• Apocalypse P.4

    Voila, voila, ça arrive !

     

     

    Il y a eu beaucoup de sang, des pertes des deux côtés. On a perdu trois soldats, dont les corps sont derrière le mur, à demi dévorés. Chez les mutants, ça a chié. Le lance-flammes a fait son boulot, carbonisant les mutants les plus proches. Ça fait un peu plus d’une heure que le friton est terminé.

    J’ai eu le temps de fumer un bon cigare et de recharger. Ça fait maintenant plus d’une heure qu’on regarde les gros mutants qui sont pas venus se battre avec leurs petits camarades. Ils restent là, à une vingtaine de mètres, à nous regarder. Ils sont quatre, et semblent attendre quelque chose. Moi ça m’énerve quand un mutant attend comme ça. Je peux pas blairer de pas comprendre le plan d’un bestiau aussi con. Ça servirait à rien de les attaquer, on a pas la puissance de feu nécessaire. Il nous faudrait un bon lance-patates, ça les ferait venir et passer sur les Bettys qui ont pas pétés. Ça m’emmerde au plus haut point.

    Bon. J’en ai ma claque. Je passe devant le gradé qui allait me demander comment ça allait ou si les grands cons avaient bougés, je vais voir le stock de flingues, et je fouille.

    En retirant un drap posé sur une caisse, je regarde ce qui est écrit dessus : Barrett…

    Si c’est bien ce que je pense, on va leur en mettre plein la gueule. J’ouvre la caisse, je retire la paille de protection pour tomber dessus. Ouais, un fusil de précision Barrett, un M82, pour être précis. Une portée incroyable. Une puissance ultra importante. Capable de percer un blindage de char. Donc assez pour perforer une tête de mutant, même géant.

    Je le prends, je remonte sur le mur, en voyant le gradé me suivre des yeux, se demandant comment j’avais trouvé un truc pareil. Faut croire qu’il savait qu’à moitié ce qu’il avait entre les mains. Il m’arrête :

    -          Attendez. Qu’est-ce que vous allez faire avec ça ?

    -          Cette question ! Du tricot !

    Je le laisse la, et je vais sur le mur en ricanant. Je charge, je vise, la croix du viseur sur la tête de ce grand débile qui m’observe, et PAN ! Une détonation énorme ! Dans la pastèque !

    Le bestiau s’écroule, le crâne perforé, un joli trou de balle tout neuf dans le front.

    Les trois autres le regardent tomber dans un cratère, et se regardent. D’une pensée commune, ces cons se décident enfin à foncer sur nous.

    Les cons. Deux autres balles, deux autres crânes perforés.

    Je m’amuse avec le dernier. Je lui éclate le genou droit, il mange le béton, sa mâchoire énorme passant sur le chemin d’une claymore. Boum.

    Avec un coup comme ça, j’ai gagné l’admiration des bidasses qui ont zieuté tout ça. Le petit gradé a lui aussi regardé ça, et à voir sa tête, il avait jamais vu un truc comme ça.

    En fait, plutôt que de faire ça, j’aurai du me barrer. Maintenant, ces cons de troufions me posent des tas de questions, comment j’ai fait pour tirer comme ça, ou j’ai trouvé ce fusil, si je peux leur apprendre deux ou trois trucs. Avec un regard noir et un gros « CASSEZ VOUS ! », je leur fait comprendre que je n’ai vraiment pas envie. Je les ai aidés, ça leur suffit pas ?

    Bon. Pas loin de 22heures. C’est la nuit. Ce serait de la folie, du suicide de sortir maintenant. Je vais rester, et me débarrasser de cet encombrant fusil Barrett. C’est hyper précis, mais qu’est-ce que ça fait du bruit ! Un tir et t’es certain de rameuter toutes les bestioles du coin. Je repartirai demain. Les bidasses ont l’air crevés eux aussi. Tant qu’à faire, je vais monter la garde, qu’ils se reposent un peu. Allez pas croire que je suis gentil en fin de compte. Je veux juste pas me faire égorger dans mon sommeil parce qu’un abruti s’est fait descendre pendant son tour de garde parce qu’il roupillait. Je me poste sur le toit de l’abri, pour être en hauteur, et je regarde la rue, mon M16 entre les mains.

     

    La nuit a été calme. Vers 3 heures du matin, une météorite est tombée, écrasant un zombie qui trainait la, et réveillant à peine les soldats qui dormaient dans l’abri, en dessous de moi.

