• Apocalypse - 4eme nouvelle.

    Salut tout le monde. Même si y a pas grand monde qui lit mes machins. Enfin, vu le nombre de commentaires. Peut-être que je parle dans le vide. Ou que Kazeo m'informe pas des nouveaux commentaires. 

    Bref.

    J'ai abandonné la nouvelle n°2. Définitivement.

    J'ai fait la 4e. Et je me suis aperçu, y a pas 5 minutes que j'avais pas posté le début (shame on me!)...

    La voila.

     

     

     

     

    Reims

    Apocalypse + 4 ans

     

     

    Mardi 21 Avril, 21h35

    Lieu : l’intérieur d’un blindé.

     

     Le merdier a beau avoir commencé il y a plus de quatre ans, on trouve quand même des gens en ville, des gens qui ont voulu résister, survivre, parce qu’ils se pensaient prêts. Bullshit. On est pas prêt quand on a stocké des vivres pour deux ans dans sa cave, quand le coffre est plein de billets, quand on a des armes et des munitions en masse dans sa maison. On est jamais prêt pour ce genre de situation, jamais prêt pour la Fin.

     Ce soir, vers 19 heures, une jolie fille m’a donné deux cartouches de clopes si je l’escortais en dehors de la ville. Elle doit avoir 22, 23 ans. Claire, qu’elle s’appelle.

    Elle est venue vers moi quand j’explorais les restes de son abri, un vieux van rouillé ou elle serrait les restes de ses parents, cadavérés tous les deux. Ils avaient cru s’en sortir, ils leur restaient pas mal de matériel. J’ai pris ce dont j’avais besoin, et elle m’a demandé de l’amener en dehors de la ville.

    Comme à mon habitude, je n’ai pas répondu. Je lui ai simplement fait un geste pour lui dire de venir.

     

     

    J’ai beau être sale, tirer une gueule de six pieds de long tout le temps, et un air dangereux, et pourtant, les gens bien viennent vers moi. Certains me disent que je suis un grand homme, les autres m’appellent le Héros.

     

    Je suis pas un héros. Je fais ce que j’ai à faire. Et je fais ce dont je sais le mieux faire : survivre.

     

    Ça fait une heure qu’on est là. J’ai trouvé cette épave il y a quelques jours, encastrée dans un mur. Impossible de faire tourner le moteur, et le pilote a disparu, avec ses biens. Mais l’écoutille à verrou magnétique marche toujours, c’est donc un excellent abri.

    Je vais la laisser dormir encore deux heures, et on commencera à sortir. Les mutants sont cons, et voient moins bien dans le noir. Et comme nous serons discrets, les zombies ne nous entendront pas. Il faudra juste se méfier du décor, pas tomber dans un piège, et des autres humains. Cela fait quelques mois que les rations et les conserves des supermarchés sont épuisées. Au loin, on peut entendre des cris de douleur et d’angoisse. Les hommes ont commencé à s’entre-dévorer. Moi, je me démerde toujours pour trouver de quoi manger sans jamais toucher à la viande humaine. Dans les égouts, à l’abri de la plupart des créatures dangereuses, on peut encore trouver des rats, délicieux en barbecue.

     

     

    Mardi 21 Avril, 23h42

    Lieu : Boulevard de la Paix, à quelques mètres de l’hôpital St André.

     

    L’endroit est dangereux. L’hôpital est un des plus grands nids de zombie de la ville. Quand les zombies sont arrivés, ils ont commencé à mordre du monde. Les gens sont alors allés aux cliniques, hôpitaux, ou pharmacies, et sont mort là-bas. Et quand ils se sont réveillés, ils ont mordu, à leur tour, le personnel hospitalier. Aujourd’hui, plus de 1500 zombies et goules se baladent dans ces couloirs, et encore plus dans les sous-sols à proximité. C’est pourquoi on est discrets.

    La fille sait apparemment marcher là où il faut, c'est-à-dire dans mes pas. On est jamais à l’abri d’un EEI.

