• Apocalypse nouvelle 5 partie 2

    Même si des tirs se font entendre, on ne croise toujours personne. L’avenue est déserte, on ne rencontre que quelques corps, des voitures abandonnées.

    On a pas fait 300 mètres que Tom nous dit de stopper le véhicule. Devant nous se dressent deux HLM.  Selon la lunette à détection de chaleur du fusil de notre sniper, les bâtiments ne sont pas déserts. 

    -          Sortez vos jumelles, les gars. Au dernier étage, et sur le toit, regardez. Je compte quatre snipers à droite, et trois à gauche. 

    -          Mouais. Julien, contactes-les par radio. Vois si ils sont de chez nous.

    Le gars acquiesce et  branche sa radio dans son oreillette, et commence à jacter.

    -          Appel aux snipers posté dans les bâtiments blancs, secteur – secteur  combien chef ? ah ouais – secteur 109. Ici équipe Ace of Space, armée de Terre, 92e régiment d’infanterie, la zone devant est safe ?

    La réponse est longue à arriver. On se regarde, à la limite de l’inquiétude. Enfin, au bout d’une douzaine de secondes, une voix se fait entendre.

    -          Ouais, équipe Ace of Space, ici l’équipe BHS, la route est bien accidentée et pleine de mutants. Par contre, si vous compter passer sans payer la taxe, vous allez avoir du plomb au cul.

    J’attrape le micro de Julien et commence à parler à ce trouduc’.

    -          Soldat, ici le sergent-chef Lumberjack, 6e bataillon, 3e division, c’est quoi cette histoire de taxe à la con ?

    -          Ah, tiens, un sous-off’, y avait longtemps. Bah écoutes mon gros c’est simple. Tu jactes pas à un bidasse. Y avait une équipe y a 2 jours. Vu qu’ils avaient des flingues, on les a pris, et si tu r’garde bien le haut de nos bâtiments, tu pourras voir les restes de tes potes.

    J’attrape les jumelles, et je bigle le sommet. Des pendus. Par les mains, par les pieds, la gorge, ou encore par les intestins. Certains gigotent encore. Des corbeaux ont commencé leur sinistre besogne sur ceux qui ont succombés, ou ceux qui bougent le moins.

    -          Bordel de merde…

    -          Hop hop hop ! Pas de grossièretés, môssieur le sergent-chef ! La taxe de passage, c’est tes chargeurs, tes armes, ton paquetage, et tout c’que t’as quoi. Sinon on te troue la peau. Deal ?

    J’éteins cette putain de radio et redonne le micro à Julien. Des taulards, probablement les mecs qui ont fait le carnage en début de rue. Pas des tendres. Le charnier ne comportait aucune victime par balle, on peut donc espérer qu’ils tirent comme des manches. Pas le temps de réfléchir. Je redémarre, en roulant doucement vers un tas de voitures incendiées à côté duquel un gars nous fait des signes. Probablement le mec à qui on doit filer notre matos, il est en tenue de prisonnier… Quand on arrive à une douzaine de mètres de lui, je passe la troisième, j’enclenche le turbo, et j’écrase ce con.

    Le bruit qu’on entend est un poil plus intense que le bruit qu’on entend quand on écrase un chat.

    Le volant devient vite une extension de mon corps. Je maîtrise le véhicule comme si je l’avais fabriqué.

    Les passagers du monstre d’acier commencent à gueuler.

    -          Putain, chef, on va s’viander !

    -          J’vais les allumer ces connards !

    -          Range ton lance-patate, ducon !

    Troisième vitesse, on entend comme des grêlons sur la carlingue. Ces cons nous tirent dessus avec du 7.62. On a du bol que l’habitacle ait été blindé, et surtout que ces enfoirés tirent si mal. Je jette un rapide coup d’œil derrière : mes gars ont eu le réflexe de se coucher.

    Quatrième vitesse, le moteur rugit.

    Je prends la première rue à droite à peu près dégagée que je vois, les entrées des précédentes étaient remplies de gravats et de trop gros débris.

    On s’engouffre en dérapant sur une douzaine de mètres, l’arrière du pick-up frottant dans une gerbe d’étincelles le mur d’un édifice.

    On finit par s’arrêter tant bien que mal après avoir fait un demi-tour en driftant dans les restes d’une salle à manger. On reste là quelques secondes, le moteur fumant, de la poussière partout. Tom est le premier à briser le silence.

