu quelques trucs remuer, tout à l’heure.

    Je m’approche d’un véhicule qui a bougé, semble-t-il. La mire levée, je regarde à l’intérieur par la fenêtre arrière.

    Quelqu’un est au volant. Un homme. Sa tête bouge bizarrement. J’ouvre la bouche pour lui parler, puis je me ravise. Ce mec serait coincé là depuis 3 semaines, sans dire un mot, sans appeler quiconque, sans montrer qu’il est vivant ? Probablement un piège.

    D’un geste de la main, j’ordonne à Loïc d’aller voir à l’avant de la voiture. Un autre ordre gestuel, ordonnant à Max d’inspecter l’engin.

    Le grand rouquin regarde en dessous, les portes, et me fait comprendre par un signe de la main que tout est OK.  Je lui lance un signe de tête, et me tourne vers l’autre soldat, apparemment confus. Il regarde fixement l’homme au siège avant. Pas d’explosif ou de piège sur la voiture, je me déplace pour rejoindre Loïc. Je me place à l’avant de la voiture, et là, je prends une claque. L’homme au volant a une partie de la mâchoire arrachée. Le pare brise a reçu une rafale, et le mec, ou plutôt la chose, s’est prit plusieurs balles dans le torse. Malgré ça, ce truc n’est pas mort. Non, en fait, il nous mate, essayant d’articuler un genre de grognement. Loïc émet une supposition.

    -          Sergent… J’crois que c’est un zombie.

    -          Ouais. On dirait bien. Toi qu’a vu tous les films sur le sujet, tu sais comment on les bute, nan ?

    Là dessus, Loic prend son arme et tire trois bastos dans la tronche de notre ami attaché par sa ceinture de sécurité. Son crâne explose, recouvrant l’habitacle de cervelle noire.

    -          Tout a fait immonde, mais efficace. Bon, Max, tu prends le volant, nous on pousse.

     

    On en a eu pour un gros quart d’heure à pousser les voitures sur le côté. Il y avait encore un autre zombie attaché au siège d’une camionnette, Max s’en est occupé. A notre retour de mission, faudra quand même prévenir les gradés à propos des zombies…

    Avec les véhicules qu’on a poussé, on a pu faire une ligne de barricade, pour se protéger d’un éventuel assaut. Selon les quelques civils qui sont venus nous aider, la meute de mutants qu’on a croisé tout à l’heure était une petite troupe…


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  • Même si des tirs se font entendre, on ne croise toujours personne. L’avenue est déserte, on ne rencontre que quelques corps, des voitures abandonnées.

    On a pas fait 300 mètres que Tom nous dit de stopper le véhicule. Devant nous se dressent deux HLM.  Selon la lunette à détection de chaleur du fusil de notre sniper, les bâtiments ne sont pas déserts. 

    -          Sortez vos jumelles, les gars. Au dernier étage, et sur le toit, regardez. Je compte quatre snipers à droite, et trois à gauche. 

    -          Mouais. Julien, contactes-les par radio. Vois si ils sont de chez nous.

    Le gars acquiesce et  branche sa radio dans son oreillette, et commence à jacter.

    -          Appel aux snipers posté dans les bâtiments blancs, secteur – secteur  combien chef ? ah ouais – secteur 109. Ici équipe Ace of Space, armée de Terre, 92e régiment d’infanterie, la zone devant est safe ?

    La réponse est longue à arriver. On se regarde, à la limite de l’inquiétude. Enfin, au bout d’une douzaine de secondes, une voix se fait entendre.

    -          Ouais, équipe Ace of Space, ici l’équipe BHS, la route est bien accidentée et pleine de mutants. Par contre, si vous compter passer sans payer la taxe, vous allez avoir du plomb au cul.

    J’attrape le micro de Julien et commence à parler à ce trouduc’.

    -          Soldat, ici le sergent-chef Lumberjack, 6e bataillon, 3e division, c’est quoi cette histoire de taxe à la con ?

