• C'est bon, le gars qu'est le héros de cette nouvelle m'a trouvé des noms. Loïc et Max  en arme lourdes (fusil mitrailleuse), et Julien en lance-patate.

     

    ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    On remonte dans le truck en priant pour que le moteur soit encore en état de marche.

    Je tourne la clef dans la fente, pour démarrer. Le moteur toussote un peu, et finit par partir après quatre essais. Cette fois, on s’arrête plus avant l’objectif.

    J’enfonce l’accélérateur, et on est repartis. On quitte sans problème la zone rasée sans problème, et on retourne sur l’avenue. Je préviens quand même mes gars.

    -          Préparez vos armes, les mecs. Si le capitaine de tout à l’heure a dit vrai, va y avoir de l’action d’ici quelques instants.

    Les sécurités sont enlevées sur les armes, on retire l’obturateur des lunettes de visée, on charge les patates dans les M203. 

    J’accélère un peu, on monte à 60 km, ce qui est pas mal pour un véhicule blindé. Le décor latéral file à toute vitesse maintenant. On a fait environ 600 mètres quand Tom nous annonce encore un truc pète burne. Je me retourne une seconde : il est à l’arrière, son fusil posé sur le toit du truck, l’œil dans sa lunette.

    -          Mutants en vue, les mecs. Des ptiots, une bonne cinquantaine. Ah, ça y est ils nous ont vu. Sergent, autorisation de tirer ?

    -          Autorisation accordée. Fumez-moi ces saloperies dès qu’on arrive à portée.

    -          Oui, sergent !, me répond en chœur mon unité. Ça fait plaisir de les voir sourire un peu.

    On arrive à 40 mètres. Les bestioles nous foncent dessus. Ils ont pas l’air commode. Et ils sont rapides.

    30 mètres. Les premiers de la troupe, plus rapides que les autres se font décapiter, leurs cervelles vient tacher de rouge la route grise de poussière.

    -          Premier sang les mecs !

    Tom est vraiment content, si ça peut lui faire oublier un peu de temps l’image de son ancien quartier rasé.

    20 mètres. Max et Loïc ouvrent le feu, une mitrailleuse M249 « Minimi » crachant plus de 12 balles de 5.56 à la seconde, et un PK Pecheneg russe, plus de 16 balles de 7.62 envoyées par secondes. Des ravages dans la masse dc membres hurlant fonçant sur nous.

    5 mètres. Un mutant s’élance, et se prend une grenade provenant du lance-patate de Julien. Le bestiau difforme explose, couvrant de chairs sanguinolentes tout l’avant du véhicule.

    J’entre avec le truck dans une mer  de monstres. Le choc est à peine ressentit. Notre véhicule est vraiment lourd, sans le poids du blindage, on se serait renversé à l’impact.

    Ça mitraille de tous les côtés. Le truck avance, écrasant, hachant, brisant os et chairs, se frayant un passage dans la marée infâme.

    Un dégénéré apparemment plus agile que ses copains arrive sur le capot, et me gueule dessus avant de commencer à cogner sur la vitre avec une barre de fer. La vitre se fendille, je vois plus grand-chose. Il arrache les essuie-glaces, le sang commence à remplir tout le pare-brise.

    -          Julien, vire moi cet enfoiré, merci.

    -          Je recharge, démerde toi, sergent.

    Et merde. Je lâche une main du volant et je chope mon Colt 1911 sur ma cuisse. Je tire à travers la vitre, qui explose, projetant le taré gesticulant devant le camion, que j’écrase sans grande difficulté comme ses compagnons. Le pare-brise cassé, je reçois vite des gouttelettes rouges sur le visage. Je remets mon Colt dans son holster, et remonte mon écharpe au niveau de mon nez, tout en baissant la tête.

    On sort finalement de la masse de viande immonde pour retrouver la route.

    Je jette un rapide coup d’œil à l’arrière : personne n’est mort, Max et Loïc tirent toujours dans le tas, par rafales. Je repose mes yeux sur la route, et Julien me  demande un truc.

    -          J’peux leur laisser un souvenir explosif, sergent ?

    -          Pourquoi pas…

    L’expert en démolition assis à côté de moi prend un petit paquet de C4 d’une de ses poches, met un détonateur dedans, et le lâche par la fenêtre. Je continue à rouler assez vite, laissant aux survivants le temps de nous poursuivre. Julien actionne alors sa télécommande, un grand sourire aux lèvres.

    Une explosion fait trembler le sol, éparpillant la meute à nos trousses, projetant des bouts de cadavres un peu partout. Toute l’équipe hurle de joie.

    -          YEAH ! Dans vos culs, sales merdes gluantes !

     

    On traverse le pont sans problème, en évitant les voitures abandonnées, défonçant au passage quelques portières restées ouvertes.

    On s’arrête là où le moteur explose, à quelques pas d’un mémorial en ruines. Une petite pluie commence à tomber. On descend, en regardant le paysage. Silencieux. Rien ne bouge. Le bâtiment cible est droit devant, à une centaine de mètres.

    On recharge nos armes, tout en observant notre fier engin de combat improvisé. Il a une sale gueule. Le pare buffle est à moitié plié, des morceaux d’os sont plantés dans les pneus, et tout l’avant est maculé d’un rouge foncé immonde, parsemé de petits éclats de cervelle.

    -          Bon. Il nous aura bien servi, c’t’engin. Messieurs ? Vos résultats ?

    Julien ouvre le bal sur un score de 10 mutants tués au lance-grenade, plus la moitié de la meute. Tom en a eu 8, dont trois avec la même balle. Loïc et Max ont le même score, à savoir 9 mutants troués chacun. Je reste sur mon score d’un seul frag avec mon colt, sans compter les abominations que j’ai écrasé, renversé, ou simplement fracassé.

    On met à jour nos scores personnels (note 2), et on se remet en chemin. Devant nous, une grande place pleine de voitures abandonnées, la plupart fracassées, écrasées, poussées sur le côté par les tanks, trouées par toutes sortes de calibres, ou même par des météorites. On avance, en se mettant à couvert, avançant contre les véhicules. Notre fracassante arrivée a du alerter tous les gus présents dans la zone. Je remarque un reflet, au sommet de l’arc de triomphe, droit devant. Je fais un signe d’arrêt, les gars stoppent.

    -          Qu’est-ce qu’il se passe, sergent ?

    -          Probablement rien, mais je préfère vérifier. Tom, regarde le haut de l’arc droit devant.

    Le tireur d’élite s’exécute, et regarde dans la lunette de son fusil.

    -          Alors ?

    -          Je vois rien chef. Y a quelques caisses à la base, et des barbelés, l’endroit doit être un avant poste abandonné.

    -          Bon chef, on y va ? J’aimerai être de retour à la base pour le diner, moi.

    Max. Espèce d’estomac sur pattes.

    -          Ouais… On y va. Restez à couvert, j’ai pas envie de tomber dans une embuscade.

     

    On continue, accroupis, silencieux. Faudrait pas qu’on se fasse gauler par un tireur isolé, ou une bande de pillards. Ou une autre meute de mutants, cette fois on a plus de blindé.

    Nouvel arrêt. Je regarde une flaque d’eau.

    Un bruit au loin, comme une petite explosion souterraine.

    Des ronds dans l’eau.

    Nouveau bruit, plus proche.

    Plusieurs ronds dans l’eau.

    Encore un bruit, on ressent une petite vibration.

    -          Chef. Un séisme.

    -          Nan… C’est pas un séisme… regardez l’eau.

    Un nouveau bruit, on ressent tous le sol vibrer.

    Julien me regarde, l’air apeuré.

    -          Putain, non, c’est comme dans le film… Va pas y avoir un putain de T-Rex qui va nous tomber sur le coin de la gueule ?

    Je déglutis comme si j’avais une boule de pétanque dans la gorge.

    -          Non… Enfin, j’espère que non.

    Un bruit, tout proche. On regarde à travers les vitres du monospace derrière lequel on est cachés.

    Encore un bruit, plus puissant.

    C’est le monumental connard. Le mutant géant qu’on a croisé tout à l’heure. Il arrive directement sur nous. Il est à peine à 20 mètres. Et chacun de ses pas fait trembler le sol.