     

    Les lignes que vous lisez actuellement sont mes pensées. Elles sont retranscrites dans un document texte automatiquement. Et c’est pas parce que c’est la fin des temps qu’on peut pas être à la pointe de la technologie. J’ai piqué ça à l’armée quand j’ai déserté. Généralement, j’envoie le document sur un serveur de messagerie qu’un ami tient encore ouvert. Internet a presque disparu. Les réseaux sociaux sont morts, seuls les moteurs de recherche et quelques sites subsistent. Oui, ce sont hélas des sites pornographiques. Y a encore pas mal de geeks qui ont prévu la Fin du Monde, et qui se sont enfermé dans des bunkers avec de quoi survivre 30 ans, ordinateurs, électricité, et arsenal. Faut bien qu’y s’occupent, entre deux parties de jeux-vidéos ou se parler entre eux. J’ai pu prendre contact avec l’un de ces gosses quand tout a pété. Il s’occupe de gérer mes mémoires, et en échange, la caméra sur mes lunettes lui montre tout ce que je fais. C’est un arrangement comme un autre.

     

    Mais, restons concentrés. Un faux mouvement, un bruit, un son imprévu, c’est un zombie qui se retourne. S’il se retourne, c’est qu’il va venir vers nous, attirant ses copains.  En moins de 30 secondes, on peut avoir 40 zombies derrière nous. Donc on respire doucement, on regarde bien où on marche, et on se retient de péter.

    Si on atteint le rond-point, on est sortis d’affaire. On a 55 mètres à faire. Ça peut te sembler peu, mais vu d’ici, c’est compliqué. La rue est pleine de débris, voitures calcinées ou accidentées, parfois encore un zombie au volant qui n’a pas pu se détacher, bouts de verre partout, douilles, conserves vides, cadavres desséchés, bouts de métaux divers, éclats d’aciers… et même un obus planté dans le sol, au milieu d’un cratère.

    Deux voitures sont incendiées, ça nous fournit assez de lumière pour avancer. J’ai toujours mes lunettes de vision nocturne, mais la batterie est bientôt épuisée.  

    Discrètement, j’avance, regardant chaque voiture, marchand sur les débris les plus gros pour faire le moins de bruit possible. 

     

    Pour le moment, tout va bien, on a parcouru environ 30 mètres, sans faire de bruit important. La fille me demande alors si c’est encore loin. D’un geste, je lui fais signe de la fermer. ‘Manquerait plus qu’on se fasse repérer. Je lui montre le rond-point devant, là où quelques feus sont allumés, l’œuvre de mutants qui ont fini de bouffer.

    Bon. On continue, encore plus discrètement.

    On est presque sorti de ce couloir de la mort qu’un cri me colle presque une crise cardiaque.

    La petiote s’est fait choper par un zombie au volant d’une camionnette… Et elle continue de hurler. D’une main, j’attrape prends mon tomahawk, un coup sec dans le crâne pourrit, et mon autre main vient se coller sur sa bouche. Si avec ça les morts-vivants ne nous ont pas entendus, c’est un miracle.

     

     

     

    Je vois rien bouger derrière nous. On a apparemment eu beaucoup de bol, les chairs mortes devaient être occupées à poursuivre un rat.

    Et je sais que même à travers mes lunettes réfléchissantes, elle peut distinguer mon regard noir chargé de fureur. Dans ce monde, t’as PAS LE DROIT à l’erreur.

    Elle profère deux ou trois excuses, et pour la première fois depuis au moins quatre semaines, je l’ouvre.

    -          Ta gueule.

    Au vu de son regard, je pense qu’elle a compris, et qu’elle ne l’ouvrira plus avant qu’on se soit quitté. Je regarde le zombie qui l’a attrapé : c’est un gars qui s’est fait mordre, et qui est mort avant d’avoir pu se détacher. Il avait à peine assez de force pour lever son bras et attraper la fille, mais il n’en aurait jamais eu assez pour la bouffer. Je regarde dans ses poches, et dans la carcasse de voiture, apparemment, ce gars-là a été prévoyant : il a pris tout plein de provisions, munitions, couteaux, fringues, essence, matériel… et tout ce bazar a été pillé, et le pauvre gars a été laissé en vie, pour qu’il puisse continuer à regarder qu’il avait tout perdu. Enfin, en vie…
    Dans ses poches, je trouve quelques billets, un peu plus de 300€. Ça fait quelque chose comme $500, ou deux cartons de bière de bonne qualité. Ou encore trois caisses de munitions de 12.7 mm.

    La valeur de l’argent dépend de ta tête, et il vaut mieux faire peur pour avoir des rabais que d’être chétif et se faire enfler, au propre comme au figuré. Les gens chétifs survivent généralement pas. C’est pas parce que la fin du monde est arrivée que l’argent a disparu… Et c’est pas demain la veille qu’on se torchera le cul avec des biftons de 20 !