    -          Ah, tiens, un sous-off’, y avait longtemps. Bah écoutes mon gros c’est simple. Tu jactes pas à un bidasse. Y avait une équipe y a 2 jours. Vu qu’ils avaient des flingues, on les a pris, et si tu r’garde bien le haut de nos bâtiments, tu pourras voir les restes de tes potes.

    J’attrape les jumelles, et je bigle le sommet. Des pendus. Par les mains, par les pieds, la gorge, ou encore par les intestins. Certains gigotent encore. Des corbeaux ont commencé leur sinistre besogne sur ceux qui ont succombés, ou ceux qui bougent le moins.

    -          Bordel de merde…

    -          Hop hop hop ! Pas de grossièretés, môssieur le sergent-chef ! La taxe de passage, c’est tes chargeurs, tes armes, ton paquetage, et tout c’que t’as quoi. Sinon on te troue la peau. Deal ?

    J’éteins cette putain de radio et redonne le micro à Julien. Des taulards, probablement les mecs qui ont fait le carnage en début de rue. Pas des tendres. Le charnier ne comportait aucune victime par balle, on peut donc espérer qu’ils tirent comme des manches. Pas le temps de réfléchir. Je redémarre, en roulant doucement vers un tas de voitures incendiées à côté duquel un gars nous fait des signes. Probablement le mec à qui on doit filer notre matos, il est en tenue de prisonnier… Quand on arrive à une douzaine de mètres de lui, je passe la troisième, j’enclenche le turbo, et j’écrase ce con.

    Le bruit qu’on entend est un poil plus intense que le bruit qu’on entend quand on écrase un chat.

    Le volant devient vite une extension de mon corps. Je maîtrise le véhicule comme si je l’avais fabriqué.

    Les passagers du monstre d’acier commencent à gueuler.

    -          Putain, chef, on va s’viander !

    -          J’vais les allumer ces connards !

    -          Range ton lance-patate, ducon !

    Troisième vitesse, on entend comme des grêlons sur la carlingue. Ces cons nous tirent dessus avec du 7.62. On a du bol que l’habitacle ait été blindé, et surtout que ces enfoirés tirent si mal. Je jette un rapide coup d’œil derrière : mes gars ont eu le réflexe de se coucher.

    Quatrième vitesse, le moteur rugit.

    Je prends la première rue à droite à peu près dégagée que je vois, les entrées des précédentes étaient remplies de gravats et de trop gros débris.

    On s’engouffre en dérapant sur une douzaine de mètres, l’arrière du pick-up frottant dans une gerbe d’étincelles le mur d’un édifice.

    On finit par s’arrêter tant bien que mal après avoir fait un demi-tour en driftant dans les restes d’une salle à manger. On reste là quelques secondes, le moteur fumant, de la poussière partout. Tom est le premier à briser le silence.

    -          Sergent, t’es complètement taré.

    -          C’est fort probable, que je réponds. Mais on s’en est tiré, nan ?

    -          Ouais… Enfin bon. On fait comment pour continuer maintenant ? Ces fils de chiens seront encore à portée pour une bonne centaine de mètres. On continue sur cette rue, ou alors on retourne sur l’avenue ?

    -          Je serai d’avis de balancer un missile sur la gueule de ces enculés.

    On regarde tous ---------. Il a l’air sérieux. Je lui réponds d’un air blasé.

    -          Même si on avait le droit de tirer des missiles en zone urbaine, je crois pas que les gradés nous fileraient un missile pour buter une douzaine de cons. Et je crois pas non plus qu’il reste des masses de missiles pour nous, la plupart ont été envoyés sur les capitales sur les zones d’émergence des mutants.

    Ça l’a un peu refroidi.

    -          Merde…

    -          Maintenant, faut continuer. Le truck a l’air encore en état de rouler, mais la rue a pas l’air très sûre.