    -          Sergent, t’es complètement taré.

    -          C’est fort probable, que je réponds. Mais on s’en est tiré, nan ?

    -          Ouais… Enfin bon. On fait comment pour continuer maintenant ? Ces fils de chiens seront encore à portée pour une bonne centaine de mètres. On continue sur cette rue, ou alors on retourne sur l’avenue ?

    -          Je serai d’avis de balancer un missile sur la gueule de ces enculés.

    On regarde tous ---------. Il a l’air sérieux. Je lui réponds d’un air blasé.

    -          Même si on avait le droit de tirer des missiles en zone urbaine, je crois pas que les gradés nous fileraient un missile pour buter une douzaine de cons. Et je crois pas non plus qu’il reste des masses de missiles pour nous, la plupart ont été envoyés sur les capitales sur les zones d’émergence des mutants.

    Ça l’a un peu refroidi.

    -          Merde…

    -          Maintenant, faut continuer. Le truck a l’air encore en état de rouler, mais la rue a pas l’air très sûre.

    Je prends mes jumelles pour vérifier l’état du fond de la rue et, en effet, les maisons ont l’air assez endommagées, suffisamment pour s’écrouler au passage d’un véhicule.

    -          On va continuer sur la route en faisant gaffe, et on reprendra l’avenue plus tard.

    -          Sinon, on peut passer par les maisons en explosant quelques murs !

    Je le regarde, toujours autant blasé.

    -          Mais ça t’arrive d’avoir des idées ou ça ne finit pas par exploser à la fin ?

    -          Heu… Nan.

    Notre conversation est interrompue par un extraordinaire craquement venant du fond de la rue. Plusieurs maisons partent en miettes alors qu’un gigantesque machin à deux pattes passe lentement, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C’est un genre de troll gris, avec une tronche à moitié humaine et insecte écrasé, mesurant bien 12 mètres de haut. On sent le sol trembler à chacun de ses pas monumentaux, alors qu’on est au moins à 50 mètres. L’immense bestiau s’arrête un moment, nous regarde, et continue sa route, traversant sans grande difficulté les bâtisses sur son passage.

    -          Bon, et bien je vote pour passer à travers les maisons.

     

    On a bougé le camion, et installé une charge de plastic sur le mur du fond. Quand on a actionné le détonateur, la charge a explosé, le mur aussi, fragilisant la structure de la maison qui a tremblé. On est vite passé sous l’arche improvisée, traversé le petit jardin et défoncé la haie pendant que la maison s’écroulait. On a profité de l’élan et du pare-buffle amélioré en bélier pour traverser deux autres maisons d’un coup. On s’est retrouvé à peu près là où on voulait, c’est-à-dire hors de portée des snipers, dans la rue de Pouillon.

    On est surement encore à portée, mais on reçoit pas de projectiles, donc… Je regarde dans  le rétroviseur, rien ne bouge, et pas de roquette dans notre direction. À cette distance, c’est difficile de voir quelque chose, mais on peut-

    -          SERGENT ! GAFFE DEVANT !

    Un choc.

    Un bruit assez dégueu.

    Un cri.

    Un corps qui passe par-dessus le camion.

    Un coup de frein brutal.

    Un regard en arrière.

    -          Chef… C’est qu’un mutant.

    Un soulagement. On continue.

    -          Ok, désolé, les gars, mais ouvrez l’œil aussi. Éliminez ceux qui s’approchent trop.

     

    Nous poursuivons notre route, en évitant les voitures abandonnées, quelques corps pourrissants et des cratères, de plus en plus nombreux. On arrive sur une zone mitraillée par des petits météorites. Les suspensions en prennent un coup, mais le truck tient bon. Les bâtiments ont été méchamment touchés la pluie rocailleuse, certains sont troués comme des gruyères géants, d’autres n’ont plus que la façade qui tient debout, d’autres encore ont été rasés par un météore plus gros que les autres… je conduis le véhicule dans une tranchée, récemment creusée par un de ces rocs tombés, nous sommes à couvert pour une bonne centaine de mètres.

    Lorsque nous sortons du fossé, on est frappé par le décor. L’épicentre de la pluie de météorites. Tout a été rasé sur un diamètre d’une dizaine de pâtés de maisons.. Un vrai paysage lunaire. Entre les cratères, quelques rares morceaux de murs sont encore debout, le sol est jonché de débris en tous genres. Je ralentis, jusqu’à ce qu’on s’arrête derrière un parapet encore levé. Les météorites ont vraiment fait beaucoup de dégâts ici. Une bombe atomique n’aurait pas fait mieux. Je regarde Tom, qui est apparemment sur le cul.