    -          Ok, les gars, on bouge. On court jusque l’objectif, rien à foutre des tireurs isolés, on a plus important au cul !

    Tout le monde dégage, au pas de course.

    On arrive au parking devant les Halles, peu de voitures sont garées là.

    On ne s’arrête que quand on a atteint les grilles et les barricades.

    On se retourne pour voir l’autre géant abruti qui nous regarde. L’échange de regard dure une douzaine de secondes. A part la taille, ce mutant a l’air comme les autres. Moche, gris sombre, un air de mammouth croisé avec un ours débile, il a pas mal d’impacts de différents calibres sur tout le corps. Des bras musclés couverts de débris, et des morceaux de panneaux plantés dans tout le corps. Et, comme la dernière fois, il continue son chemin.

    On se regarde, sans trop rien comprendre, le lourdaud continue sa route, écrasant les voitures et ce qui se trouve sur sa route. Y a des trucs qu’il ne faut pas chercher à comprendre.

     

    Je cogne à la porte, en parlant à voix basse :

    -          Hé, la d’dans ! Ouvrez-nous. Unité Ace of Space, armée de Terre, on vient vous sortir de là.

    Personne ne répond. Je colle mon oreille aux barricades de bois, aucun bruit ne se fait entendre. Ok. Je demande à Tom de regarder à travers sa lunette spéciale. Il me dit que c’est bon, il y a bien quelqu’un à l’intérieur.

    -          Avis aux civils qui se réfugient à l’intérieur, on sait que vous êtes là. Pas la peine de vous planquer.

    Toujours aucun bruit.

    -          Vous êtes surs de pas vouloir nous ouvrir ? Nous on s’en fous, on peut rentrer, hein. Dernière chance.

    La porte s’entrouvre, un petit homme armé d’un fusil de chasse nous regarde, sa mire pointé sur ma tête. Il a pas l’air très rassuré.

    -          Qu’est-ce… Qu’est-ce qui me prouve que vous êtes des vr-vrais soldats ?

    -          On a capté votre transmission ce matin vers 8h23, on est arrivés vers 11 heures, et on va appeler un hélico pour qu’il vienne vous évacuer. Ça te va comme preuve ou faut en plus qu’on sorte not’ CV ?

    -          N-non. Ç-ça ira. Entrez.

     

     

    A l’intérieur, c’est assez grand. Je compte une quarantaine de civils, répartis sur toute la surface. Ils ont monté des abris de fortune, il y a des draps qui pendent en guise de murs, parfois des caisses de vivres ou de munitions. La seule lumière ici vient du haut, éclairant le village miséreux. Une bande de gosses nous voit en premier et détale. C’est vrai qu’on a pas des gueules d’anges, mais tout de même.

    -          Excusez les. Ils ont p-peur de vous, mais on a été attaqués hier, pa-par des gens av-vec des tenues comme les vôtres. Ils ont t-tiré à travers les portes et ont blessé de-deux enfants.

    -          Mouais. Probablement les mêmes qui nous ont demandé une taxe de passage. Monsieur, ne vous inquiétez pas, ces mecs sont morts à l’heure qu’il est.

    Julien confirme, en reposant sa radio.

    -          Sergent, c’est bon, le colonel dit qu’ils ont envoyé quelques obus sur les deux bâtiments, après qu’ils se soient fait arroser.

    -          Bon, déjà un problème de réglé. Julien, tu vas avec le civil contacter la base, dis leur de ramener un hélico. Tom, tu montes sur le toit pour couvrir notre position. Préviens moi si tu vois du mouvement important. Max et Loïc, vous sortez avec moi, on va rendre la Z.A. un peu plus présentable, que l’hélico puisse se poser.

    Avant de sortir, je me tourne vers l’homme qui nous a fait entrer. 

    -          Monsieur, il y a des hommes armés qui pourraient nous aider ?

    -          Personne n’a jamais te-tenu une arme, ici.

    -          Bon… Bah on va se démerder.

    On sort, sous les yeux apeurés des civils. Ils sont ici depuis deux semaines, ils ont vécu l’enfer. Même notre présence ne les rassure pas. Le mec qui nous a accueilli a pas du dormir beaucoup cette semaine, il est dans un état de choc avancé.

     

     

    -          L’hélico pourra pas se poser si les voitures sont encore là. Julien, ça se présente comment pour l’évacuation ?

    -          Le transport sera là d’ici un peu moins de vingt minutes. Le QG m’a dit que les DCA avaient été prises d’assaut, plus rien qui marche. Donc on pourra monter dans l’hélico avec les civils. Ah, ouais, et ce sera un Pave Low.

    Carrément. Ils ont envoyé un Pave Low. Un hélicoptère énorme. Donc on a intérêt à se grouiller pour déplacer les voitures de la ZA.

    Si Tom nous couvre depuis le sommet de l’édifice, on va devoir faire gaffe à ce qui peut se trouver dans les voitures. J’ai vu quelques trucs remuer, tout à l’heure.

    Je m’approche d’un véhicule qui a bougé, semble-t-il. La mire levée, je regarde à l’intérieur par la fenêtre arrière.

    Quelqu’un est au volant. Un homme. Sa tête bouge bizarrement. J’ouvre la bouche pour lui parler, puis je me ravise. Ce mec serait coincé là depuis 3 semaines, sans dire un mot, sans appeler quiconque, sans montrer qu’il est vivant ? Probablement un piège.

    D’un geste de la main, j’ordonne à Loïc d’aller voir à l’avant de la voiture. Un autre ordre gestuel, ordonnant à Max d’inspecter l’engin.

    Le grand rouquin regarde en dessous, les portes, et me fait comprendre par un signe de la main que tout est OK.  Je lui lance un signe de tête, et me tourne vers l’autre soldat, apparemment confus. Il regarde fixement l’homme au siège avant. Pas d’explosif ou de piège sur la voiture, je me déplace pour rejoindre Loïc. Je me place à l’avant de la voiture, et là, je prends une claque. L’homme au volant a une partie de la mâchoire arrachée. Le pare brise a reçu une rafale, et le mec, ou plutôt la chose, s’est prit plusieurs balles dans le torse. Malgré ça, ce truc n’est pas mort. Non, en fait, il nous mate, essayant d’articuler un genre de grognement. Loïc émet une supposition.

    -          Sergent… J’crois que c’est un zombie.

    -          Ouais. On dirait bien. Toi qu’a vu tous les films sur le sujet, tu sais comment on les bute, nan ?

    Là dessus, Loic prend son arme et tire trois bastos dans la tronche de notre ami attaché par sa ceinture de sécurité. Son crâne explose, recouvrant l’habitacle de cervelle noire.

    -          Tout a fait immonde, mais efficace. Bon, Max, tu prends le volant, nous on pousse.

     

    On en a eu pour un gros quart d’heure à pousser les voitures sur le côté. Il y avait encore un autre zombie attaché au siège d’une camionnette, Max s’en est occupé. A notre retour de mission, faudra quand même prévenir les gradés à propos des zombies…

    Avec les véhicules qu’on a poussé, on a pu faire une ligne de barricade, pour se protéger d’un éventuel assaut. Selon les quelques civils qui sont venus nous aider, la meute de mutants qu’on a croisé tout à l’heure était une petite troupe…


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  • Même si des tirs se font entendre, on ne croise toujours personne. L’avenue est déserte, on ne rencontre que quelques corps, des voitures abandonnées.

    On a pas fait 300 mètres que Tom nous dit de stopper le véhicule. Devant nous se dressent deux HLM.  Selon la lunette à détection de chaleur du fusil de notre sniper, les bâtiments ne sont pas déserts. 

    -          Sortez vos jumelles, les gars. Au dernier étage, et sur le toit, regardez. Je compte quatre snipers à droite, et trois à gauche. 

    -          Mouais. Julien, contactes-les par radio. Vois si ils sont de chez nous.

    Le gars acquiesce et  branche sa radio dans son oreillette, et commence à jacter.

    -          Appel aux snipers posté dans les bâtiments blancs, secteur – secteur  combien chef ? ah ouais – secteur 109. Ici équipe Ace of Space, armée de Terre, 92e régiment d’infanterie, la zone devant est safe ?

    La réponse est longue à arriver. On se regarde, à la limite de l’inquiétude. Enfin, au bout d’une douzaine de secondes, une voix se fait entendre.