    C’est à ce moment-là que le gradé est venu me remplacer. Et comme tout mec qui vient en relayer un autre, il a voulu discuter.

    -          Ça va ? Je veux dire, vous tenez le coup ?

    -          Et pourquoi que je tiendrai pas le coup ? Mon âge, c’est ça, tu penses peut-être que c’est parce que j’approche de la soixantaine que je pourrai calencher ?

    Là, le bidasse a vu que je commençais à m’énerver. Aussitôt, il a commencé à bredouiller des excuses.

    -          Heu, non, je m’excuse, je ne pensais pas que vous…

    -          C’est bon, j’ai souvent entendu ça. Je suis susceptible, mais j’ai quand même un peu d’humour. Ça fait combien de temps que t’es lieutenant ? On dirait que tu sors à peine de l’école !

    -          Heu, oui, désolé. Je suis sur le terrain que depuis trois semaines, qu’il dit en reprenant son souffle, soulagé.

    -          Trois semaines ? Et encore pas mort ? Mais comment tu fais pour diriger tes troufions ? Avec un chef comme toi, qu’a pas foutu grand-chose pendant l’assaut et qu’est pas foutu d’arrêter un civil, je me serai barré depuis longtemps.

    -          Oui, enfin, ça fait que quatre jours que je suis ici. Le colonel m’a envoyé sécuriser le chargement d’armes, et… à ce moment, et comprenant que je le regarde bizarrement, il se reprend. Attendez, normalement je dois pas vous dire ça !

    Moi je commence à me bidonner, en lui disant que j’en ai rien à foutre de ses ordres.

    -          Et ce colonel, il arrive quand ?

    -          Théoriquement, il devrait arriver ce matin.

    Là je reprends mon sérieux. Une poignée de bidasses, ça va. Mais une armée, avec un grand chef en prime, c’est mauvais.

    -          Attends… ce matin ? Sérieusement ?

    -          Oui… normalement. Il a dit ça quand je suis parti, et…

    Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, j’étais descendu. Vite. Je prends mes affaires, quelques paquets de bouffe en poudre.

    Vite.

    Me barrer.

    Mes armes sont chargées, c’est bon.

    Vite.

    Je prends ma boite à cigares sous mon bras et je décampe.

    Vite.

    J’arrive sur la porte.

    J’entends déjà la radio qui commence à recevoir des instructions, et demandant un rapport.

    Vite.

    Je l’ouvre, il n’y a personne derrière, j’entends déjà des bruits de moteur qui approchent. Ils sont pas loin.

    Vite.

    Je me barre dans la direction opposée, vers l’épave d’une rame de tramway. Je me planque, en espérant que personne ne m’ai vu.

    J’aime déjà pas les bidasses quand ils sont une poignée, mais quand ils sont beaucoup, avec des officiers en prime, la ça me brise carrément les  noix. Surtout un colonel. Rien de tel pour poser des questions, réquisitionner, donner des ordres aux civils comme moi, et surtout, emmerder le monde ! En plus, les colonels sont souvent des vieux comme moi. Minimum la cinquantaine, sauf en de rares cas. C’est très souvent des mecs qui ont déjà tout vu, et qui font chier les bleus et les civils. Et surtout, sur protégés, toujours plusieurs vétérans sous leurs ordres, collés à leurs culs et très souvent…

    Merde.

    … des éclaireurs. Trop occupé à ronchonner et à me planquer, j’avais pas vu le soldat déjà caché entre les sièges, son nougat pointé vers ma caboche. Ça, c’est la fatigue. Veiller toute une nuit après avoir tenu un assaut épuisant, c’est beaucoup.

    -          Levez-vous, qu’il me dit, calmement mais fermement. Pas de gestes brusques. Vous seriez mort avant de penser à me tirer dessus. Je vous ai vu arriver, et fuir l’avant-poste. Si quand on entre, et qu’il n’y a plus que des cadavres, vous êtes mort. Maintenant, on va sortir, vous devant, les mains sur le tête, vos armes dans les miennes, et le tout très calmement. Compris ?

    -          P’tit con.

    Y a encore 10 ans j’aurai jamais laissé faire ça. Y a 10 ans, j’y aurai lancé un couteau dans le crâne.