     

    Je sors mes jumelles, et je regarde devant nous. Apparemment, aucun signe de vie, pas de mouvement. Idem dans les bâtiments autour, pas de lumière, personne qui regarde, à première vue. Faut toujours se méfier, dans les ronds-points, y a souvent un gars avec un fusil à lunette pour t’allumer quand tu passes, pour pouvoir récupérer ton matériel. Je le sais parce que je l’ai fait. Je n’en suis pas fier, mais je n’avais pas le choix : j’étais poursuivi. Un mec m’avait vu piller « sa » cachette de nourriture, et il n’avait pas apprécié. Je me contente en général de peu, mais quand je vois des sablés, je ne peux pas résister. Je sais c’est con. J’ai dégagé, je l’ai attendu à un petit rond-point, et je l’ai descendu d’une balle dans la tête.  Et j’ai récolté tout ce qu’il avait.

    Donc, devant nous, personne. Pas de vie. Et pourtant, je sens qu’il va nous arriver quelque chose si on avance. Appelle ça un sixième sens, ou comme tu veux, y a un truc qui va arriver.

    La jeune fille derrière moi me tire la manche, et me demande, d’un signe des yeux, ce qu’on attend pour avancer. Ce qui arrive lui sert de réponse.

     

    Une moto. Le genre énorme et blindé, un monstre hybride, chenille à l’arrière et roue à l’avant, le tout piloté par un gars en armure de plates. Il n’a pas de heaume, juste un masque à gaz et un casque paramilitaire garni de clous. À côté de lui, un taré de la gâchette dans un side-car colossal, tirant avec deux M-60 jumelées sur une bande d’animaux mutants les poursuivants.

     

    Trois choses me viennent immédiatement à l’esprit : premièrement, on ne voit pas des trucs comme ça tous les jours. Deuxièmement, j’avais raison, il s’est passé quelque chose. Enfin, et surement le plus important, on peut traverser, mais en vitesse. Si les zombies n’ont pas entendu le cri de tout à l’heure, c’était un coup de bol hallucinant. Il aurait fallu une intervention divine pour qu’ils n’aient pas entendu le boucan du moteur et des sulfateuses.

    J’utilise quelques secondes mes lunettes de vision nocturne, et, évidemment, une troupe de viande morte se dirige vers nous. Note que maintenant on a une bonne raison de se dépêcher.

    Je prends la jeunette par la main, et je l’entraine vers la voie la plus proche, du côté Jean Jaurés. Durant la traversée ou on est quasiment à découvert, je prie pour qu’il n’y ait pas un tireur embusqué ou qu’il n’y ait pas de goules parmi les zombies.

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 0h18

    Lieu : avenue Jean Jaurès, sous les arcades

     

    Apparemment, les zombies ne nous ont pas suivis, ce qui est plutôt une bonne chose. Nous nous sommes réfugié sous des petites arcades, là ou un coiffeur était installé, il y a moins de 5 ans. Le magasin est toujours là, mais quelqu’un s’en est servi de place-forte : des barricades sont dressées dans la vitrine, et du sang séché macule le sol du magasin. On est entré sans peine, et nous avons réussi à fermer la herse d’acier, enfin nous avons allumé un feu dans l’arrière-boutique, qui comporte une cheminée. Il faudra que je retrouve des allume-feu, je commence à être à court.

     

     

    Voyant que j’ai déballé quelques victuailles, la jeunette se jette dessus et commence à me parler de sa famille, de ce qu’ils ont du faire pour s’en sortir, des gens qu’ils ont dû tuer, des malheurs qui leur sont tombé dessus… L’histoire de sa courte vie. Elle finit par s’endormir difficilement, il règne en ces lieux une odeur de miel moisi mélangé à du shampooing couvre les odeurs habituelles de sang et de poudre présentes sur la ville.

    Moi je profite de ce moment de calme et de moindre dangerosité pour sortir ma dynamo, afin de recharger mes lunettes de vision nocturne, et ma lampe frontale, ce qui me prend environ 20 minutes. Puis, comme chaque jour, je démonte mes armes et les nettoie parfaitement, pendant plus d’une heure. Cela peut paraître chiant à lire comme à faire, mais c’est indispensable pour avoir des armes qui fonctionnent et durent longtemps.