    -          Ouais, équipe Ace of Space, ici l’équipe BHS, la route est bien accidentée et pleine de mutants. Par contre, si vous compter passer sans payer la taxe, vous allez avoir du plomb au cul.

    J’attrape le micro de Julien et commence à parler à ce trouduc’.

    -          Soldat, ici le sergent-chef Lumberjack, 6e bataillon, 3e division, c’est quoi cette histoire de taxe à la con ?

    -          Ah, tiens, un sous-off’, y avait longtemps. Bah écoutes mon gros c’est simple. Tu jactes pas à un bidasse. Y avait une équipe y a 2 jours. Vu qu’ils avaient des flingues, on les a pris, et si tu r’garde bien le haut de nos bâtiments, tu pourras voir les restes de tes potes.

    J’attrape les jumelles, et je bigle le sommet. Des pendus. Par les mains, par les pieds, la gorge, ou encore par les intestins. Certains gigotent encore. Des corbeaux ont commencé leur sinistre besogne sur ceux qui ont succombés, ou ceux qui bougent le moins.

    -          Bordel de merde…

    -          Hop hop hop ! Pas de grossièretés, môssieur le sergent-chef ! La taxe de passage, c’est tes chargeurs, tes armes, ton paquetage, et tout c’que t’as quoi. Sinon on te troue la peau. Deal ?

    J’éteins cette putain de radio et redonne le micro à Julien. Des taulards, probablement les mecs qui ont fait le carnage en début de rue. Pas des tendres. Le charnier ne comportait aucune victime par balle, on peut donc espérer qu’ils tirent comme des manches. Pas le temps de réfléchir. Je redémarre, en roulant doucement vers un tas de voitures incendiées à côté duquel un gars nous fait des signes. Probablement le mec à qui on doit filer notre matos, il est en tenue de prisonnier… Quand on arrive à une douzaine de mètres de lui, je passe la troisième, j’enclenche le turbo, et j’écrase ce con.

    Le bruit qu’on entend est un poil plus intense que le bruit qu’on entend quand on écrase un chat.

    Le volant devient vite une extension de mon corps. Je maîtrise le véhicule comme si je l’avais fabriqué.

    Les passagers du monstre d’acier commencent à gueuler.

    -          Putain, chef, on va s’viander !

    -          J’vais les allumer ces connards !

    -          Range ton lance-patate, ducon !

    Troisième vitesse, on entend comme des grêlons sur la carlingue. Ces cons nous tirent dessus avec du 7.62. On a du bol que l’habitacle ait été blindé, et surtout que ces enfoirés tirent si mal. Je jette un rapide coup d’œil derrière : mes gars ont eu le réflexe de se coucher.

    Quatrième vitesse, le moteur rugit.

    Je prends la première rue à droite à peu près dégagée que je vois, les entrées des précédentes étaient remplies de gravats et de trop gros débris.

    On s’engouffre en dérapant sur une douzaine de mètres, l’arrière du pick-up frottant dans une gerbe d’étincelles le mur d’un édifice.

    On finit par s’arrêter tant bien que mal après avoir fait un demi-tour en driftant dans les restes d’une salle à manger. On reste là quelques secondes, le moteur fumant, de la poussière partout. Tom est le premier à briser le silence.

    -          Sergent, t’es complètement taré.

    -          C’est fort probable, que je réponds. Mais on s’en est tiré, nan ?

    -          Ouais… Enfin bon. On fait comment pour continuer maintenant ? Ces fils de chiens seront encore à portée pour une bonne centaine de mètres. On continue sur cette rue, ou alors on retourne sur l’avenue ?

    -          Je serai d’avis de balancer un missile sur la gueule de ces enculés.

    On regarde tous ---------. Il a l’air sérieux. Je lui réponds d’un air blasé.

    -          Même si on avait le droit de tirer des missiles en zone urbaine, je crois pas que les gradés nous fileraient un missile pour buter une douzaine de cons. Et je crois pas non plus qu’il reste des masses de missiles pour nous, la plupart ont été envoyés sur les capitales sur les zones d’émergence des mutants.

    Ça l’a un peu refroidi.

    -          Merde…

    -          Maintenant, faut continuer. Le truck a l’air encore en état de rouler, mais la rue a pas l’air très sûre.

    Je prends mes jumelles pour vérifier l’état du fond de la rue et, en effet, les maisons ont l’air assez endommagées, suffisamment pour s’écrouler au passage d’un véhicule.

    -          On va continuer sur la route en faisant gaffe, et on reprendra l’avenue plus tard.

    -          Sinon, on peut passer par les maisons en explosant quelques murs !

    Je le regarde, toujours autant blasé.

    -          Mais ça t’arrive d’avoir des idées ou ça ne finit pas par exploser à la fin ?

    -          Heu… Nan.

    Notre conversation est interrompue par un extraordinaire craquement venant du fond de la rue. Plusieurs maisons partent en miettes alors qu’un gigantesque machin à deux pattes passe lentement, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est un genre de troll gris, avec une tronche à moitié humaine et insecte écrasé, mesurant bien 12 mètres de haut. On sent le sol trembler à chacun de ses pas monumentaux, alors qu’on est au moins à 50 mètres. L’immense bestiau s’arrête un moment, nous regarde, et continue sa route, traversant sans grande difficulté les bâtisses sur son passage.

    -          Bon, et bien je vote pour passer à travers les maisons.

     

    On a bougé le camion, et installé une charge de plastic sur le mur du fond. Quand on a actionné le détonateur, la charge a explosé, le mur aussi, fragilisant la structure de la maison qui a tremblé. On est vite passé sous l’arche improvisée, traversé le petit jardin et défoncé la haie pendant que la maison s’écroulait. On a profité de l’élan et du pare-buffle amélioré en bélier pour traverser deux autres maisons d’un coup. On s’est retrouvé à peu près là où on voulait, c’est-à-dire hors de portée des snipers, dans la rue de Pouillon.

    On est surement encore à portée, mais on reçoit pas de projectiles, donc… Je regarde dans  le rétroviseur, rien ne bouge, et pas de roquette dans notre direction. À cette distance, c’est difficile de voir quelque chose, mais on peut-

    -          SERGENT ! GAFFE DEVANT !

    Un choc.

    Un bruit assez dégueu.

    Un cri.

    Un corps qui passe par-dessus le camion.

    Un coup de frein brutal.

    Un regard en arrière.

    -          Chef… C’est qu’un mutant.

    Un soulagement. On continue.

    -          Ok, désolé, les gars, mais ouvrez l’œil aussi. Éliminez ceux qui s’approchent trop.

     

    Nous poursuivons notre route, en évitant les voitures abandonnées, quelques corps pourrissants et des cratères, de plus en plus nombreux. On arrive sur une zone mitraillée par des petits météorites. Les suspensions en prennent un coup, mais le truck tient bon. Les bâtiments ont été méchamment touchés la pluie rocailleuse, certains sont troués comme des gruyères géants, d’autres n’ont plus que la façade qui tient debout, d’autres encore ont été rasés par un météore plus gros que les autres… je conduis le véhicule dans une tranchée, récemment creusée par un de ces rocs tombés, nous sommes à couvert pour une bonne centaine de mètres.

    Lorsque nous sortons du fossé, on est frappé par le décor. L’épicentre de la pluie de météorites. Tout a été rasé sur un diamètre d’une dizaine de pâtés de maisons.. Un vrai paysage lunaire. Entre les cratères, quelques rares morceaux de murs sont encore debout, le sol est jonché de débris en tous genres. Je ralentis, jusqu’à ce qu’on s’arrête derrière un parapet encore levé. Les météorites ont vraiment fait beaucoup de dégâts ici. Une bombe atomique n’aurait pas fait mieux. Je regarde Tom, qui est apparemment sur le cul.

    -          Ça va ?

    -          Mec, je viens de ce quartier. Comment tu crois que ça va ? J’ai la gerbe.

    Pas le temps de lui dire de prendre sur lui, on se fait attaquer. Des impacts se font entendre sur la carlingue.

    Aussitôt, mes gars prennent leurs armes, ajustent leurs mires, et identifient les attaquants.

    -          Sergent, c’est des militaires. Et… Oh merde.

    J’aime pas quand Tom prend cet air dépité en parlant. Signe qu’il va annoncer un truc très grave.