    Je prends mes jumelles pour vérifier l’état du fond de la rue et, en effet, les maisons ont l’air assez endommagées, suffisamment pour s’écrouler au passage d’un véhicule.

    -          On va continuer sur la route en faisant gaffe, et on reprendra l’avenue plus tard.

    -          Sinon, on peut passer par les maisons en explosant quelques murs !

    Je le regarde, toujours autant blasé.

    -          Mais ça t’arrive d’avoir des idées ou ça ne finit pas par exploser à la fin ?

    -          Heu… Nan.

    Notre conversation est interrompue par un extraordinaire craquement venant du fond de la rue. Plusieurs maisons partent en miettes alors qu’un gigantesque machin à deux pattes passe lentement, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est un genre de troll gris, avec une tronche à moitié humaine et insecte écrasé, mesurant bien 12 mètres de haut. On sent le sol trembler à chacun de ses pas monumentaux, alors qu’on est au moins à 50 mètres. L’immense bestiau s’arrête un moment, nous regarde, et continue sa route, traversant sans grande difficulté les bâtisses sur son passage.

    -          Bon, et bien je vote pour passer à travers les maisons.

     

    On a bougé le camion, et installé une charge de plastic sur le mur du fond. Quand on a actionné le détonateur, la charge a explosé, le mur aussi, fragilisant la structure de la maison qui a tremblé. On est vite passé sous l’arche improvisée, traversé le petit jardin et défoncé la haie pendant que la maison s’écroulait. On a profité de l’élan et du pare-buffle amélioré en bélier pour traverser deux autres maisons d’un coup. On s’est retrouvé à peu près là où on voulait, c’est-à-dire hors de portée des snipers, dans la rue de Pouillon.

    On est surement encore à portée, mais on reçoit pas de projectiles, donc… Je regarde dans  le rétroviseur, rien ne bouge, et pas de roquette dans notre direction. À cette distance, c’est difficile de voir quelque chose, mais on peut-

    -          SERGENT ! GAFFE DEVANT !

    Un choc.

    Un bruit assez dégueu.

    Un cri.

    Un corps qui passe par-dessus le camion.

    Un coup de frein brutal.

    Un regard en arrière.

    -          Chef… C’est qu’un mutant.

    Un soulagement. On continue.

    -          Ok, désolé, les gars, mais ouvrez l’œil aussi. Éliminez ceux qui s’approchent trop.

     

    Nous poursuivons notre route, en évitant les voitures abandonnées, quelques corps pourrissants et des cratères, de plus en plus nombreux. On arrive sur une zone mitraillée par des petits météorites. Les suspensions en prennent un coup, mais le truck tient bon. Les bâtiments ont été méchamment touchés la pluie rocailleuse, certains sont troués comme des gruyères géants, d’autres n’ont plus que la façade qui tient debout, d’autres encore ont été rasés par un météore plus gros que les autres… je conduis le véhicule dans une tranchée, récemment creusée par un de ces rocs tombés, nous sommes à couvert pour une bonne centaine de mètres.

    Lorsque nous sortons du fossé, on est frappé par le décor. L’épicentre de la pluie de météorites. Tout a été rasé sur un diamètre d’une dizaine de pâtés de maisons.. Un vrai paysage lunaire. Entre les cratères, quelques rares morceaux de murs sont encore debout, le sol est jonché de débris en tous genres. Je ralentis, jusqu’à ce qu’on s’arrête derrière un parapet encore levé. Les météorites ont vraiment fait beaucoup de dégâts ici. Une bombe atomique n’aurait pas fait mieux. Je regarde Tom, qui est apparemment sur le cul.

    -          Ça va ?

    -          Mec, je viens de ce quartier. Comment tu crois que ça va ? J’ai la gerbe.

    Pas le temps de lui dire de prendre sur lui, on se fait attaquer. Des impacts se font entendre sur la carlingue.

    Aussitôt, mes gars prennent leurs armes, ajustent leurs mires, et identifient les attaquants.