    Enfin, après toutes mes tâches obligatoires et une ration de survie accompagnée d’une tasse de whisky, je m’assois dans un siège et commence à m’endormir. Il faudra que je trouve une bouteille au marché noir, ma flasque est presque vide.

     

     

    Il reste encore deux bons kilomètres à parcourir pour sortir de la ville, soit une épreuve pour une jeune femme. Traverser ce quartier en pleine nuit diminue votre espérance de vie à celle d’un fondant au chocolat face à un rassemblement d’obèses au régime sans sucre. Il n’y a pas seulement des pillards, des morts-vivants, ou des mutants, il y a… autre chose. De la radioactivité, à certains endroits, assez puissante pour faire cuire la tête d’un bébé en 6 secondes. Des champs de mines bondissantes, les engins qu’on voit sauter et arriver au niveau du front, et où on a juste le temps de penser « merde ».

    La journée, c’est… à peine moins pire. Mais on voit où on avance, c’est déjà ça.

     

     

    Mercredi 22 Avril, 07h23

    Lieu : avenue Jean Jaurès, sous les arcades

     

     

     

    Lorsque je me réveille, le soleil commence à se lever. Il fait encore frais, et il n’y a pas de nuages dans le ciel. À cette heure-ci, la plupart des mutants dorment encore, les pillards cuvent encore, et les chasseurs nocturnes vont se coucher. Je ne sais pas si les zombies dorment. Il faudra que j’étudie la question.

     

    Je réveille la jeune femme en la secouant légèrement, et en lui montrant la lumière du jour.

    -          On va y aller. Sois prête.

     

    Oui, je sais, je lui ai parlé. Hé, j’ai plus l’habitude d’être avec des filles depuis quelques années. Ça m’attendrit un peu…

     

    Discrètement, on ouvre la grille d’acier protectrice, pour se glisser à l’extérieur. Une matinée silencieuse, c’est devenu rare, de nos jours. On n’entend pas d’explosions au loin, pas de cris, pas de bruits de rafales…

    C’est pas une raison pour se relâcher et y aller les mains dans les poches.

    Alors on continue la route, toujours sur les trottoirs, en restant derrière les épaves, jetant des regards à droite, à gauche, en haut et en bas, de jour comme de nuit, la menace peut venir de partout. Autant être prudent.

     

    On continue d’avancer, dans un paysage apocalyptique, jamais monotone. Des cadavres pourrissants qui trainent sur le sol, à droite à gauche, des habitations détruites, des douilles qui trainent sur le sol… À propos des douilles, certains mecs les récupèrent. Pour les fondre, et fabriquer des nouvelles balles. Ils appellent ça des balles recyclées, ça a une petite chance de te péter à la tronche quand ça part, mais c’est utile. On peut en trouver dans les égouts, là où on trouve encore un peu la paix. Après avoir éliminé les rats et les zombies, bien sûr. Rappelez-vous : aucun endroit n’est totalement sûr. Juste moins dangereux.

     

    On continue notre avancée sans rencontrer le moindre problème, jusqu’à rencontrer un truc bizarre : deux ou trois explosions qui se répètent en restant figées, comme si on avait appuyé sur pause/avance-rapide/retour. Ne me demandez pas comment un truc pareil est possible, je n’en sais rien. Probablement un problème spatio-temporel, la fin du monde a surement déglingué le temps aussi, allez savoir. C’est sur un rayon de 25 mètres, à peu prés. Y a quelques zombies qui sont pris dans ce champ, et eux aussi sont coupés de la réalité, dirons-nous. On contourne cette zone en coupant par ce qui semblait être un parc pour enfants, transformé il y a quelques mois en zone de largage fortifiée. Les fortifications ont été éventrées, nous pouvons passer par là. Rien à récupérer par ici, mais au moins ont peut passer. En sortant de la zone de largage, on voit un bidasse pris dans le rayon d’effet de la… « Zone avance/retour ». Mouais. Je trouverai un meilleur nom plus tard. Ce gars n’a vraiment pas eu de bol, il s’est retrouvé piégé sous un débris, une bouteille de gaz explosant à côté de sa tête. Il doit revivre sa mort depuis un bout de temps sans le savoir.