     

    Bon. Forcément, on se retape le chemin en sens inverse. Le temps que j’étais planqué, toute une colonie a débarqué. Pas loin d’une centaine d’hommes, et deux jeep, un buggy et même un char d’assaut ! Surement venu des ateliers des hautes montagnes, la ou les mutants ont rien ravagé, faute de pouvoir y accéder.

     On me fait rentrer, les mains sur la tête, dans l’avant-poste. Les bidasses du convoi, un peu trop occupés à virer les mutants canés,  m’ont à peine remarqué.

    J’entre, et je vois le gradé de tout à l’heure qui discute, raide comme un piquet, au garde-à-vous, avec un gars encore plus gradé, le nez dans une carte.

    Quand j’arrive devant, le gradé me reconnaît, logique, et l’éclaireur commence son rapport, appuyant sur le fait que j’espionnais, que je fais surement partie des pillards du sud du fleuve… ce à quoi je réponds, avec un regard noir, que pas du tout !

    Le gradé écoute attentivement, je lui dis d’un regard de la fermer : va pas t’attirer des emmerdes, toi…

    Le Colon, par contre, écoute que d’une oreille. Il a surement autre chose à foutre. Toujours le pif dans son papelard, pas encore vu sa gueule. Quand l’avant-garde a fini son rapport, il baisse sa carte, et je peux enfin voir sa trogne. Et là, je suis sur le cul.

    35 ans maximum. Barbe de trois jours, du charisme, regard droit, cigare dans la bouche,  Nick Fury en plus jeune ! Le mieux c’est ses fringues : pas du tout celles d’un gradé. Un vieux treillis troué, pas de poche droite, son vieux Colt 45 tient avec de la ficelle, une veste militaire remplie de munitions et de cigares par-dessus un t-shirt DOOM, des bagues crâne et pentacle au bout des doigts. Dans le dos, il a une épée, et un canon scié sur la taille. Il  ressemble vraiment pas à un colonel. Ni à un bidasse d’ailleurs. C’est le genre copain de fac un peu chtarbé, plutôt.

    « OK, t’as finit ton rapport ? Tu crois vraiment qu’un vieux civil va nous attaquer à lui tout seul, ou nous espionner ? Vu son allure on dirait qu’il va claquer dans l’heure !

    L’avant-garde a un peu l’air con, maintenant… il sait plus trop quoi dire.

    Moi par contre, je lui lance un regard furax. Et je commence à ouvrir ma gueule. Pas m’laisser faire pas un petit con !

    « Bon, écoute, jeune connard, c’est pas parce que t’es un bidasse gradé que tu peux t’permettre de m’amener ici pour me traiter de vieux ! Maintenant t’as l’choix. Soit tu m’relâche, soit tu m’garde comme prisonnier, mais j’te garantis que je vais tout faire pour faire chier ta compagnie. En commençant par l’enfoiré qui m’a amené ici…

    Là-dessus, il me regarde, d’un air content.

    -          Ah ! Bah il a du cran celui-là ! Bon. Le lieutenant m’a expliqué que vous l’aviez aidé cette nuit, contre les mutants.  C’était si dur que ça ?

    -          C’était chaud, mais ça allait encore. Y a eu quelque morts, mais dans le camp d’en face, ça a chié… ils étaient bien 150, sans compter les gros. J’peux me casser, maintenant ?

    -          Attendez, j’aurai besoin de ... quelqu’un, qui a de l’expérience. Pour une mission…

    -          Et tu crois que j’en ai quelque chose à foutre ?

    Le jeunot continue, ignorant ma réponse :

    -          Je veux que vous alliez au sud, j’ai un poste avancé qui ne répond plus à côté du camp Nautilud.

    Je le regarde, trop sans croire à ce qu’il vient de me dire… et pis je lui réponds :

    -          Nautilud… Tu t’fous de ma gueule ? C’est le territoire des Bouffeurs de Gueule ! Autre chose à faire que d’aller servir de  casse-dalle à ces tarés ! Pourquoi, déjà, est ce que ferai ça pour toi, gamin ?

    -          Pour un buggy blindé, le plein de jus, des munitions, de la bouffe, et un kevlar tout neuf. Alors ? »

     

     

     

     

     

    Il y a des jours où il faut dire oui aux gens. Même quand il faut aller dans une zone pleine de cannibales, des zombies, de mutants, et de bandits vicelards pour retrouver des mecs probablement déjà morts. Bon, il m’a filé aussi une radio à dynamo pour le prévenir.


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