    -          Sergent, c’est des militaires. Et… Oh merde.

    J’aime pas quand Tom prend cet air dépité en parlant. Signe qu’il va annoncer un truc très grave.

    -          Sergent, ils ont heu… des tanks.

    -          Ok. Julien, tu leur dit d’arrêter leurs conneries. Tom, repères leurs écussons.

    -          Appel aux unités du secteur 98, cessez le feu, ici unité Ace of Spades, 92e régiment d’infanterie, armée de Terre, dans le véhicule que vous mitraillez. Unité inconnue, cessez le feu !

    Les coups de feu cessent. Je sors mes jumelles, un mec s’avance, suivit à 20 pas par sa troupe. Les chars restent en retrait. On sort du camion qui a bien morflé, on s’est fait arroser par toutes sortes de calibres perforants. C’est un miracle qu’aucun de nous n’ai pris de balle.

    On sort lentement, nos mires braquées vers le mec qui vient vers nous. Il s’arrête à une douzaine de mètres, retire ses lunettes, et décline son identité.

    -          Capitaine Kevin Skill, 501e régiment de chars de combats, on vient de Mourmelon. Désolé de vous avoir attaqués, on a eu des ennuis avec des pillards dans ce genre de véhicule. Qu’est-ce que de l’infanterie de reconnaissance vient foutre ici ?

    Je m’avance devant mes hommes et je lui réponds.

    -          Sergent-chef Tim Lumberjack, 92e R.I., de Clermont-Ferrand. On est là pour une extraction. Une cinquantaine de civils sont réfugiés dans les Halles, à un peu plus d’un kilomètre au sud-est.

    Le gradé à l’air un peu surpris. En observant son uniforme, je vois qu’il est couvert de poussière, de même que son casque. Il a un bandage sur le poignet gauche, une légère balafre sur le front, et pas l’air très en forme. Sous son air un poil fatigué, une barbe d’une semaine, une tête sympa, mais ce mec est plus jeune que moi. Il n’a même pas 25 ans. Pourtant, il a de l’assurance, il sait où il est et ce qu’il fait. Après nous avoir observés pendant quelques secondes, il continue de parler.

    -          Il y a encore des civils dans le centre ? Bordel. On est ici depuis 18 jours, on a vu que des corps. Bon. Si vous continuez dans l’avenue, faites attention, des bandes de petits mutants rapides sont sur votre route. Si votre camion marche encore, vous devriez passer sans trop de difficultés. Vous avez tout ce qu’il vous faut ? On vient de récupérer un chargement de ravitaillement aéroporté.

    -          Non, merci, capitaine.

    Un salut militaire, et on se quitte. Je repense à un truc, et je me retourne, interpellant le gradé une nouvelle fois.

    -          Ah, un conseil. Si vous allez vers le nord en suivant l’avenue, faites gaffe, des snipers sont planqués en haut de deux HLM, à un km. On a eu quelques soucis avec eux.

    -          Des déserteurs ?

    -          Plutôt des taulards. Ils ont massacré toute une compagnie, et des dizaines de civils à l’entrée de l’avenue.

    -          Aaaah, ouais. Quand même.

    Le capitaine gueule dans son micro un ordre à son escadron.

    -          Nouvel objectif : tours droit devant. Chars lourds en premier, obus à fragmentation. Arrêt à 100 mètres, tirer pour détruire. Cible : haut des bâtiments, des tueurs de civils. Allez les gars, on se bouge le cul, on fonce !

    La compagnie s’élance, blindés en avant, 14 moteurs rugissant en même temps, suivis par des motos, des jeeps, des véhicules blindés, et deux camions de transport. Le capitaine saute à l’arrière d’une jeep qui passe à côté de nous, et nous balance un « Merci pour l’info » avant de dégager rapidement. J’en connais qui vont prendre cher, là-haut dans leur forteresse de béton.