    Il n’y a aucun bruit de déflagration ou d’explosion, pas de cri, même pas de chaleur ou d’odeur de brulé, tout cela s’est déjà passé avant. Oui je sais c’est bizarre. Impossible de préciser le lieu où se situe cette zone-là, le quartier est tellement déglingué… Je dirai qu’on est à côté d’un cimetière.

    Je jette un fragment de béton qui traine sur le sol vers cette zone, pour voir ce qu’il va se passer.

    La roche reste en suspens dans l’air pendant quelques secondes, et revient vers moi. Il faut croire que nous sommes devant un genre de cassette vidéo, pour faire simple : on peut uniquement regarder, mais on ne peut pas interférer avec ce qui est écrit. Ou filmé, dans le cas présent. Ou le cas passé, à toi de l’interpréter.

     

     

    Un coup de tonnerre nous sort de notre fascination de cette zone aussi étrange qu’anormale.

    Immédiatement je lève les yeux en l’air : le ciel s’assombrit par l’ouest. C’est  un orage matinal, et c’est une très bonne chose. Le bruit du tonnerre fait peur aux mutants, et en général à toute créature… Les orages inspirent la crainte parce qu’on ne sait jamais ce qui va tomber… De la pluie innocente, qui mouille et décompose plus rapidement les zombies ? De l’acide ? Des retombées radioactives ? Des carcasses d’avions et de mutants piégés dans les cumulo-nimbus ? Ou même des météorites… Pas le genre de roches énormes, non… Plutôt des météorites fines qui percent les blindages comme du beurre… 3cm de diamètre, et aussi meurtrier qu’un missile Hellfire…

    Nous continuons à avancer, plus prudents. Il faut désormais se méfier de la météo en plus des débris et des engins explosifs dissimulés un peu partout.

    La route que nous empruntons commence à être saturée de voitures abandonnées. Au début de la Fin, les gens ont voulu fuir la ville pour se réfugier dans les campagnes, ou dans les camps militaires, et ils ont pris les axes majeurs. Quand les zombies ont débarqué sur la route, les gens ont abandonné leurs voitures pour fuir plutôt que de finir en steak.

    Les gouttes commencent à tomber. C’est une petite pluie fine, accompagnée d’un froid qui vous transit jusqu’aux os. Je sors mon compteur Geiger, pour mesurer le niveau de radiations présentes dans l’eau. En voyant mon appareil, la jeunette commence à paniquer. D’un geste de la main, je lui montre que le niveau de radioactivité n’est pas très élevé. Nous ferions mieux de nous abriter, mais je ne vois rien qui pourrait servir de toit. Et les voitures sont soit trop abimées, soit trouées d’impacts de balles et d’acide. Et pas question de passer par les égouts, on ne sait jamais ce qu’on peut y trouver… Je fais la seule chose faisable sur le moment : je sors mon imper et invite ma compagnonne d’infortune à se serrer contre moi.

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 08h02

    Lieu : avenue Jean Jaurès, à 50 mètres du Pont de Witry

     

    Nous entrons dans l’ancienne banlieue, du côté de l’ancien Pont de Witry, qui a résisté aux bombardements et aux missiles. Ce pont enjambe un des axes de chemin de fer encore actifs de la région. C’est grâce aux trains que les gouvernements envoient toujours des munitions, vivres, matériel et médicaments aux survivants. Et apparemment, les mutants l’ont compris : ils n’attaquent pas les trains lourdement chargés et bien escortés. Ces abominations savent que nous combattons mieux avec des armes chargés et des ventres pleins. Ou alors ils n’aiment pas les snipers d’élite sur les convois… sans compter la vitesse du train, et la solidité des wagons… ça doit être ça.

     

    La pluie a doublé d’intensité, le ciel est maintenant redevenu sombre. La température est aussi plus glaciale. Des flocons se mélangent aux gouttes, ce qui devient plus problématique.

    La neige étouffe les bruits, retient la radioactivité au sol et surtout, glisse. Oui, je ne t’apprends rien, mais un maintien est toujours nécessaire quand tu voyage en ville.

    Arrivés à bonne distance, je m’arrête, et sors mes jumelles. Le pont a l’air tranquille, personne n’est dessus. Les barricades semblent abandonnées, et aucune mitrailleuse à poste fixe n’est visible. Je bascule en mode thermique, et aucune source de chaleur n’est visible non plus. Tout est bleu, voir blanc, ici et là, où des plaques de neige commencent à se former.