    -          Sergent, ils ont heu… des tanks.

    -          Ok. Julien, tu leur dit d’arrêter leurs conneries. Tom, repères leurs écussons.

    -          Appel aux unités du secteur 98, cessez le feu, ici unité Ace of Spades, 92e régiment d’infanterie, armée de Terre, dans le véhicule que vous mitraillez. Unité inconnue, cessez le feu !

    Les coups de feu cessent. Je sors mes jumelles, un mec s’avance, suivit à 20 pas par sa troupe. Les chars restent en retrait. On sort du camion qui a bien morflé, on s’est fait arroser par toutes sortes de calibres perforants. C’est un miracle qu’aucun de nous n’ai pris de balle.

    On sort lentement, nos mires braquées vers le mec qui vient vers nous. Il s’arrête à une douzaine de mètres, retire ses lunettes, et décline son identité.

    -          Capitaine Kevin Skill, 501e régiment de chars de combats, on vient de Mourmelon. Désolé de vous avoir attaqués, on a eu des ennuis avec des pillards dans ce genre de véhicule. Qu’est-ce que de l’infanterie de reconnaissance vient foutre ici ?

    Je m’avance devant mes hommes et je lui réponds.

    -          Sergent-chef Tim Lumberjack, 92e R.I., de Clermont-Ferrand. On est là pour une extraction. Une cinquantaine de civils sont réfugiés dans les Halles, à un peu plus d’un kilomètre au sud-est.

    Le gradé à l’air un peu surpris. En observant son uniforme, je vois qu’il est couvert de poussière, de même que son casque. Il a un bandage sur le poignet gauche, une légère balafre sur le front, et pas l’air très en forme. Sous son air un poil fatigué, une barbe d’une semaine, une tête sympa, mais ce mec est plus jeune que moi. Il n’a même pas 25 ans. Pourtant, il a de l’assurance, il sait où il est et ce qu’il fait. Après nous avoir observés pendant quelques secondes, il continue de parler.

    -          Il y a encore des civils dans le centre ? Bordel. On est ici depuis 18 jours, on a vu que des corps. Bon. Si vous continuez dans l’avenue, faites attention, des bandes de petits mutants rapides sont sur votre route. Si votre camion marche encore, vous devriez passer sans trop de difficultés. Vous avez tout ce qu’il vous faut ? On vient de récupérer un chargement de ravitaillement aéroporté.

    -          Non, merci, capitaine.

    Un salut militaire, et on se quitte. Je repense à un truc, et je me retourne, interpellant le gradé une nouvelle fois.

    -          Ah, un conseil. Si vous allez vers le nord en suivant l’avenue, faites gaffe, des snipers sont planqués en haut de deux HLM, à un km. On a eu quelques soucis avec eux.

    -          Des déserteurs ?

    -          Plutôt des taulards. Ils ont massacré toute une compagnie, et des dizaines de civils à l’entrée de l’avenue.

    -          Aaaah, ouais. Quand même.

    Le capitaine gueule dans son micro un ordre à son escadron.

    -          Nouvel objectif : tours droit devant. Chars lourds en premier, obus à fragmentation. Arrêt à 100 mètres, tirer pour détruire. Cible : haut des bâtiments, des tueurs de civils. Allez les gars, on se bouge le cul, on fonce !

    La compagnie s’élance, blindés en avant, 14 moteurs rugissant en même temps, suivis par des motos, des jeeps, des véhicules blindés, et deux camions de transport. Le capitaine saute à l’arrière d’une jeep qui passe à côté de nous, et nous balance un « Merci pour l’info » avant de dégager rapidement. J’en connais qui vont prendre cher, là-haut dans leur forteresse de béton.


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    Voici le colonel qui file un buggy au vieux dans la premiere nouvelle de Apocalypse. Merci à Amaramenthe, un des dessinateurs officiels de Apo. --> un oeil vers ses machins : http://amaramenthe.deviantart.com/


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  • Nouvelle en approche. Je sais, j'écris pas souvent. Mais celle ci vaut le coup.

    Les "------------"  c'est des noms que j'ai pas encore trouvé. Je demanderai au gars sur qui j'écris la nouvelle de me filer 3 noms d'ici... Quelques temps. Prochain épisode dans... boah. Quelques temps.

     

     

     

     

    Reims,

    Apocalypse + 24 jours

    11h37

     

    C’est le début de la Fin. C’est les mutants qui sont arrivés au début, ils ont fait un carnage dans les rues, les gens étaient descendus voir les météorites écrasées dans les rues, et le volcan qui avait poussé au milieu du Parc de Champagne. Des dizaines de petits mutants qui ont massacré des gens terrifiés, hommes, femmes, enfants, pas de distinctions.

    Les Halles du Boulingrin, fraichement refaites, est notre cible. Remplies d’une trentaine de civils apeurés, on a capté le signal de leur radio hier après-midi. Notre mission est simple : sécuriser le parking devant les Halles pour permettre à un transport aérien d’évacuer les civils.

     

    Voilà, donc, ça c’est la théorie, le briefing qu’on a eu ce matin. Moi et mon équipe, on a été « largués » au-dessus de la ville, précisément dans le cimetière de Laon, à deux kilomètres au nord-ouest de l’objectif. L’avion ne pouvait pas aller plus loin, des DCA et des mutants volants avaient été détectés dans le centre-ville.

    On est 5. Tom, tireur d’élite, ------------ et ------------ en appui-feu et arme lourde, ---------- avec son lance-grenades, et moi, sergent-chef de cette unité, avec mon simple Mk14 et mon USP Tactical.

    Atterrir dans un cimetière, c’est souvent cool, l’endroit est calme, y a pas des masses de monde. On s’est regroupés, et on est sorti de la drop-zone. Pas la peine de planquer les parachutes, les missions d’infiltration c’est fini. Là, pour le coup, c’est de la vraie mission de sauvetage en zone de guerre, on n’en a pas fait depuis l’Irak. Ou la mission en Alliance Euro-Chine, je sais plus.

    L’endroit est vraiment comme je m’y attendais : un air chargé en odeur de poudre et de pourrit, des bruits de rafales au loin, un bruit d’explosion toutes les deux ou trois minutes, et des colonnes de fumée qui zèbrent le ciel.

    Nous avançons, prudents, en rasant les murs, regardant les ouvertures dans les murs ou le ciel, prenant garde à ne pas se faire allumer.

    Peu à peu, nous rejoignons l’avenue de Laon. C’est là que les emmerdes commencent. Une violente odeur de merde et de chair en décomposition nous prend à la gorge. La route est jonchée de cadavres, sur une longue distance. Des enfants, des femmes, des hommes, des mutants, des soldats, des genres de gargouilles… tous ces morts, pourrissant depuis trois ou quatre jours à l’air libre, en proie aux charognards. À notre approche, un corbac nous regarde, un œil fermenté dans le bec. C’est à ce moment que  ------------ choisit de rendre son petit-déj.

    « Sergent… J’en ai vu des saloperies, mais là… Désolé. »

    J’ai de la peine à garder le mien dans mon ventre. On a déjà vu un carnage au phosphore blanc, un autre au C-4, mais cette fois, c’est différent. Les macchabés ont reçu des coups de griffes et de lames, des morsures. Certains ont eu le visage arraché, comme dévoré, seul un tas de chair repose au fond de leur boite crânienne. D’autres ont des membres qui pendent, mutilés, comme si la peau avait été « épluchée ». D’autres encore ont divers objets tranchants enfoncés dans les orifices, de la baïonnette à la barre de fer rouillée.
    On avance, gardant nos tripes dans nos estomacs plutôt que de les renverser sur celles qui sont par terre, quand on entend un râle. Un survivant, caporal d’après son insigne. Mal en point, il a les deux jambes arrachées, des flèches qui lui traversent les bras. Rapidement, ------------ le toubib de l’unité se précipite sur lui, cherchant à stopper les hémorragies. Le pauvre gars prononce quelques mots.

    « Les enc… enculés… des putains de… mutants. »

    Je m’approche de lui et je commence à le questionner, pendant que  ------------ lui file de la morphine.

    -          On est de la 501eme aéroportée, qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?