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  • https://imagizer.imageshack.us/v2/651x673q90/19/u8z1.jpg

    Voici le colonel qui file un buggy au vieux dans la premiere nouvelle de Apocalypse. Merci à Amaramenthe, un des dessinateurs officiels de Apo. --> un oeil vers ses machins : http://amaramenthe.deviantart.com/


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  • Nouvelle en approche. Je sais, j'écris pas souvent. Mais celle ci vaut le coup.

    Les "------------"  c'est des noms que j'ai pas encore trouvé. Je demanderai au gars sur qui j'écris la nouvelle de me filer 3 noms d'ici... Quelques temps. Prochain épisode dans... boah. Quelques temps.

     

     

     

     

    Reims,

    Apocalypse + 24 jours

    11h37

     

    C’est le début de la Fin. C’est les mutants qui sont arrivés au début, ils ont fait un carnage dans les rues, les gens étaient descendus voir les météorites écrasées dans les rues, et le volcan qui avait poussé au milieu du Parc de Champagne. Des dizaines de petits mutants qui ont massacré des gens terrifiés, hommes, femmes, enfants, pas de distinctions.

    Les Halles du Boulingrin, fraichement refaites, est notre cible. Remplies d’une trentaine de civils apeurés, on a capté le signal de leur radio hier après-midi. Notre mission est simple : sécuriser le parking devant les Halles pour permettre à un transport aérien d’évacuer les civils.

     

    Voilà, donc, ça c’est la théorie, le briefing qu’on a eu ce matin. Moi et mon équipe, on a été « largués » au-dessus de la ville, précisément dans le cimetière de Laon, à deux kilomètres au nord-ouest de l’objectif. L’avion ne pouvait pas aller plus loin, des DCA et des mutants volants avaient été détectés dans le centre-ville.

    On est 5. Tom, tireur d’élite, ------------ et ------------ en appui-feu et arme lourde, ---------- avec son lance-grenades, et moi, sergent-chef de cette unité, avec mon simple Mk14 et mon USP Tactical.

    Atterrir dans un cimetière, c’est souvent cool, l’endroit est calme, y a pas des masses de monde. On s’est regroupés, et on est sorti de la drop-zone. Pas la peine de planquer les parachutes, les missions d’infiltration c’est fini. Là, pour le coup, c’est de la vraie mission de sauvetage en zone de guerre, on n’en a pas fait depuis l’Irak. Ou la mission en Alliance Euro-Chine, je sais plus.

    L’endroit est vraiment comme je m’y attendais : un air chargé en odeur de poudre et de pourrit, des bruits de rafales au loin, un bruit d’explosion toutes les deux ou trois minutes, et des colonnes de fumée qui zèbrent le ciel.

    Nous avançons, prudents, en rasant les murs, regardant les ouvertures dans les murs ou le ciel, prenant garde à ne pas se faire allumer.

    Peu à peu, nous rejoignons l’avenue de Laon. C’est là que les emmerdes commencent. Une violente odeur de merde et de chair en décomposition nous prend à la gorge. La route est jonchée de cadavres, sur une longue distance. Des enfants, des femmes, des hommes, des mutants, des soldats, des genres de gargouilles… tous ces morts, pourrissant depuis trois ou quatre jours à l’air libre, en proie aux charognards. À notre approche, un corbac nous regarde, un œil fermenté dans le bec. C’est à ce moment que  ------------ choisit de rendre son petit-déj.

    « Sergent… J’en ai vu des saloperies, mais là… Désolé. »

    J’ai de la peine à garder le mien dans mon ventre. On a déjà vu un carnage au phosphore blanc, un autre au C-4, mais cette fois, c’est différent. Les macchabés ont reçu des coups de griffes et de lames, des morsures. Certains ont eu le visage arraché, comme dévoré, seul un tas de chair repose au fond de leur boite crânienne. D’autres ont des membres qui pendent, mutilés, comme si la peau avait été « épluchée ». D’autres encore ont divers objets tranchants enfoncés dans les orifices, de la baïonnette à la barre de fer rouillée.
    On avance, gardant nos tripes dans nos estomacs plutôt que de les renverser sur celles qui sont par terre, quand on entend un râle. Un survivant, caporal d’après son insigne. Mal en point, il a les deux jambes arrachées, des flèches qui lui traversent les bras. Rapidement, ------------ le toubib de l’unité se précipite sur lui, cherchant à stopper les hémorragies. Le pauvre gars prononce quelques mots.