    Tout à l’air à peu près calme... Faut quand même se méfier, les ponts ont tous été minés pour éviter que la population des campagnes vienne en ville, là où le danger est le plus grand mais ou les réserves de nourritures et de munitions sont plus importantes. Certains types ont été assez intelligents – ou idiots ! – pour installer des péages sur les ponts et en faire de véritables forteresses.

     

    On se décide à y aller. On commence à accélérer un peu le rythme, normalement y a plus personne aux frontières de la ville. Tout a été pillé, volé, tué. Seules les carcasses de voitures sont encore là. Elles ont été empilées à certains endroits, pour faire des murs ou des barricades. Les seuls bâtiments qui sont encore debout abritent des dizaines de zombies enfermés, dont les gémissements portent sur des kilomètres, la nuit, dans les moments de calme… Le reste a été rasé par les bombes, ou détruit par les mutants et les hommes. À notre droite, ce qui était autrefois un groupe d’HLM à côté d’une caserne de pompiers n’est plus qu’un champ de pierres et des débris de véhicules.

    Je jette quand même un coup d’œil en arrière : personne ne nous suit. Ce serait con de se faire dessouder à la fin de l’aventure.

    On commence à s’approcher du pont quand je stoppe brutalement la progression, et la jeune femme me rentre dedans. Droit devant nous commence le champ de mines. Des anti personnelles, des bouncing betty, des claymores, des mines magnétiques pour les chars, et même des simples fils reliés à des charges de C-4… Si on se démerde bien, on peut traverser le pont en un seul morceau.

    Le moyen qui me parait le moins dangereux est pour moi de traverser sur les arches. C’est glissant à cause de la neige, on peut faire une chute mortelle sur le pont ou sur les rails, 30 mètres plus bas, mais c’est mieux que de parcourir un viaduc explosif… Ou pas. Tu me diras quel est ton point de vue quand tu auras fait ça. Pour le moment j’ai pas le temps de me lancer dans un grand débat pour savoir quel chemin prendre.

    Quand je commence à escalader l’arche à moitié enneigée, la petiote me lance un « Pas question. C’est mort, on va tomber. »

    Je m’arrête, me retourne et la regarde. Puis je commence à marcher en faisant attention où je mets les pieds sur l’arche. Au bougonnement que j’entends, je déduis qu’elle me suit.

    En temps normal, s’exposer à découvert, en hauteur, sur un chemin pas totalement stable, à moitié couvert de neige radioactive, c’est quasiment du suicide. Mais aux abords de la ville, on a peu de chance de se faire allumer. Par ailleurs, la neige et le ciel remplit d’éclairs empêche les mutants de sortir. Seuls les zombies sont de sortie, mais, comme je l’ai déjà précisé, les zombies ne réfléchissent pas.

    J’avance pas à pas, en tâtant de ma baïonnette le sol devant moi, écartant la neige. L’arche fait environ 1.20 mètres de large, arrondie, sur un peu plus de 30 mètres de long. Les premiers mètres sont assez difficiles à parcourir, à certains endroits la neige s’est transformée en givre. Avec mes rangers cloutés j’arrive sans trop de problème à avancer, mais je dois tenir la main de la jeune femme qui m’accompagne. Elle rechigne un peu, me disant qu’elle peut traverser sans mon aide, mais après qu’elle ait glissé et se soit rattrapé in extremis à mon bras tendu, elle me tient fermement. Même à travers mes gants ignifugés je peux sentir son pouls. La dernière fois qu’une femme m’a tenu la main aussi fort…

     

    Non.

    Je ne dois pas me souvenir. L’attachement fait rêver, et le passé fait oublier le présent. Dangereux, ça. Surtout quand on est à 28 mètres au-dessus du sol. Se concentrer sur l’action présente, voilà l’important.

    Pour le moment, le présent, c’est la merde.

     

    Nous arrivons à la moitié. Je m’arrête, pour contempler les ruines de la banlieue. Plus personne n’habite par ici. Tout a été détruit au début de la Fin pour déloger les mutants qui avaient pris la ville d’assaut. Même les zombies ont disparus, alors qu’il y en a toujours quelques-uns qui errent un peu partout, quel que soit l’endroit, champ de mines ou de ruines.

     

    La descente sera plus difficile que la montée. Le versant nord du pont est contre le vent, et il est déjà couvert de neige et de plaques de glaces éparses.