    -          Des… saloperies de mutants. Y se sont pointés après que… que not’ compagnie ai buté des évadés de la prison. Ces… enfoirés ont buté… tous ces gens… »

     

    J’ai laissé le pauvre mec partir, finir son voyage dans le coltar de la morphine, et j’ai regardé autour. On est partis, en se couvrant le visage de nos écharpes, pour éviter de respirer cette horreur.

    La route de la mort, si on peut l’appeler comme ça, s’étend sur environ 100 mètres. J’essaie, comme les autres, de ne pas poser mon regard sur ces corps maculés de sang, de fixer l’horizon pour continuer. On aurait pu prendre un autre chemin, mais je ne tiens pas à tomber dans une embuscade ou me faire allumer dans une rue plus étroite.

    On finit par arriver au bout du tas de morts, ce ne sont plus que quelques rares morts, trainées sanglantes sur le sol ou membres seuls sur le bas-côté. Pendant toute la traversée, on a entendu aucun bruit. C’est comme si cette zone était hors du temps, que les sons des explosions et des rafales n’avaient pas leur place à cet endroit.  

    À partir de là, on s’est repris en main, et on a repris notre avancée prudente, en faisant attention au moindre bruit, en scrutant les détails dans notre champ de vision.

    On est arrivé près d’un concessionnaire, et ------------ a prit la parole :

    -          Les gars, couvrez-moi. J’suis sûr qu’on peut avancer bien plus vite qu’à pied.

    Et ce con entre dans le garage du concessionnaire, dont le rideau de fer a été arraché à coup de ce qui ressemble à des griffes. Merde, le con. Rapidement, on se met en place autour de l’entrée, ------------ et------------ entrent pendant que je pointe ma mire dans l’ouverture. Il fait assez sombre, j’allume la lampe sur le côté de mon casque. Apparemment, personne à part mes gars n’est dans le bâtiment. Mais c’est pas une raison pour relâcher son attention.

    Par terre, sur le carrelage blanc, on voit qu’un festin a eu lieu. Un homme, allongé sur le dos, est aux trois quart dévoré. Son visage n’est plus qu’un tas de chair informe, une de ses jambes est à quelques mètres de là, et ses tripes sont à l’air. ------------nous appelle, il est à côté d’un pick-up modifié sur lequel a été ajouté un pare-buffle renforcé, et l’habitacle blindé.

    -          Hé, chef ! Avec ça, on devrait pouvoir arriver à la ZE plus vite. A mon avis, c’est notre ami aux tripes à l’air qui s’est laissé surprendre pendant qu’il construisait son engin.

    Je le regarde, puis je regarde l’engin en question.

    -          Mouais… ça a l’air solide… Ok, on le prend. Tout le monde embarque !

    Je m’installe au volant, ------------ à côté de moi, ------------, ------------ et------------ à l’arrière. Je démarre le vé hicule, et un morceau des Queens of the Stone Age se fait entendre. J’ai presque envie de le laisser, juste pour l’instant épique qu’on vit sur le moment. Et à voir les tronche des autres, eux aussi ont vraiment envie de le laisser. Tant pis pour la discrétion.

    On sort du garage sur notre bête d’acier, et on se fait l’avenue de Laon plus vite que prévu. 


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  • Salut tout le monde. Même si y a pas grand monde qui lit mes machins. Enfin, vu le nombre de commentaires. Peut-être que je parle dans le vide. Ou que Kazeo m'informe pas des nouveaux commentaires. 

    Bref.

    J'ai abandonné la nouvelle n°2. Définitivement.

    J'ai fait la 4e. Et je me suis aperçu, y a pas 5 minutes que j'avais pas posté le début (shame on me!)...

    La voila.

     

     

     

     

    Reims

    Apocalypse + 4 ans

     

     

    Mardi 21 Avril, 21h35

    Lieu : l’intérieur d’un blindé.

     

     Le merdier a beau avoir commencé il y a plus de quatre ans, on trouve quand même des gens en ville, des gens qui ont voulu résister, survivre, parce qu’ils se pensaient prêts. Bullshit. On est pas prêt quand on a stocké des vivres pour deux ans dans sa cave, quand le coffre est plein de billets, quand on a des armes et des munitions en masse dans sa maison. On est jamais prêt pour ce genre de situation, jamais prêt pour la Fin.

     Ce soir, vers 19 heures, une jolie fille m’a donné deux cartouches de clopes si je l’escortais en dehors de la ville. Elle doit avoir 22, 23 ans. Claire, qu’elle s’appelle.

    Elle est venue vers moi quand j’explorais les restes de son abri, un vieux van rouillé ou elle serrait les restes de ses parents, cadavérés tous les deux. Ils avaient cru s’en sortir, ils leur restaient pas mal de matériel. J’ai pris ce dont j’avais besoin, et elle m’a demandé de l’amener en dehors de la ville.

    Comme à mon habitude, je n’ai pas répondu. Je lui ai simplement fait un geste pour lui dire de venir.

     

     

    J’ai beau être sale, tirer une gueule de six pieds de long tout le temps, et un air dangereux, et pourtant, les gens bien viennent vers moi. Certains me disent que je suis un grand homme, les autres m’appellent le Héros.

     

    Je suis pas un héros. Je fais ce que j’ai à faire. Et je fais ce dont je sais le mieux faire : survivre.

     

    Ça fait une heure qu’on est là. J’ai trouvé cette épave il y a quelques jours, encastrée dans un mur. Impossible de faire tourner le moteur, et le pilote a disparu, avec ses biens. Mais l’écoutille à verrou magnétique marche toujours, c’est donc un excellent abri.

    Je vais la laisser dormir encore deux heures, et on commencera à sortir. Les mutants sont cons, et voient moins bien dans le noir. Et comme nous serons discrets, les zombies ne nous entendront pas. Il faudra juste se méfier du décor, pas tomber dans un piège, et des autres humains. Cela fait quelques mois que les rations et les conserves des supermarchés sont épuisées. Au loin, on peut entendre des cris de douleur et d’angoisse. Les hommes ont commencé à s’entre-dévorer. Moi, je me démerde toujours pour trouver de quoi manger sans jamais toucher à la viande humaine. Dans les égouts, à l’abri de la plupart des créatures dangereuses, on peut encore trouver des rats, délicieux en barbecue.

     

     

    Mardi 21 Avril, 23h42

    Lieu : Boulevard de la Paix, à quelques mètres de l’hôpital St André.

     

    L’endroit est dangereux. L’hôpital est un des plus grands nids de zombie de la ville. Quand les zombies sont arrivés, ils ont commencé à mordre du monde. Les gens sont alors allés aux cliniques, hôpitaux, ou pharmacies, et sont mort là-bas. Et quand ils se sont réveillés, ils ont mordu, à leur tour, le personnel hospitalier. Aujourd’hui, plus de 1500 zombies et goules se baladent dans ces couloirs, et encore plus dans les sous-sols à proximité. C’est pourquoi on est discrets.

    La fille sait apparemment marcher là où il faut, c'est-à-dire dans mes pas. On est jamais à l’abri d’un EEI.

     

    Les lignes que vous lisez actuellement sont mes pensées. Elles sont retranscrites dans un document texte automatiquement. Et c’est pas parce que c’est la fin des temps qu’on peut pas être à la pointe de la technologie. J’ai piqué ça à l’armée quand j’ai déserté. Généralement, j’envoie le document sur un serveur de messagerie qu’un ami tient encore ouvert. Internet a presque disparu. Les réseaux sociaux sont morts, seuls les moteurs de recherche et quelques sites subsistent. Oui, ce sont hélas des sites pornographiques. Y a encore pas mal de geeks qui ont prévu la Fin du Monde, et qui se sont enfermé dans des bunkers avec de quoi survivre 30 ans, ordinateurs, électricité, et arsenal. Faut bien qu’y s’occupent, entre deux parties de jeux-vidéos ou se parler entre eux. J’ai pu prendre contact avec l’un de ces gosses quand tout a pété. Il s’occupe de gérer mes mémoires, et en échange, la caméra sur mes lunettes lui montre tout ce que je fais. C’est un arrangement comme un autre.

     

    Mais, restons concentrés. Un faux mouvement, un bruit, un son imprévu, c’est un zombie qui se retourne. S’il se retourne, c’est qu’il va venir vers nous, attirant ses copains.  En moins de 30 secondes, on peut avoir 40 zombies derrière nous. Donc on respire doucement, on regarde bien où on marche, et on se retient de péter.