    « Les enc… enculés… des putains de… mutants. »

    Je m’approche de lui et je commence à le questionner, pendant que  ------------ lui file de la morphine.

    -          On est de la 501eme aéroportée, qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?

    -          Des… saloperies de mutants. Y se sont pointés après que… que not’ compagnie ai buté des évadés de la prison. Ces… enfoirés ont buté… tous ces gens… »

     

    J’ai laissé le pauvre mec partir, finir son voyage dans le coltar de la morphine, et j’ai regardé autour. On est partis, en se couvrant le visage de nos écharpes, pour éviter de respirer cette horreur.

    La route de la mort, si on peut l’appeler comme ça, s’étend sur environ 100 mètres. J’essaie, comme les autres, de ne pas poser mon regard sur ces corps maculés de sang, de fixer l’horizon pour continuer. On aurait pu prendre un autre chemin, mais je ne tiens pas à tomber dans une embuscade ou me faire allumer dans une rue plus étroite.

    On finit par arriver au bout du tas de morts, ce ne sont plus que quelques rares morts, trainées sanglantes sur le sol ou membres seuls sur le bas-côté. Pendant toute la traversée, on a entendu aucun bruit. C’est comme si cette zone était hors du temps, que les sons des explosions et des rafales n’avaient pas leur place à cet endroit.  

    À partir de là, on s’est repris en main, et on a repris notre avancée prudente, en faisant attention au moindre bruit, en scrutant les détails dans notre champ de vision.

    On est arrivé près d’un concessionnaire, et ------------ a prit la parole :

    -          Les gars, couvrez-moi. J’suis sûr qu’on peut avancer bien plus vite qu’à pied.

    Et ce con entre dans le garage du concessionnaire, dont le rideau de fer a été arraché à coup de ce qui ressemble à des griffes. Merde, le con. Rapidement, on se met en place autour de l’entrée, ------------ et------------ entrent pendant que je pointe ma mire dans l’ouverture. Il fait assez sombre, j’allume la lampe sur le côté de mon casque. Apparemment, personne à part mes gars n’est dans le bâtiment. Mais c’est pas une raison pour relâcher son attention.

    Par terre, sur le carrelage blanc, on voit qu’un festin a eu lieu. Un homme, allongé sur le dos, est aux trois quart dévoré. Son visage n’est plus qu’un tas de chair informe, une de ses jambes est à quelques mètres de là, et ses tripes sont à l’air. ------------nous appelle, il est à côté d’un pick-up modifié sur lequel a été ajouté un pare-buffle renforcé, et l’habitacle blindé.

    -          Hé, chef ! Avec ça, on devrait pouvoir arriver à la ZE plus vite. A mon avis, c’est notre ami aux tripes à l’air qui s’est laissé surprendre pendant qu’il construisait son engin.

    Je le regarde, puis je regarde l’engin en question.

    -          Mouais… ça a l’air solide… Ok, on le prend. Tout le monde embarque !

    Je m’installe au volant, ------------ à côté de moi, ------------, ------------ et------------ à l’arrière. Je démarre le vé hicule, et un morceau des Queens of the Stone Age se fait entendre. J’ai presque envie de le laisser, juste pour l’instant épique qu’on vit sur le moment. Et à voir les tronche des autres, eux aussi ont vraiment envie de le laisser. Tant pis pour la discrétion.

    On sort du garage sur notre bête d’acier, et on se fait l’avenue de Laon plus vite que prévu. 


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