    Je n’ai pas le choix, je choisis la sécurité à la discrétion : je verse le contenu de ma gourde secondaire sur le chemin. Ce n’est pas de l’antigel, mais de l’essence. Et ça crame vite. Je sors mon zippo, et allume le chemin. La neige et la glace fondent à vue d’œil. 

    Un peu moins de 2 minutes après, nous pouvons continuer et descendons le pont rapidement. Encore quelque dizaines de mètres et j’aurai terminé ma mission et je pourrai revenir vers la ville. La gamine sera libérée, elle pourra s’en aller de ce chaos perpétuel. Aux alentours de la ville, plusieurs ONG écologiques ont pu s’organiser pour accueillir les civils, les réfugiés, les blessés, ceux qui n’ont plus rien, ceux qui ne peuvent plus se battre. Ou même ceux qui ne veulent plus se battre. On trouve toujours des déserteurs dans ces camps. C’est facile de déserter, les gradés se foutent que leurs bidasses se fasse la malle. En revanche, sortir de la zone des combats indemne, c’est une autre histoire. Finalement, c’est pas pour empêcher les mutants de rentrer qu’on a miné les accès à la ville… Et c’est surement pour ça que le taux de désertion reste inférieur à 2% ces quatre dernières années…

     

     

     

    Mercredi 22 Avril, 09h09

    Lieu : Zone minée, anciennement appelée Witry

     

    Nous avançons sur un champ de débris. Des morceaux de maisons, de voitures, des bouts de taules, tiges d’acier tordues, fragments d’obus, douilles, armes cassées, lames brisées, caisses éventrées, os et crânes, carcasses pliées, même à une douzaine de mètres de nous, un B-17 crashé. Comment un avion vieux de plus d’un demi-siècle a pu se retrouver là ?

     

    Ces champs de débris sont des mines d’or géantes à ciel ouvert pour tous les pillards et récupérateurs. Faut échapper aux yeux perçants des mutants volants, aux zombies, aux explosifs et aux bandes de profanateurs, au temps pourrit qui te tombe sur la gueule, aux volcans qui poussent sans prévenir… C’est à peine plus tranquille qu’en ville.

     

    Un panneau, là-bas. À peine à 10 mètres. Enfin, un panneau : une tige de métal sur laquelle est soudée une plaque de taule. On peut lire « SAFE ZONE – ZONE DÉMINÉE ». Pas trop tôt. La jeunette n’en peut plus. La nuit ne l’a pas beaucoup reposée, et notre marche forcée l’a mise sur les rotules.

     

    Un dernier effort, elle regarde de ses yeux fatigués le panneau que je lui montre. Elle lève la tête, et l’aperçoit. Un sourire se dessine sur son visage sale. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu l’espoir sur une jolie fille. Et en plus il s’est arrêté de neiger.

    Un pas après l’autre, inspectant toujours avec précision le sol pour éviter les engins explosifs, nous rejoignons la pancarte. Un petit tableau est posé à côté, avec une craie et un message : « nombre de persone arrivé en 1 seule morsot : ///// /// » suivit de quelques dates, la dernière remontant à un mois.  Apparemment, le coin est fréquenté. Ça veut dire que la jeunette devra faire gaffe en poursuivant.

     

    Elle est épuisée. Lessivée. Mais heureuse. Elle cherche dans son sac une troisième cartouche de cigarettes qu’elle m’envoie. Une prime, sans doute. Elle me dit qu’elle ne fume pas, et qu’elle n’en aura plus besoin.

    Elle s’avance vers la liberté.

    Un déclic.

    J’ai la chance de reconnaitre ce genre de déclic et de me jeter immédiatement face contre terre, les mains sur la tête.

    Une explosion.

    Les oreilles qui sifflent.

    Un hurlement.

    Une bouncing-Betty…

     

     

     

    Je me relève, et vais immédiatement voir la jeunette, pardon, Claire.  

    Elle a la moitié du crâne arraché, et le torse déchiqueté. Ses yeux verts sont tournés vers le ciel.

    Je repose le cadavre, et je retourne en ville. Marre. Et en plus je remarque un morceau de shrapnell dans la cuisse. Mon froc indestructible est troué.

    La journée avait pourtant bien commencé.

     

                                                                                       -actions de AMcK, dit Le Guetteur.

     

     

     

     


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