    Si on atteint le rond-point, on est sortis d’affaire. On a 55 mètres à faire. Ça peut te sembler peu, mais vu d’ici, c’est compliqué. La rue est pleine de débris, voitures calcinées ou accidentées, parfois encore un zombie au volant qui n’a pas pu se détacher, bouts de verre partout, douilles, conserves vides, cadavres desséchés, bouts de métaux divers, éclats d’aciers… et même un obus planté dans le sol, au milieu d’un cratère.

    Deux voitures sont incendiées, ça nous fournit assez de lumière pour avancer. J’ai toujours mes lunettes de vision nocturne, mais la batterie est bientôt épuisée.  

    Discrètement, j’avance, regardant chaque voiture, marchand sur les débris les plus gros pour faire le moins de bruit possible. 

     

    Pour le moment, tout va bien, on a parcouru environ 30 mètres, sans faire de bruit important. La fille me demande alors si c’est encore loin. D’un geste, je lui fais signe de la fermer. ‘Manquerait plus qu’on se fasse repérer. Je lui montre le rond-point devant, là où quelques feus sont allumés, l’œuvre de mutants qui ont fini de bouffer.

    Bon. On continue, encore plus discrètement.

    On est presque sorti de ce couloir de la mort qu’un cri me colle presque une crise cardiaque.

    La petiote s’est fait choper par un zombie au volant d’une camionnette… Et elle continue de hurler. D’une main, j’attrape prends mon tomahawk, un coup sec dans le crâne pourrit, et mon autre main vient se coller sur sa bouche. Si avec ça les morts-vivants ne nous ont pas entendus, c’est un miracle.

     

     

     

    Je vois rien bouger derrière nous. On a apparemment eu beaucoup de bol, les chairs mortes devaient être occupées à poursuivre un rat.

    Et je sais que même à travers mes lunettes réfléchissantes, elle peut distinguer mon regard noir chargé de fureur. Dans ce monde, t’as PAS LE DROIT à l’erreur.

    Elle profère deux ou trois excuses, et pour la première fois depuis au moins quatre semaines, je l’ouvre.

    -          Ta gueule.

    Au vu de son regard, je pense qu’elle a compris, et qu’elle ne l’ouvrira plus avant qu’on se soit quitté. Je regarde le zombie qui l’a attrapé : c’est un gars qui s’est fait mordre, et qui est mort avant d’avoir pu se détacher. Il avait à peine assez de force pour lever son bras et attraper la fille, mais il n’en aurait jamais eu assez pour la bouffer. Je regarde dans ses poches, et dans la carcasse de voiture, apparemment, ce gars-là a été prévoyant : il a pris tout plein de provisions, munitions, couteaux, fringues, essence, matériel… et tout ce bazar a été pillé, et le pauvre gars a été laissé en vie, pour qu’il puisse continuer à regarder qu’il avait tout perdu. Enfin, en vie…
    Dans ses poches, je trouve quelques billets, un peu plus de 300€. Ça fait quelque chose comme $500, ou deux cartons de bière de bonne qualité. Ou encore trois caisses de munitions de 12.7 mm.

    La valeur de l’argent dépend de ta tête, et il vaut mieux faire peur pour avoir des rabais que d’être chétif et se faire enfler, au propre comme au figuré. Les gens chétifs survivent généralement pas. C’est pas parce que la fin du monde est arrivée que l’argent a disparu… Et c’est pas demain la veille qu’on se torchera le cul avec des biftons de 20 !

     

    Je sors mes jumelles, et je regarde devant nous. Apparemment, aucun signe de vie, pas de mouvement. Idem dans les bâtiments autour, pas de lumière, personne qui regarde, à première vue. Faut toujours se méfier, dans les ronds-points, y a souvent un gars avec un fusil à lunette pour t’allumer quand tu passes, pour pouvoir récupérer ton matériel. Je le sais parce que je l’ai fait. Je n’en suis pas fier, mais je n’avais pas le choix : j’étais poursuivi. Un mec m’avait vu piller « sa » cachette de nourriture, et il n’avait pas apprécié. Je me contente en général de peu, mais quand je vois des sablés, je ne peux pas résister. Je sais c’est con. J’ai dégagé, je l’ai attendu à un petit rond-point, et je l’ai descendu d’une balle dans la tête.  Et j’ai récolté tout ce qu’il avait.

    Donc, devant nous, personne. Pas de vie. Et pourtant, je sens qu’il va nous arriver quelque chose si on avance. Appelle ça un sixième sens, ou comme tu veux, y a un truc qui va arriver.

    La jeune fille derrière moi me tire la manche, et me demande, d’un signe des yeux, ce qu’on attend pour avancer. Ce qui arrive lui sert de réponse.

     

    Une moto. Le genre énorme et blindé, un monstre hybride, chenille à l’arrière et roue à l’avant, le tout piloté par un gars en armure de plates. Il n’a pas de heaume, juste un masque à gaz et un casque paramilitaire garni de clous. À côté de lui, un taré de la gâchette dans un side-car colossal, tirant avec deux M-60 jumelées sur une bande d’animaux mutants les poursuivants.

     

    Trois choses me viennent immédiatement à l’esprit : premièrement, on ne voit pas des trucs comme ça tous les jours. Deuxièmement, j’avais raison, il s’est passé quelque chose. Enfin, et surement le plus important, on peut traverser, mais en vitesse. Si les zombies n’ont pas entendu le cri de tout à l’heure, c’était un coup de bol hallucinant. Il aurait fallu une intervention divine pour qu’ils n’aient pas entendu le boucan du moteur et des sulfateuses.

    J’utilise quelques secondes mes lunettes de vision nocturne, et, évidemment, une troupe de viande morte se dirige vers nous. Note que maintenant on a une bonne raison de se dépêcher.

    Je prends la jeunette par la main, et je l’entraine vers la voie la plus proche, du côté Jean Jaurés. Durant la traversée ou on est quasiment à découvert, je prie pour qu’il n’y ait pas un tireur embusqué ou qu’il n’y ait pas de goules parmi les zombies.

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 0h18

    Lieu : avenue Jean Jaurès, sous les arcades

     

    Apparemment, les zombies ne nous ont pas suivis, ce qui est plutôt une bonne chose. Nous nous sommes réfugié sous des petites arcades, là ou un coiffeur était installé, il y a moins de 5 ans. Le magasin est toujours là, mais quelqu’un s’en est servi de place-forte : des barricades sont dressées dans la vitrine, et du sang séché macule le sol du magasin. On est entré sans peine, et nous avons réussi à fermer la herse d’acier, enfin nous avons allumé un feu dans l’arrière-boutique, qui comporte une cheminée. Il faudra que je retrouve des allume-feu, je commence à être à court.

     

     

    Voyant que j’ai déballé quelques victuailles, la jeunette se jette dessus et commence à me parler de sa famille, de ce qu’ils ont du faire pour s’en sortir, des gens qu’ils ont dû tuer, des malheurs qui leur sont tombé dessus… L’histoire de sa courte vie. Elle finit par s’endormir difficilement, il règne en ces lieux une odeur de miel moisi mélangé à du shampooing couvre les odeurs habituelles de sang et de poudre présentes sur la ville.

    Moi je profite de ce moment de calme et de moindre dangerosité pour sortir ma dynamo, afin de recharger mes lunettes de vision nocturne, et ma lampe frontale, ce qui me prend environ 20 minutes. Puis, comme chaque jour, je démonte mes armes et les nettoie parfaitement, pendant plus d’une heure. Cela peut paraître chiant à lire comme à faire, mais c’est indispensable pour avoir des armes qui fonctionnent et durent longtemps.

    Enfin, après toutes mes tâches obligatoires et une ration de survie accompagnée d’une tasse de whisky, je m’assois dans un siège et commence à m’endormir. Il faudra que je trouve une bouteille au marché noir, ma flasque est presque vide.