    -          Ça va ?

    -          Mec, je viens de ce quartier. Comment tu crois que ça va ? J’ai la gerbe.

    Pas le temps de lui dire de prendre sur lui, on se fait attaquer. Des impacts se font entendre sur la carlingue.

    Aussitôt, mes gars prennent leurs armes, ajustent leurs mires, et identifient les attaquants.

    -          Sergent, c’est des militaires. Et… Oh merde.

    J’aime pas quand Tom prend cet air dépité en parlant. Signe qu’il va annoncer un truc très grave.

    -          Sergent, ils ont heu… des tanks.

    -          Ok. Julien, tu leur dit d’arrêter leurs conneries. Tom, repères leurs écussons.

    -          Appel aux unités du secteur 98, cessez le feu, ici unité Ace of Spades, 92e régiment d’infanterie, armée de Terre, dans le véhicule que vous mitraillez. Unité inconnue, cessez le feu !

    Les coups de feu cessent. Je sors mes jumelles, un mec s’avance, suivit à 20 pas par sa troupe. Les chars restent en retrait. On sort du camion qui a bien morflé, on s’est fait arroser par toutes sortes de calibres perforants. C’est un miracle qu’aucun de nous n’ai pris de balle.

    On sort lentement, nos mires braquées vers le mec qui vient vers nous. Il s’arrête à une douzaine de mètres, retire ses lunettes, et décline son identité.

    -          Capitaine Kevin Skill, 501e régiment de chars de combats, on vient de Mourmelon. Désolé de vous avoir attaqués, on a eu des ennuis avec des pillards dans ce genre de véhicule. Qu’est-ce que de l’infanterie de reconnaissance vient foutre ici ?

    Je m’avance devant mes hommes et je lui réponds.

    -          Sergent-chef Tim Lumberjack, 92e R.I., de Clermont-Ferrand. On est là pour une extraction. Une cinquantaine de civils sont réfugiés dans les Halles, à un peu plus d’un kilomètre au sud-est.

    Le gradé à l’air un peu surpris. En observant son uniforme, je vois qu’il est couvert de poussière, de même que son casque. Il a un bandage sur le poignet gauche, une légère balafre sur le front, et pas l’air très en forme. Sous son air un poil fatigué, une barbe d’une semaine, une tête sympa, mais ce mec est plus jeune que moi. Il n’a même pas 25 ans. Pourtant, il a de l’assurance, il sait où il est et ce qu’il fait. Après nous avoir observés pendant quelques secondes, il continue de parler.

    -          Il y a encore des civils dans le centre ? Bordel. On est ici depuis 18 jours, on a vu que des corps. Bon. Si vous continuez dans l’avenue, faites attention, des bandes de petits mutants rapides sont sur votre route. Si votre camion marche encore, vous devriez passer sans trop de difficultés. Vous avez tout ce qu’il vous faut ? On vient de récupérer un chargement de ravitaillement aéroporté.

    -          Non, merci, capitaine.

    Un salut militaire, et on se quitte. Je repense à un truc, et je me retourne, interpellant le gradé une nouvelle fois.

    -          Ah, un conseil. Si vous allez vers le nord en suivant l’avenue, faites gaffe, des snipers sont planqués en haut de deux HLM, à un km. On a eu quelques soucis avec eux.

    -          Des déserteurs ?

    -          Plutôt des taulards. Ils ont massacré toute une compagnie, et des dizaines de civils à l’entrée de l’avenue.

    -          Aaaah, ouais. Quand même.

    Le capitaine gueule dans son micro un ordre à son escadron.

    -          Nouvel objectif : tours droit devant. Chars lourds en premier, obus à fragmentation. Arrêt à 100 mètres, tirer pour détruire. Cible : haut des bâtiments, des tueurs de civils. Allez les gars, on se bouge le cul, on fonce !

    La compagnie s’élance, blindés en avant, 14 moteurs rugissant en même temps, suivis par des motos, des jeeps, des véhicules blindés, et deux camions de transport. Le capitaine saute à l’arrière d’une jeep qui passe à côté de nous, et nous balance un « Merci pour l’info » avant de dégager rapidement. J’en connais qui vont prendre cher, là-haut dans leur forteresse de béton.


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