     

     

    Il reste encore deux bons kilomètres à parcourir pour sortir de la ville, soit une épreuve pour une jeune femme. Traverser ce quartier en pleine nuit diminue votre espérance de vie à celle d’un fondant au chocolat face à un rassemblement d’obèses au régime sans sucre. Il n’y a pas seulement des pillards, des morts-vivants, ou des mutants, il y a… autre chose. De la radioactivité, à certains endroits, assez puissante pour faire cuire la tête d’un bébé en 6 secondes. Des champs de mines bondissantes, les engins qu’on voit sauter et arriver au niveau du front, et où on a juste le temps de penser « merde ».

    La journée, c’est… à peine moins pire. Mais on voit où on avance, c’est déjà ça.

     

     

    Mercredi 22 Avril, 07h23

    Lieu : avenue Jean Jaurès, sous les arcades

     

     

     

    Lorsque je me réveille, le soleil commence à se lever. Il fait encore frais, et il n’y a pas de nuages dans le ciel. À cette heure-ci, la plupart des mutants dorment encore, les pillards cuvent encore, et les chasseurs nocturnes vont se coucher. Je ne sais pas si les zombies dorment. Il faudra que j’étudie la question.

     

    Je réveille la jeune femme en la secouant légèrement, et en lui montrant la lumière du jour.

    -          On va y aller. Sois prête.

     

    Oui, je sais, je lui ai parlé. Hé, j’ai plus l’habitude d’être avec des filles depuis quelques années. Ça m’attendrit un peu…

     

    Discrètement, on ouvre la grille d’acier protectrice, pour se glisser à l’extérieur. Une matinée silencieuse, c’est devenu rare, de nos jours. On n’entend pas d’explosions au loin, pas de cris, pas de bruits de rafales…

    C’est pas une raison pour se relâcher et y aller les mains dans les poches.

    Alors on continue la route, toujours sur les trottoirs, en restant derrière les épaves, jetant des regards à droite, à gauche, en haut et en bas, de jour comme de nuit, la menace peut venir de partout. Autant être prudent.

     

    On continue d’avancer, dans un paysage apocalyptique, jamais monotone. Des cadavres pourrissants qui trainent sur le sol, à droite à gauche, des habitations détruites, des douilles qui trainent sur le sol… À propos des douilles, certains mecs les récupèrent. Pour les fondre, et fabriquer des nouvelles balles. Ils appellent ça des balles recyclées, ça a une petite chance de te péter à la tronche quand ça part, mais c’est utile. On peut en trouver dans les égouts, là où on trouve encore un peu la paix. Après avoir éliminé les rats et les zombies, bien sûr. Rappelez-vous : aucun endroit n’est totalement sûr. Juste moins dangereux.

     

    On continue notre avancée sans rencontrer le moindre problème, jusqu’à rencontrer un truc bizarre : deux ou trois explosions qui se répètent en restant figées, comme si on avait appuyé sur pause/avance-rapide/retour. Ne me demandez pas comment un truc pareil est possible, je n’en sais rien. Probablement un problème spatio-temporel, la fin du monde a surement déglingué le temps aussi, allez savoir. C’est sur un rayon de 25 mètres, à peu prés. Y a quelques zombies qui sont pris dans ce champ, et eux aussi sont coupés de la réalité, dirons-nous. On contourne cette zone en coupant par ce qui semblait être un parc pour enfants, transformé il y a quelques mois en zone de largage fortifiée. Les fortifications ont été éventrées, nous pouvons passer par là. Rien à récupérer par ici, mais au moins ont peut passer. En sortant de la zone de largage, on voit un bidasse pris dans le rayon d’effet de la… « Zone avance/retour ». Mouais. Je trouverai un meilleur nom plus tard. Ce gars n’a vraiment pas eu de bol, il s’est retrouvé piégé sous un débris, une bouteille de gaz explosant à côté de sa tête. Il doit revivre sa mort depuis un bout de temps sans le savoir.

    Il n’y a aucun bruit de déflagration ou d’explosion, pas de cri, même pas de chaleur ou d’odeur de brulé, tout cela s’est déjà passé avant. Oui je sais c’est bizarre. Impossible de préciser le lieu où se situe cette zone-là, le quartier est tellement déglingué… Je dirai qu’on est à côté d’un cimetière.

    Je jette un fragment de béton qui traine sur le sol vers cette zone, pour voir ce qu’il va se passer.

    La roche reste en suspens dans l’air pendant quelques secondes, et revient vers moi. Il faut croire que nous sommes devant un genre de cassette vidéo, pour faire simple : on peut uniquement regarder, mais on ne peut pas interférer avec ce qui est écrit. Ou filmé, dans le cas présent. Ou le cas passé, à toi de l’interpréter.

     

     

    Un coup de tonnerre nous sort de notre fascination de cette zone aussi étrange qu’anormale.

    Immédiatement je lève les yeux en l’air : le ciel s’assombrit par l’ouest. C’est  un orage matinal, et c’est une très bonne chose. Le bruit du tonnerre fait peur aux mutants, et en général à toute créature… Les orages inspirent la crainte parce qu’on ne sait jamais ce qui va tomber… De la pluie innocente, qui mouille et décompose plus rapidement les zombies ? De l’acide ? Des retombées radioactives ? Des carcasses d’avions et de mutants piégés dans les cumulo-nimbus ? Ou même des météorites… Pas le genre de roches énormes, non… Plutôt des météorites fines qui percent les blindages comme du beurre… 3cm de diamètre, et aussi meurtrier qu’un missile Hellfire…

    Nous continuons à avancer, plus prudents. Il faut désormais se méfier de la météo en plus des débris et des engins explosifs dissimulés un peu partout.

    La route que nous empruntons commence à être saturée de voitures abandonnées. Au début de la Fin, les gens ont voulu fuir la ville pour se réfugier dans les campagnes, ou dans les camps militaires, et ils ont pris les axes majeurs. Quand les zombies ont débarqué sur la route, les gens ont abandonné leurs voitures pour fuir plutôt que de finir en steak.

    Les gouttes commencent à tomber. C’est une petite pluie fine, accompagnée d’un froid qui vous transit jusqu’aux os. Je sors mon compteur Geiger, pour mesurer le niveau de radiations présentes dans l’eau. En voyant mon appareil, la jeunette commence à paniquer. D’un geste de la main, je lui montre que le niveau de radioactivité n’est pas très élevé. Nous ferions mieux de nous abriter, mais je ne vois rien qui pourrait servir de toit. Et les voitures sont soit trop abimées, soit trouées d’impacts de balles et d’acide. Et pas question de passer par les égouts, on ne sait jamais ce qu’on peut y trouver… Je fais la seule chose faisable sur le moment : je sors mon imper et invite ma compagnonne d’infortune à se serrer contre moi.

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 08h02

    Lieu : avenue Jean Jaurès, à 50 mètres du Pont de Witry

     

    Nous entrons dans l’ancienne banlieue, du côté de l’ancien Pont de Witry, qui a résisté aux bombardements et aux missiles. Ce pont enjambe un des axes de chemin de fer encore actifs de la région. C’est grâce aux trains que les gouvernements envoient toujours des munitions, vivres, matériel et médicaments aux survivants. Et apparemment, les mutants l’ont compris : ils n’attaquent pas les trains lourdement chargés et bien escortés. Ces abominations savent que nous combattons mieux avec des armes chargés et des ventres pleins. Ou alors ils n’aiment pas les snipers d’élite sur les convois… sans compter la vitesse du train, et la solidité des wagons… ça doit être ça.

     

    La pluie a doublé d’intensité, le ciel est maintenant redevenu sombre. La température est aussi plus glaciale. Des flocons se mélangent aux gouttes, ce qui devient plus problématique.

    La neige étouffe les bruits, retient la radioactivité au sol et surtout, glisse. Oui, je ne t’apprends rien, mais un maintien est toujours nécessaire quand tu voyage en ville.

    Arrivés à bonne distance, je m’arrête, et sors mes jumelles. Le pont a l’air tranquille, personne n’est dessus. Les barricades semblent abandonnées, et aucune mitrailleuse à poste fixe n’est visible. Je bascule en mode thermique, et aucune source de chaleur n’est visible non plus. Tout est bleu, voir blanc, ici et là, où des plaques de neige commencent à se former.

    Tout à l’air à peu près calme... Faut quand même se méfier, les ponts ont tous été minés pour éviter que la population des campagnes vienne en ville, là où le danger est le plus grand mais ou les réserves de nourritures et de munitions sont plus importantes. Certains types ont été assez intelligents – ou idiots ! – pour installer des péages sur les ponts et en faire de véritables forteresses.

     

    On se décide à y aller. On commence à accélérer un peu le rythme, normalement y a plus personne aux frontières de la ville. Tout a été pillé, volé, tué. Seules les carcasses de voitures sont encore là. Elles ont été empilées à certains endroits, pour faire des murs ou des barricades. Les seuls bâtiments qui sont encore debout abritent des dizaines de zombies enfermés, dont les gémissements portent sur des kilomètres, la nuit, dans les moments de calme… Le reste a été rasé par les bombes, ou détruit par les mutants et les hommes. À notre droite, ce qui était autrefois un groupe d’HLM à côté d’une caserne de pompiers n’est plus qu’un champ de pierres et des débris de véhicules.

    Je jette quand même un coup d’œil en arrière : personne ne nous suit. Ce serait con de se faire dessouder à la fin de l’aventure.

    On commence à s’approcher du pont quand je stoppe brutalement la progression, et la jeune femme me rentre dedans. Droit devant nous commence le champ de mines. Des anti personnelles, des bouncing betty, des claymores, des mines magnétiques pour les chars, et même des simples fils reliés à des charges de C-4… Si on se démerde bien, on peut traverser le pont en un seul morceau.

    Le moyen qui me parait le moins dangereux est pour moi de traverser sur les arches. C’est glissant à cause de la neige, on peut faire une chute mortelle sur le pont ou sur les rails, 30 mètres plus bas, mais c’est mieux que de parcourir un viaduc explosif… Ou pas. Tu me diras quel est ton point de vue quand tu auras fait ça. Pour le moment j’ai pas le temps de me lancer dans un grand débat pour savoir quel chemin prendre.

    Quand je commence à escalader l’arche à moitié enneigée, la petiote me lance un « Pas question. C’est mort, on va tomber. »

    Je m’arrête, me retourne et la regarde. Puis je commence à marcher en faisant attention où je mets les pieds sur l’arche. Au bougonnement que j’entends, je déduis qu’elle me suit.

    En temps normal, s’exposer à découvert, en hauteur, sur un chemin pas totalement stable, à moitié couvert de neige radioactive, c’est quasiment du suicide. Mais aux abords de la ville, on a peu de chance de se faire allumer. Par ailleurs, la neige et le ciel remplit d’éclairs empêche les mutants de sortir. Seuls les zombies sont de sortie, mais, comme je l’ai déjà précisé, les zombies ne réfléchissent pas.

    J’avance pas à pas, en tâtant de ma baïonnette le sol devant moi, écartant la neige. L’arche fait environ 1.20 mètres de large, arrondie, sur un peu plus de 30 mètres de long. Les premiers mètres sont assez difficiles à parcourir, à certains endroits la neige s’est transformée en givre. Avec mes rangers cloutés j’arrive sans trop de problème à avancer, mais je dois tenir la main de la jeune femme qui m’accompagne. Elle rechigne un peu, me disant qu’elle peut traverser sans mon aide, mais après qu’elle ait glissé et se soit rattrapé in extremis à mon bras tendu, elle me tient fermement. Même à travers mes gants ignifugés je peux sentir son pouls. La dernière fois qu’une femme m’a tenu la main aussi fort…

     

    Non.

    Je ne dois pas me souvenir. L’attachement fait rêver, et le passé fait oublier le présent. Dangereux, ça. Surtout quand on est à 28 mètres au-dessus du sol. Se concentrer sur l’action présente, voilà l’important.

    Pour le moment, le présent, c’est la merde.

     

    Nous arrivons à la moitié. Je m’arrête, pour contempler les ruines de la banlieue. Plus personne n’habite par ici. Tout a été détruit au début de la Fin pour déloger les mutants qui avaient pris la ville d’assaut. Même les zombies ont disparus, alors qu’il y en a toujours quelques-uns qui errent un peu partout, quel que soit l’endroit, champ de mines ou de ruines.

     

    La descente sera plus difficile que la montée. Le versant nord du pont est contre le vent, et il est déjà couvert de neige et de plaques de glaces éparses.

    Je n’ai pas le choix, je choisis la sécurité à la discrétion : je verse le contenu de ma gourde secondaire sur le chemin. Ce n’est pas de l’antigel, mais de l’essence. Et ça crame vite. Je sors mon zippo, et allume le chemin. La neige et la glace fondent à vue d’œil. 

    Un peu moins de 2 minutes après, nous pouvons continuer et descendons le pont rapidement. Encore quelque dizaines de mètres et j’aurai terminé ma mission et je pourrai revenir vers la ville. La gamine sera libérée, elle pourra s’en aller de ce chaos perpétuel. Aux alentours de la ville, plusieurs ONG écologiques ont pu s’organiser pour accueillir les civils, les réfugiés, les blessés, ceux qui n’ont plus rien, ceux qui ne peuvent plus se battre. Ou même ceux qui ne veulent plus se battre. On trouve toujours des déserteurs dans ces camps. C’est facile de déserter, les gradés se foutent que leurs bidasses se fasse la malle. En revanche, sortir de la zone des combats indemne, c’est une autre histoire. Finalement, c’est pas pour empêcher les mutants de rentrer qu’on a miné les accès à la ville… Et c’est surement pour ça que le taux de désertion reste inférieur à 2% ces quatre dernières années…

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 09h09

    Lieu : Zone minée, anciennement appelée Witry

     

    Nous avançons sur un champ de débris. Des morceaux de maisons, de voitures, des bouts de taules, tiges d’acier tordues, fragments d’obus, douilles, armes cassées, lames brisées, caisses éventrées, os et crânes, carcasses pliées, même à une douzaine de mètres de nous, un B-17 crashé. Comment un avion vieux de plus d’un demi-siècle a pu se retrouver là ?

     

    Ces champs de débris sont des mines d’or géantes à ciel ouvert pour tous les pillards et récupérateurs. Faut échapper aux yeux perçants des mutants volants, aux zombies, aux explosifs et aux bandes de profanateurs, au temps pourrit qui te tombe sur la gueule, aux volcans qui poussent sans prévenir… C’est à peine plus tranquille qu’en ville.

     

    Un panneau, là-bas. À peine à 10 mètres. Enfin, un panneau : une tige de métal sur laquelle est soudée une plaque de taule. On peut lire « SAFE ZONE – ZONE DÉMINÉE ». Pas trop tôt. La jeunette n’en peut plus. La nuit ne l’a pas beaucoup reposée, et notre marche forcée l’a mise sur les rotules.

     

    Un dernier effort, elle regarde de ses yeux fatigués le panneau que je lui montre. Elle lève la tête, et l’aperçoit. Un sourire se dessine sur son visage sale. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu l’espoir sur une jolie fille. Et en plus il s’est arrêté de neiger.

    Un pas après l’autre, inspectant toujours avec précision le sol pour éviter les engins explosifs, nous rejoignons la pancarte. Un petit tableau est posé à côté, avec une craie et un message : « nombre de persone arrivé en 1 seule morsot : ///// /// » suivit de quelques dates, la dernière remontant à un mois.  Apparemment, le coin est fréquenté. Ça veut dire que la jeunette devra faire gaffe en poursuivant.

     

    Elle est épuisée. Lessivée. Mais heureuse. Elle cherche dans son sac une troisième cartouche de cigarettes qu’elle m’envoie. Une prime, sans doute. Elle me dit qu’elle ne fume pas, et qu’elle n’en aura plus besoin.

    Elle s’avance vers la liberté.

    Un déclic.

    J’ai la chance de reconnaitre ce genre de déclic et de me jeter immédiatement face contre terre, les mains sur la tête.

    Une explosion.

    Les oreilles qui sifflent.

    Un hurlement.

    Une bouncing-Betty…

     

     

     

    Je me relève, et vais immédiatement voir la jeunette, pardon, Claire.  

    Elle a la moitié du crâne arraché, et le torse déchiqueté. Ses yeux verts sont tournés vers le ciel.

    Je repose le cadavre, et je retourne en ville. Marre. Et en plus je remarque un morceau de shrapnell dans la cuisse. Mon froc indestructible est troué.

    La journée avait pourtant bien commencé.

     

                                                                                       -actions de AMcK, dit Le Guetteur.

     

     

     

     


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